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mardi 30 décembre 2025

2026, année de l’éducation financière ?

2025 touche à sa fin et nous basculerons très prochainement en 2026. Une nouvelle année qui débutera traditionnellement par les sempiternels voeux de tout un chacun. Si je me prêtais à l’exercice par le passé sur ce blog, je ne le renouvellerai pas cette fois-ci. En tout cas pas sous sa forme habituelle. On peut évidemment (se) souhaiter joie, santé et prospérité, ainsi que la paix dans le monde et la fin de la pauvreté. Ça ne mange pas de pain comme on dit par chez moi. 


Mais laissons de côté ces vœux (souvent) pieux pour nous intéresser davantage aux bonnes résolutions de début d’année. Alors bien sûr, certaines seront abandonnées sitôt le 2 janvier mais d’autres seront poursuivies et produiront leurs effets. Et ce qui me plait particulièrement en la matière est le fait d’être actif, de mettre en œuvre ses connaissances ou ses compétences pour obtenir quelque chose en contrepartie. Cela fait d’ailleurs écho avec une maxime que j’ai faite mienne depuis quelque temps : agir pour ne pas subir. 


Nombre de résolutions entrent dans cette catégorie : perdre du poids, arrêter de fumer, changer de travail … Plus encore que le changement à opérer, c’est le fait même de décider d’un évolution qui importe car il implique une volonté de reprise en main. Et s’il est un domaine où une réelle reprise en main est nécessaire, pour ne pas dire indispensable, c’est en matière de finances personnelles. Vaste sujet je le reconnais mais qui me semble de plus en plus primordial. 

Alors pourquoi en parler maintenant me direz-vous, à quelques heures du réveillon ? Et bien tout d’abord car c’est une thématique à laquelle je m’intéresse fortement depuis environ trois ans. Ensuite car je me rends compte que c’est un sujet finalement peu maîtrisé, y compris par des personnes ayant fait des études avancées en finance, et souvent tabou dès lors que l’on parle d’argent. Enfin, petit clin d’œil à la période car nous sommes en fin d’année c’est à dire le moment où les intérêts des livrets A et autres placements réglementés sont versés. Époque de l’année que j’affectionne d’ailleurs particulièrement pour cette raison. 


L’idée n’est pas de développer une stratégie en matière de finances personnelles ou de prodiguer de quelconques conseils. Il s’agit plutôt d’un plaidoyer pour que tout un chacun s’empare de ce sujet et commence à s’y intéresser. Bien que cela puisse faire peur et sembler compliqué, il n’en est rien en réalité et nous avons la chance d’avoir un grand nombre d’informations librement accessibles (livres, vidéos, IA …). Tout n’est pas à prendre au pied de la lettre bien sûr, notamment ce qui circule sur internet mais ces ressources ont le mérite d’exister et d’être disponibles à tout moment et sous différents formats. 


Mon objectif n’est pas non plus que tout le monde devienne des traders en puissance ou des magnats de l’immobilier. Mais sans aller vers de tels extrêmes, mon propos est de vous pousser à vous intéresser à votre argent, à votre budget, à vos placements. Le tout avec un seul but : préparer votre avenir et celui de vos proches (retraite, études des enfants, succession …).  

Pour beaucoup d’entre nous il s’agit là d’une véritable révolution. Un réel virage à prendre qui, pour certains, consiste en une totale remise en cause des préceptes familiaux. Si tant est que ces sujets aient été abordés dans le cercle familial. Et c’est justement là que le bât blesse. Ce manque de culture financière dans certaines familles alors que d’autres inculquent les rouages de l’argent à leurs enfants dès leur plus jeune âge se révèle être une des principales causes des inégalités sociales et de reproduction des élites. 


Voilà pourquoi, en matière de finances personnelles comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, je crois que l’école a un rôle à jouer afin de réduire cette fameuse fracture sociale si chère à Jacques Chirac. Dispenser dès le collège puis au lycée des enseignements concrets et pratiques pour apprendre à gérer (et placer) son argent ne me semblerait pas aberrant, et ce d’autant plus dans un contexte où l’avenir de nos retraites est plus qu’incertain. 


Quoi qu’il en soit, je vous souhaite le meilleur pour cette nouvelle année, pleine de réussite personnelle et professionnelle. Mais aussi financière !

samedi 2 mars 2024

Groupes de niveaux or not groupes de niveaux, that is the question

A quelques jours du retour à l’école pour un grand nombre d’élèves, quoi de mieux que de se pencher sur le sujet polémique de ces dernières semaines : l’instauration de groupes de niveaux en français et en maths pour les classes de 6ème et 5ème à la rentrée 2024.

Cette question soulève un vaste rejet de la part de la communauté éducative, entre autres pour des aspects de moyens humains et logistiques. Indéniablement cela va poser de véritables problèmes dans les collèges, y compris en termes d’emploi du temps. Mais ce ne sont pas ces aspects, aussi importants et légitimes soient-ils, qui m’intéressent. En réalité, c’est davantage la « mécanique intellectuelle, la philosophie » qu’il y a derrière la mesure annoncée en décembre par Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation nationale, qui m’a poussé à m’interroger.

 

Pour résumer en quelques mots l’argumentaire des opposants à ce dispositif, l’idée est de dire que celui-ci va imposer une ségrégation institutionnalisée des collégiens et va conduire à stigmatiser les élèves en difficultés en leur apposant une étiquette dès le début de l’année. Et tout cela en amplifiant les inégalités au lieu de les réduire ce qui était l’objectif initial. Preuve en serait qu’un certain nombre d’études iraient en ce sens.

Cela étant posé, sommes-nous bien plus avancés ? Pas totalement à vrai dire. Sauf à considérer que l’argument d’autorité des études sur le sujet met un point final au débat. Trop simpliste à mon sens et ce d’autant plus où d’autres études sont davantage mesurées dans leurs conclusions indiquant que ces groupes permettent notamment aux plus forts de progresser plus encore que s’ils étaient dans une classe multiniveaux.

 

Mais peut-être avons-nous mis là le doigt sur un aspect qui fâche. Des élèves déjà bons dans un domaine continueraient à progresser, creusant ainsi l’écart avec leurs camarades. Quelle hérésie pour les défenseurs d’un égalitarisme à toute épreuve ! Faudrait-il alors brider ces enfants là pour ne pas heurter ceux qui sont le plus en difficulté ? Belle opération de nivellement par le bas …

 

Mais laissons un peu de côté l’ironie pour poser quelques constats qui, s’ils peuvent déplaire, n’en sont pas moins une réalité. Même si l’on souhaiterait le contraire, les élèves ne sont pas tous égaux et ne disposent pas tous des mêmes capacités, que cela s’explique par leur situation familiale, culturelle, économique ou même pour des raisons propres à l’individu. Indéniablement, certains enfants sont favorisés par rapport à d’autres et verront leurs possibilités accrues du fait de ce contexte.

Partant de cet état de fait, le rôle de l’école ne doit-il pas être de chercher justement à réduire cette inégalité des chances ? Et donc d’œuvrer à donner les moyens à chacun d’acquérir les savoirs, savoir-faire et savoir-être qui lui permettront de s’accomplir ? Poser la question c’est finalement y répondre. Et si j’en suis convaincu je crois pourtant que, malheureusement, notre système éducatif peine à réaliser cet objectif.

 

Pointer du doigt l’ensemble des maux de l’Éducation Nationale serait bien trop long et serait d’ailleurs hors sujet par rapport au sujet qui nous occupe. Pour autant, profitons de l’occasion pour préciser que la question des moyens et par conséquence la problématique des effectifs est une difficulté majeure de notre système. Comment imaginer que nos enfants apprennent et progressent dans des classes surchargées à 30 élèves voire plus parfois. Impossible alors d’espérer un quelconque accompagnement individuel de qualité.

 

Mais alors est-ce que des groupes de niveaux serait la solution à tout ? Clairement non. Et si c’était le cas, cela aurait été mis en place depuis belle lurette. Malgré tout cela pourrait faciliter les choses par moment.

Si j’ai évidemment été élève il y a de cela quelques années (voire un peu plus), j’ai également eu la chance de donner des cours de comptabilité-gestion pendant une dizaine d’années à l’université et en école de commerce. L’idée n’est pas de tirer des vérités immuables de cette expérience dans l’enseignement supérieur car la population n’est pas la même qu’en école ou au collège. Pour autant, les problématiques rencontrées en termes d’animation de classe peuvent, pour certaines, converger.

En en particulier la notion d’effectifs intervient au premier chef d’où la nécessité absolue de plafonner les classes à 20-25 élèves voire moins si cela est possible. Et cela s’avère d’autant plus indispensable dans le cas de classes hétérogènes avec d’importantes disparités de niveaux. Sur ce dernier point d’ailleurs, je considère que pour un enseignant le fait d’avoir des élèves avec des écarts de niveaux significatifs constitue un obstacle supplémentaire au bon accomplissement de sa mission. De fait, cela conduit inévitablement à tenir un cap commun frustrant à la fois les meilleurs qui seront ralentis et les plus faibles qui se sentiront à la traine. Bref, un double effet kiss cool négatif.

A l’inverse, un regroupement des élèves de manière plus homogène permettrait d’avoir un rythme plus adapté aux besoins. Alors oui il est probable que certains groupes aillent plus vite et plus loin que d’autres. Oui certains groupes seront plus faibles que d’autres. Et alors ? N’est-ce pas d’ailleurs déjà le cas dans le système actuel avec une tête de classe et un peloton de queue que chaque professeur identifie aisément ? En quoi donc ces groupes de niveaux constitueraient une aberration s’ils permettaient que chacun puisse progresser à son rythme par un accompagnement renforcé ?

 

Rejeter par principe les groupes de niveaux ne fera pas reculer les écarts entre élèves. Et refuser de voir le problème ne le fera pas subitement disparaitre. C’est au contraire en prenant ce problème à bras le corps et en mettant en place des mesures ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin telles que du soutien scolaire gratuit que l’on pourra corriger le tir.

dimanche 18 février 2018

Blanquer à l'éducation nationale : gare au réveil !



Voilà maintenant plusieurs mois que je n'avais pas repris le clavier pour alimenter ce blog. Et les derniers articles étaient davantage consacrés à mes récentes lectures qu'à l'expression de mes analyses de l'actualité. Je dois reconnaître que mon engagement local tend à s'intensifier et occupe donc une place de plus en plus grande dans mon emploi du temps. Emploi du temps déjà bien rempli par mon activité professionnelle de contrôleur de gestion ainsi que par les cours que je dispense à l'université et à l'école de commerce de Grenoble.

2017 aura été une année électorale importante avec la présidentielle suivie des législatives. Je ne me suis pas spécialement exprimé sur ce sujet ici dans la mesure où beaucoup de choses ont déjà été dites sur l'irruption de candidats soi-disant neufs et l'avènement d'un prétendu nouveau monde. Pour faire court, je considère qu'il s'agit là d'une illusion, pour ne pas dire d'une véritable escroquerie, et que rien ne ressemble plus au nouveau monde que l'ancien, avec la rémanence des vieilles méthodes et la poursuite des politiques libérales du passé. Gageons que nos concitoyens se rendront rapidement compte de la supercherie, en espérant que cette prise de conscience ne soit toutefois pas trop tardive.

Nous aurons certainement d'autres occasions de revenir sur la politique menée par Emmanuel Macron et notamment sur sa capacité à faire diversion grâce à une communication plutôt bien maîtrisée. Je souhaite aujourd'hui m'intéresser plus particulièrement à son ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer et à ses récentes réformes. Incontestablement le ministre est à l'heure actuelle un maillon fort du gouvernement et bénéficie d'une certaine aura, à la fois auprès des sympathisants de gauche et de droite. Convenons toutefois que le fait de succéder à Najat Vallaud-Belkacem n'est très certainement pas étranger au phénomène.

Les premiers mois de Blanquer rue de Grenelle se sont donc passés donc sans accroc majeur. Mieux, celui-ci a su imposer sa marque en revenant aux fondamentaux et à une logique d'instruction publique plus en phase avec les aspirations des Français, à l'opposé du pédagogisme ambiant de ces dernières années. Pensée que je défends pour ma part depuis longtemps.

Pour dire vrai, j'ai également été séduit par les premières mesures mises en œuvre suite à sa nomination : détricotage de la réforme du collège, dédoublement des classes de CP et CE1, aides aux devoirs … Pour autant, cette rupture avec le quinquennat précédent, qui lui a valu le surnom de "ctrl-z", ne doit pas conduire à un aveuglement béat. Bien au contraire car un examen plus minutieux de la matérialité des annonces fait apparaître une réalité quelque peu différente.

Et à ce niveau les exemples ne manquent malheureusement pas. Si les intentions sont louables, et j'en approuve un certain nombre, leur concrétisation est parfois plus hasardeuse. Clairement le retour des classes bilangues et de l'enseignement du latin et du grec est une très bonne chose mais cela s'est toutefois fait sans rétablissement des moyens dédiés qui avaient été supprimés. De même, le dédoublement des classes de CP et CE1 est une excellente idée qu'il faut généraliser à l'ensemble des établissements mais sans les écueils actuels (problème de place dans les écoles, fermetures de classes en milieu rural pour réallouer les postes en zones prioritaires …). Bref, de manière générale, il faut veiller à ne pas déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Pour l'heure, Jean-Michel Blanquer fait la course en tête sans réelle contestation, l'opposition LR restant silencieuse, engluée dans ses rivalités internes. Mais le momentum du ministre risque de ne pas durer lorsque les réformes plus profondes vont se présenter. C'est d'ailleurs le cas avec les annonces autour du futur baccalauréat avec un examen allégé mêlant contrôle continu, grand oral et quatre épreuves écrites.

La contestation lycéenne est aujourd'hui limitée et nombre de leaders politiques se laissent porter par la vague. Chacun peut admettre que le fonctionnement de cet examen final et l'articulation lycée-enseignement supérieur ne sont pas satisfaisants. Pour autant, je crois que le bac est un bouc-émissaire tout trouvé permettant de s'affranchir d'une réflexion plus profonde. Incontestablement le niveau d'exigence au bac a considérablement baissé depuis de (trop) nombreuses années, motivé notamment par le souhait illusoire et contre-productif d'amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac. Plus largement, et je ne peux que le constater avec mes étudiants, c'est le niveau général des élèves qui a régressé. C'est donc l'ensemble du cursus qu'il faut revoir, depuis la primaire avec un retour aux enseignements fondamentaux (lire, écrire, compter) jusqu'à l'université avec la mise en place assumée d'une réelle sélection à l'entrée.

Pour ce qui concerne plus particulièrement de l'examen du bac, puisque c'est de cela dont il s'agit, je dois avouer que pour moi la réforme proposée ne va pas dans le bon sens. Tout d'abord, la réduction du nombre d'épreuves me paraît être dommageable puisque cela revient à réduire l'effort de révision et de travail demandé aux candidats tout en créant une distorsion supplémentaire avec le système de partiels qui existe dans l'enseignement supérieur.
Ensuite, la fin des sections actuelles (S, ES, L), c'est-à-dire finalement la création d'une multitude de combinaisons et donc de parcours différents, tend à complexifier la lisibilité du diplôme tout en mettant à mal la cohésion et l'unité au sein des classes.
Enfin, la mise en place du contrôle continu est peut-être l'aspect le plus fondamental et le plus néfaste de cette réforme. En effet, ce système conduit à remettre en cause le caractère national du diplôme et donc à instaurer une rupture d'égalité, à la fois entre établissements mais également entre élèves. Dit autrement, cela revient à avoir un bac qui a une valeur différente selon que l'on se trouve au lycée Henri IV à Paris ou au lycée Saint-Exupéry dans les quartiers nord de Marseille.

Cette réforme du bac s'inscrit ainsi dans une logique plus large d'autonomisation accrue des établissements qui est actuellement en cours et qui va se développer. Si le fait d'accorder davantage de marge de manœuvre aux directeurs et autres proviseurs afin de s'adapter aux spécificités locales peut paraître séduisant, je crains au contraire que le remède soit pire que le mal. De fait, cela signifie la mort de l'égalité républicaine avec un socle commun d'apprentissage au profit d'un accroissement des inégalités entre établissements aisés qui continueront à assurer une formation de qualité et établissements des zones prioritaires qui chercheront eux à limiter la casse.

Ne soyons pas naïfs, ces inégalités existent déjà aujourd'hui. Nul ne peut le contester. Mais doit-on pour autant baisser les bras en institutionnalisant cet état de fait ? Ne devrait-on pas au contraire chercher à lutter contre ce phénomène en donnant à chacun les moyens de réussir, afin justement de mettre un terme à ces pernicieuses prédispositions sociales ?  

mardi 19 mai 2015

Ecole : de l'éducation nationale à l'instruction publique

Dire que l'éducation est un sujet qui me tient à cœur n'étonnera personne, et encore moins les lecteurs réguliers de ce blog. Et ce sujet est d'autant plus important qu'il concerne nos enfants et leur avenir.
En tant que citoyen et membre de la "communauté éducative" (j'interviens comme chargé de travaux dirigés à l'université de Grenoble), je ne peux qu'être interpellé par le projet de réforme du collège porté par Mme Vallaud-Belkacem.

Indéniablement notre système éducatif se meurt et ce depuis de nombreuses années. Outre la position de la France dans les classements internationaux, chacun peut constater autour de lui la baisse de niveau de nos élèves et l'augmentation croissante de l'échec scolaire. Il est donc évident que des mesures doivent être prises au plus vite afin de lutter contre ce phénomène de décrochage.

Mais encore faut-il s'attaquer réellement au fond du problème et ne pas proposer un remède pire que le mal. Or c'est ce que semble faire le gouvernement avec son projet actuel. Et ce n'est pas un hasard si j'ai choisi d'écrire cet article aujourd'hui puisque cela coïncide avec la journée de grève nationale à l'appel de la plupart des syndicats de profs (80% des voix lors des élections syndicales de décembre) et que je soutiens.

Il est assez intéressant de voir que les clivages autour de ce projet sont finalement transpartisans. Il n'existe pas, bien qu'on veuille le faire croire, de lutte franche entre d'un côté la gauche et de l'autre la droite. De fait, on retrouve des opposants aussi bien à l'UMP qu'au Front de Gauche en passant par le PS ainsi que dans les fédérations de parents d'élèves et le personnel enseignant. Large opposition donc pour une réforme qui va prétendument vers davantage d'égalité.

Et ce n'est finalement peut-être pas pour rien si la contestation est aussi large tant cette réforme touche à des thématiques différentes (programmes, organisation …). Une synthèse très bien faite de tout ceci a d'ailleurs été réalisée par un collectif de professeurs et permet d'y voir un peu plus clair : www.reformeducollege.fr

Si certains points cristallisent particulièrement les reproches, il s'avère en réalité que c'est la réforme dans son intégralité qu'il conviendrait de revoir. Mais je me concentrerais ici sur quelques aspects uniquement.
Tout d'abord, au prétexte de lutter contre un soi-disant élitisme, on va assister à la suppression pure et simple des langues anciennes actuellement enseignées par le biais des options grec et latin. De même, les classes bilangues seront évincées au profit de l'accès de tous à une LV2 en 5ème. Vaste fumisterie en réalité car cela reviendra à mettre un terme à des dispositifs efficaces et ouverts à tous qui permettaient finalement une certaine mixité. Pourquoi en priver les élèves méritants et ne pas au contraire chercher à les étendre ? Il est évidemment plus simple et moins coûteux de niveler par le bas plutôt que de s'aligner sur les meilleurs.

Dans le prolongement, et c'est l'argument des défenseurs du projet, des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) vont être créés. L'objectif étant de favoriser les travaux en groupe autour de sujets couvrant plusieurs matières à la fois. On y retrouve notamment les notions de civilisations anciennes (pour contenter les latinistes et hellénistes), de citoyenneté, de développement durable … Il s'agit pourtant là d'une volonté illusoire dont la mise en œuvre sera problématique pour les enseignants en termes de moyens et de préparation. On peut alors aisément imaginer les dérives autour de leur contenu réel et donc de leur pertinence et utilité. Pire, ces EPI se feront sur les heures de cours, au détriment d'autres enseignements (Français, Maths …).

Enfin, et dans la lignée de ce qui a été fait pour les universités, le collège s'oriente progressivement vers une relative autonomisation avec une plus grande marge de manœuvre octroyée aux chefs d'établissement. Cela se traduira notamment par la présence de chapitres facultatifs en Histoire (ce qui fait grandement débat actuellement) ou encore par la possibilité de fixer 20% de l'emploi du temps des collégiens. Très concrètement, cela signifie que deux élèves en même classe pourront avoir des enseignements différents et donc un socle de connaissances inégal à leur entrée au lycée. Là encore cette mesure ne va pas dans le sens de plus d'égalité car le risque est d'accroitre davantage les disparités entre établissements en fonction de l'utilisation de ces 20 %.

On pourrait disserter encore longuement sur le contenu de cette réforme tant il y a à redire. Car c'est finalement l'esprit même du projet qui est contestable. En effet, celui-ci s'inscrit toujours dans la perspective de mettre l'enfant au centre du dispositif. Non en tant qu'apprenant, ce qu'il est au final, mais plutôt comme individu à part entière. Ce projet nous maintient dans le modèle du collège comme lieu de vie et non comme espace d'apprentissage. Si l'objectif initial de lutter contre les inégalités est noble, il s'avère in fine que celles-ci seront renforcées. De fait, ce sont les établissements les plus défavorisés et les enfants des classes populaires qui sont ici sacrifiés dans la mesure où on les prive de dispositifs prétendument élitistes. Au prétexte de limiter les écarts de niveau, qui sont certes une réalité, on aboutit finalement à supprimer ce qui marche et à pénaliser les meilleurs élèves. Bref, l'inverse de ce qu'il faudrait faire.

Comme nous l'avons dit, l'école est un sujet de la plus haute importance et on ne peut donc que regretter la pauvreté du débat autour de cette réforme. En effet, les enjeux sont bien trop cruciaux pour se limiter à des attaques ad hominem. D'ailleurs, je trouve la réaction de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, totalement déplacée et honteuse : "Madame Belkacem est attaquée pour quoi ? Parce qu'elle s'appelle Belkacem." On voit bien là toute la faiblesse d'un parti exsangue qui privilégie l'amalgame et l'invective aux dépens du débat d'idées.

Heureusement, d'autres personnalités politiques dépassent le stade de la seule critique pour avancer leurs propositions. C'est par exemple le cas de Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Le Maire ou Nicolas Dupont-Aignan. Ce dernier a notamment réalisé une conférence de presse sur ce sujet afin de proposer une contre-réforme autour de 20 mesures. Outre les proximités idéologiques anciennes, je ne peux qu'abonder dans le sens de ce contre-projet dans la mesure où il fait écho à mes précédentes prises de position sur le sujet (ici, , encore ici ou encore là).

Revenir aux fondamentaux (lire, écrire, compter), redonner aux enseignants les moyens et l'envie de travailler (nombre de professeurs, effectifs par classe réduits, revalorisation salariale, réaffirmation de l'autorité), promouvoir le mérite et le goût de l'effort (soutien scolaire personnalisé, retour/maintien des notes chiffrées, promotion de l'enseignement professionnel). Telle devrait être la feuille de route du gouvernement en matière d'Education Nationale. Car n'oublions pas que le rôle de l'école est d'abord et avant tout d'instruire.

mercredi 10 octobre 2012

Ecole : Hollande cède aux pédagogistes

Hier, François Hollande a prononcé un discours sur l'école à la Sorbonne. Celui-ci a ainsi présenté sa feuille de route suite au rapport rendu vendredi par le comité de pilotage de la concertation sur l'école.
En voici les grandes annonces :
 
- Revenir à la semaine de 4,5 jours
Depuis des décennies maintenant les rythmes scolaires font l'objet de débats perpétuels. Durant mon enfance, en primaire, j'avais école de manière ponctuelle le samedi. Puis au collège, le samedi s'est transformé en mercredi. Aujourd'hui, les écoliers n'ont finalement plus cours ni le mercredi ni le samedi.
Clairement je suis favorable à un retour à 4,5 jours, avec une large préférence pour le mercredi afin notamment de préserver un repos de deux jours en fin de semaine.
Par ailleurs, cette modification semble s'accompagner d'un raccourcissement de la journée. Là encore, je trouve cela très profitable pour les enfants. Et cela d'autant plus que le temps libéré sera consacré à l'aide aux devoirs, voire à un soutien individualisé.
Je crois en effet que d'importants efforts doivent être accomplis en ce sens, en particulier en primaire. Car c'est évidemment à ce niveau là que les inégalités se creusent, entre ceux qui peuvent aider leurs enfants (cours particuliers privés, aide personnelle ...) et les autres. Or pour moi, la puissance publique doit chercher à lutter contre ce phénomène en proposant du soutien scolaire et de l'aide aux devoirs pour les élèves ayant le plus de difficultés.
 
- Revoir l'affectation des professeurs
S'il est une chose assez paradoxale chez les fonctionnaires c'est bien cette tendance à envoyer les jeunes fraichement sortis de l'école dans les zones les plus difficiles. Et cela qu'il s'agisse de professeurs ou de policiers. Pour autant, cela s'explique aisément par le fait que ces enseignants souhaitent être mutés pour revenir dans leur région d'origine après quelques années passées en région parisienne par exemple.
Malheureusement, cette situation n'est bien évidemment pas optimale, à la fois pour les jeunes profs qui sont jetés trop tôt dans la fosse aux lions mais également pour les élèves qui se retrouvent face à des personnes qui manquent d'expérience. Il faut donc chercher à changer la donne en incitant, financièrement ou non, les enseignants les plus chevronnés à partager leur savoir dans les établissements les plus difficiles. Et dans le même temps, il faut revoir la formation des jeunes profs afin de mieux les préparer au métier auquel ils se destinent, en termes de pédagogie mais aussi de d'autorité et de discipline.
Enfin, je suis convaincu que des efforts budgétaires doivent être concédés afin de recruter davantage d'enseignants mais pas seulement. Je crois qu'il faut également augmenter le nombre d'adultes dans les établissements scolaires (surveillants ...).
 
- Réformer le système de notation
Si je suis globalement en adéquation avec la feuille de route du président de la République sur l'école, il n'en reste pas moins qu'il existe malgré tout un certain nombre de divergences. Et c'est notamment le cas en ce qui concerne les notes. Il apparaît de plus en plus que notre système actuel de notes sur 20 est contesté, accusé de décourager les élèves et de contribuer à leur échec. François Hollande a ainsi exprimé que la notation doit "indiquer un niveau plutôt que de sanctionner".
Personnellement je suis fortement attaché à ce système qui répond d'ailleurs à la volonté du président. En effet, l'échelle de 0 à 20 permet une plus grande précision dans la notation, avec les quarts ou les demis points, que ne permet clairement pas un code de couleurs (vert, orange, rouge) ou une échelle non-acquis, en cours d'acquisition, acquis. En outre, les notes sur 20 présentent l'avantage de permettre à chacun de pouvoir se positionner en valeur absolue et en valeur relative, c'est à dire par rapport aux autres. Et c'est justement cet aspect comparaison/compétition que condamnent les pédagogistes. Or je crois que cela favorise l'émulation entre élèves et rassure également les parents. Car malgré ce qu'en pensent certains, les parents apprécient grandement ces notes qui leur parlent aisément et leur permettent de constater une progression ou à l'inverse une régression.
Une des raisons qui expliquent ce rejet est que les notes seraient traumatisantes pour les enfants. Je m'inscris en faux contre cette ineptie. Je crois au contraire que ce sont ces nouvelles méthodes de notation qui sont frustrantes car elles ne laissent aucune place à la mise en perspective. Comment appréhender réellement une évolution avec des couleurs ? Pour moi, la présence de chiffres est au contraire une source de motivation car l'élève cherchera normalement à viser la note maximale et verra instantanément ses progrès s'il passe de 14 à 16 puis à 18. A l'inverse, cela sera-t-il possible si cet élève a un vert puis encore un vert ? Je ne le crois pas car il ne saura pas lequel de ces travaux est le meilleur.
En conséquence, je crois donc que le principe des notes sur 20 doit être réaffirmé et défendu face aux attaques des pédagogistes qui dégradent notre école. Il faut toutefois rappeler que les notes permettent d'évaluer un travail à un moment donné et ne sont en aucun cas le reflet de la valeur de l'élève.
 
Au final, le discours de François Hollande à la Sorbonne s'inscrit dans la droite lignée de ses prédécesseurs. Il ne fait que reprendre les antiennes des pédagogistes sans faire apparaître de réel projet pour notre école. Comme dans d'autres domaines, celui-ci ne va donc pas assez loin et cherche à ménager la chèvre et le chou en privilégiant la synthèse. Comme du temps où il est était premier secrétaire du Parti Socialiste en somme.
Le problème est que Flamby n'est plus au PS et qu'il ne semble pas forcément avoir compris qu'il est aujourd'hui à la tête de la France. Or en ces temps troublés, et pour reprendre l'expression de Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas d'un capitaine de pédalo dont nous avons besoin mais bien d'un réel commandant de bord qui tient fermement la barre et maintient le cap dans la tempête.

mercredi 28 mars 2012

Car le pédagogisme tue l'école


Une "quinzaine sans devoirs" à la maison : parents d'élève et enseignants lancent à partir de lundi 26 mars une campagne contre cette pratique qui perdure, malgré des doutes sur son "utilité".
Dans un communiqué, FCPE et ICEM (Institut Coopératif de l'Ecole Moderne) rappellent que les devoirs écrits sont interdits dans le primaire depuis 1956. Les devoirs sont une "cause d'inégalités pour les enfants qui n'ont ni le temps ni les moyens d'être aidés", explique une responsable nationale à l'ICEM, partisan de la pédagogie Freinet, fondée sur l'expression libre des enfants.
Source : lemonde.fr
 
Comme nombre de sujets récurrents, la question des devoirs à la maison revient fréquemment sur le devant de la scène. Il n'est donc pas surprenant qu'une nouvelle charge soit conduite contre ceux-ci tant ils sont l'expression d'une opposition, d'un clivage plus large que ce point particulier.
 
Mais commençons tout d'abord par le cas qui nous intéresse et dont il est fait mention dans l'article. Évidemment la question des devoirs est polémique. Je dirais même plus qu'il s'agit d'un sujet de discorde important au sein des familles. Pour autant il serait trop simple d'invoquer ce seul argument pour les abolir.
 
Bien que les devoirs soient officiellement interdits en primaire depuis 1956, ce qui prouve que notre cadre législatif doit être réactualisé, je crois que ceux-ci sont légitimes et nécessaires. Ainsi, et ce pour des raisons différentes (effectifs, manque de temps, programmes trop denses ...), il n'est pas possible de réaliser l'intégralité du travail scolaire en classe, impliquant alors de le faire en partie à la maison. Par ailleurs, je considère que les devoirs, s'ils sont effectués correctement, permettent à l'élève de mettre en application et/ou d'approfondir ses connaissances par ses propres moyens, ce qui lui permet de gagner en autonomie.
 
Alors bien sûr certains me rétorqueront qu'un tel système accroît les inégalités entre ceux qui peuvent se faire aider et les autres ou entre ceux qui évoluent un environnement propice au travail et les autres. Effectivement cela n'est pas faux. Mais alors sous prétexte de ne pas léser certains nous devrions pénaliser tout le monde ? J'ajoute d'ailleurs que la suppression des devoirs n'empêcherait pas les parents qui le peuvent de payer des cours à leurs enfants, justement pour palier les carences de l'école.
 
La problématique des devoirs n'est donc qu'un micro-problème qui doit s'insérer dans une réflexion plus vaste autour de la question de l'école. A l'origine cette institution avait pour vocation de transmettre des savoirs, d'instruire les élèves. Or depuis plusieurs années maintenant, il apparaît que, sous la pression toujours plus forte de pédagogistes, l’Éducation Nationale a perdu de vue cet objectif au combien essentiel. Ainsi, l'école s'est vue confier de plus en plus de responsabilités : apprentissage des règles de vie, ouverture à la culture et aux langues ... Pire, l'école est maintenant sensée être un lieu de vie où les élèves passent du bon temps.
 
Clairement je crois que cette dérive explique, pour grande partie, les problèmes que rencontre aujourd'hui notre système éducatif (violence, baisse de niveau ...). En accordant une place de plus en plus importante au bien-être de l'élève plutôt qu'à sa bonne instruction, nos dirigeants successifs ont complètement dénaturé et déstructuré l'école de Jules Ferry. En fait, comme le reste de la société, l'école souffre du règne de l'enfant-roi.
 
Deux alternatives s'offrent alors à nous : soit continuer sur la même lancée, c'est-à-dire vers un consumérisme rampant de l'école avec toutes ses nouvelles évolutions (cours à la carte, développement de matières annexes, mise en place d'activités sportives l'après-midi), soit décider de reprendre en main l’Éducation Nationale afin de la réorienter vers son objectif originel qu'est l'instruction.
 
Personnellement, je suis plutôt partisan de la seconde solution. Cela ne sera certes pas facile, voire même complexe vu la tournure prise par les évènements ces dernières années, mais je suis convaincu que les résultats seront à la hauteur du défi qui nous attend. Plus que des réformes, chaque ministre ayant voulu laisser son empreinte, c'est d'un réel projet dont notre école a besoin. Et pour un chantier tel que celui-ci, d'une telle envergure, il est impératif d'associer toutes les parties prenantes, et notamment les enseignants, afin de s'assurer de son succès.
 
Dire que j'ai les réponses à ces questions serait à la fois présomptueux et mensonger. En revanche, mes réflexions personnelles m'ont conduites à envisager quelques pistes.
En premier lieu, et malgré le climat ambiant, je crois que des augmentations de moyens, ou éventuellement des réallocations entre zones, sont nécessaires afin de donner à chacun un cadre propice à l'apprentissage. Cela passe en priorité par une diminution du nombre d'élèves par classe afin de permettre un meilleur accompagnement des élèves les plus en difficultés.
 
Ensuite, je crois nécessaire de réorienter les cours vers les savoirs fondamentaux, en particulier en primaire. Nous devons impérativement mettre le paquet sur la lecture, l'écriture et le calcul tant il s'agit de notions stratégiques qui conditionnent le reste de la scolarité et plus largement de la vie des enfants. De fait, comment ne pas être en marge de la société lorsque l'on ne sait ni lire ni écrire.
 
En outre, il me semble nécessaire de lutter contre l'échec  scolaire, et ce dès le plus jeune âge. A mon sens, cela nécessite de développer le système "d'études" après 16h30, qui consiste à aider les élèves à faire leurs devoirs ou à leur réexpliquer certaines notions. De même, il me paraît intéressant de chercher à développer le soutien scolaire en petits groupes, au sein même des établissements. Là encore le but est de permettre aux élèves les plus en difficulté de ne pas complètement décrocher.
 
Enfin, je crois fermement au retour de l'autorité dans les salles de classe. Depuis trop longtemps déjà, le rapport entre enseignants et élèves s'est dégradé au profit des seconds. Il n'est d'ailleurs pas neutre que le nombre de candidats aux concours de professeurs diminue d'année en année. De fait, il n'a jamais été aussi compliqué, voire risqué à certains endroits, d'enseigner alors même que les salaires ne sont pas mirobolants et que les exigences augmentent. Un travail doit donc être effectué en termes de revalorisation du métier (rémunération, formation ...) mais également au niveau de la discipline en classe et dans l'établissement ce qui passe notamment par une coopération avec la hiérarchie (souvent absente) et les parents (parfois démissionnaires).
 
En cette période de campagne présidentielle, il serait souhaitable que les différents candidats s'emparent réellement de la question de l'école afin de présenter clairement leurs propositions. Il s'agit là d'un sujet crucial et fondamental dans la mesure où il a des conséquences à la fois sur le présent et le futur. Malheureusement, pour l'heure, il semblerait que les candidats des principales formations politiques préfèrent s'écharper entre eux plutôt que de développer leur projet pour le pays.