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mercredi 24 décembre 2025

Fêtes de noël : et si l’on retrouvait l’esprit originel aux dépens de la surconsommation ?

Deviendrais-je aigri ou, pire, décroissant ? On pourrait se poser la question à la vue du titre de cet article. A moins que ce ne soit le contexte politique et économique actuel qui renforce ma propension naturelle à la rigueur financière. Quoi qu’il en soit, je dois reconnaitre que cette année les fêtes de Noël (que l’on débute à peine) me sortent particulièrement par les yeux. Probablement que des circonstances personnelles (la perte de ma mère à cette époque voilà trois ans) renforcent ce phénomène mais il n’en reste pas moins que je n’attends pas cette période avec impatience.

Et pourtant, ces moments de fête passés en famille autour d’un bon repas devraient nous enjouer et permettre de finir l’année de la meilleure des manières. Ce qui sera d’ailleurs certainement le cas. Mais c’est davantage la phase amont de préparation qui me déplait. Et pour dire les choses clairement, je pense à toute cette effervescence commerciale autour des fameux cadeaux. Car cela représente une véritable corvée pour moi, pour ne pas parler de charge mentale pour utiliser un terme plus à la mode. Rabat-joie me direz-vous. Peut-être oui mais j’assume. Car peu à peu nous avons perdu l’esprit originel de Noël pour tomber dans une consommation de masse.

Commençons par les enfants. Tous les parents ne pourront que constater les listes à rallonge envoyées au Père-Noël par leur chère (cher ?) progéniture. Plus encore, l’ouverture des cadeaux a perdu de son sens et se révèle souvent être un sprint de déchirage de papiers cadeaux sans réel intérêt porté au contenu. Le tout finissant par un caprice car le cadeau attendu n’est pas là ou que le frère/cousin/copain a eu plus de paquets que l’autre. Bref que du bonheur. 

Et ce n’est pas mieux côté adultes. Le secret santa permet certes de limiter la casse en restreignant le volume et le budget cadeaux. Mais cela se résume (très) souvent à offrir des babioles impersonnelles sans grande utilité. Et quand cette alternative venue du Canada ne séduit pas, cela aboutit à une sorte « de prêté pour un rendu » au travers d’un échange de présents tantôt futiles tantôt superficiels.

Tout cela n’est pas nouveau me direz-vous tant cela fait des décennies que cela dure. Et j’en conviens aisément. Mais justement le monde a évolué. N’avons-nous pas pris conscience du changement climatique, des impératifs environnementaux et des enjeux liés à la surconsommation ? N’est-il pas opportun en 2025 de requestionner ces pratiques d’un autre temps pour revenir à davantage de simplicité et d’authenticité ?

Chacun se forgera sa propre opinion bien évidemment mais s’interroger sur le sujet voire soulever la question dans sa famille est déjà un premier pas. Car indéniablement le chemin à parcourir sera long et sinueux.
Pour autant, que celui-ci soit frugal ou fastueux, je vous souhaite à toutes et à tous ainsi qu’à vos familles de passer un joyeux Noël et de bonnes fêtes de fin d’année !

dimanche 6 juillet 2025

Audiovisuel public : et si l’on posait la question de la privatisation ?

Parmi les serpents de mer de la vie politique française, la question de l’audiovisuel public occupe une bonne place. Nouvel (nouvel, nouvel …) épisode en ce début d’été avec l’examen d’une proposition de loi visant notamment à créer une holding, France Médias, chapeautant France Télévisions, Radio France et l'INA. Une motion de rejet préalable ayant été votée à l’Assemblée nationale, le texte n’a donc pas été examiné et a pris la direction du Sénat au sein duquel il devrait vraisemblablement être approuvé.

Mais avant d’évoquer le fond du texte, reposons un peu de contexte pour mieux comprendre de quoi on parle. Selon l’Arcom, le secteur public de la communication audiovisuelle est composé de 6 organismes que sont France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, l’Institut National de l’audiovisuel (INA), ARTE France, LCP Assemblée nationale - Public Sénat. Les trois premiers sont des sociétés nationales de programme qui concentrent près de 90 % du budget issu de dotations de l’État. Un budget, passé de 3,72 milliards d’euros en 2021 à 3,95 milliards en 2025, qui provient des recettes de la TVA depuis la suppression de la contribution à l’audiovisuel public (redevance télé) en 2022.
Plus concrètement, France Télévisions c’est environ 8 900 salariés pour un budget de 2,7 milliards d’euros et cinq chaines nationales (France 2, France 3, France 4, France 5, franceinfo). Radio France de son côté occupe 4 500 salariés autour de six radios (France Inter, France Culture, France Musique, FIP, Mouv', le réseau ICI, anciennement France Bleu) pour un budget de 700 millions d’euros. Enfin France Médias Monde avec 1 700 salariés, 300 millions d’euros et 3 chaînes (RFI, France 24 et Monte Carlo Doualiya).

Maintenant que les bases sont posées, arrêtons-nous un moment sur ce projet de réforme. L’idée principale est de créer une holding détenue à 100% par l’État, holding qui détiendrait elle-même France Télévisions, Radio France et l'INA avec pour objectif de définir la stratégie de ces médias, d'accélérer les coopérations et d'optimiser la répartition des moyens comme indiqué par la commission de la culture du Sénat. Dit autrement, il s’agit tout à la fois de simplifier la gouvernance de ces entreprises, de renforcer les synergies et de maximiser les économies d’échelle.
N'étant pas un spécialiste de cette proposition de loi, je ne suis donc pas en mesure d’interpréter d’éventuels coups de billards à plusieurs bandes ou de volontés cachées. Pour autant, tel que présenté précédemment et au vu du contexte actuel, il ne me semble pas déraisonnable de chercher à optimiser le fonctionnement de ce service public en s’attaquant aux doublons de structure, de bureaux, bref en cherchant à mutualiser les frais fixes.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin diront certains ? Bonne question en effet.
Au-delà des doublons de structure, n’existe-t-il pas des doublons au sein même des chaînes ou des radios, en termes de programmes, de public visé, de positionnement ? Plus que des rapprochements, des fusions ne seraient-elles pas envisageables afin de rationaliser l’organisation de ces entreprises ?

Et si l’on allait encore plus loin ?
L’ensemble de ces sociétés ont-elles réellement vocation à être publiques ? L’État a-t-il vraiment besoin de contrôler autant de médias publics ? Mieux, est-ce véritablement son rôle ? S’il est notamment dans ses prérogatives de garantir le pluralisme, celles-ci ne pourraient-elles pas être mises en œuvre au travers d’organismes de contrôle ?

Indéniablement je crois que ces questions devraient faire l’objet d’un réel débat public, à la fois au Parlement et plus largement au sein de la société, en mettant sur la table l’ensemble des éléments à considérer : financement, participation aux efforts d’économies, parts de marché, concurrence des plateformes en ligne … Cela afin que la question de la privatisation soit abordée, débattue et tranchée démocratiquement.

lundi 13 janvier 2025

Ce que cherche Jordan B.

2024 aura indéniablement été une année particulièrement agitée, notamment en matière politique avec l’ensemble des rebondissements que chacun connait. Une année qui sera sans doute à marquer d’une pierre blanche (ou noire selon les opinions).
Mais l’idée n’est pas ici d’en faire un quelconque bilan, encore qu’il y aurait bien des choses à dire. Pour autant, l’année qui vient de s’écouler aura mise en lumière différents acteurs politiques qui auront très probablement un rôle majeur à jouer à l’avenir. Parmi ceux-ci figure en particulier l’actuel président du Rassemblement National, Jordan Bardella. 2024 aura été pour lui un véritable ascenseur émotionnel, l’emmenant d’une victoire aux élections européennes de juin à la possibilité, avortée, de devenir premier ministre en passant par la sortie de son premier livre, pour finir par une 10ème place (et 1ère figure politique) du top 50 des personnalités préférées des Français publié par le JDD.

Et c’est justement sur ce livre, intitulé ce que je cherche, que je souhaitais revenir aujourd’hui. Étant davantage éloigné de l’actualité politique que par le passé, je reconnais ne pas bien connaître Jordan Bardella et n’avoir jamais regardé une de ses interventions télévisées. La sortie de ce livre, couplée aux évènements de 2024, aura donc représentée l’occasion de m’intéresser davantage au personnage. Car comme je l’indiquais précédemment, il est fort probable que celui-ci continue son ascension dans la vie politique française. Et ce à plus ou moins courte échéance dans la mesure où le dauphin officiel de Marine Le Pen pourrait être amené à la suppléer plus rapidement que prévu en cas de condamnation dans son procès relatif aux assistants parlementaires européens du FN/RN.

Et c’est d’ailleurs à Marine Le Pen qu’est consacré, de manière symbolique, le dernier chapitre du livre. Quelques pages qui retracent l’évolution du tandem depuis leur rencontre en 2016 jusqu’à leurs relations actuelles et qui montrent notamment la relation de confiance et de respect qui existe entre les deux protagonistes. L’objectif étant clairement de réfuter les doutes émis quant à leur duo mais également les velléités de potentiel matricide qui seraient les siennes. Bien évidemment cela n’assure en rien de sa sincérité et peut ne révéler que d’un coup de communication mais ne pas le réaffirmer ici aurait été une erreur. Méfiance dirons toutefois certains lorsque l’on connait le sort réservé par le passé aux numéros 2 du FN …

S’agissant du parti justement, il n’en est finalement que peu question en tant qu’organisation politique dans la mesure où le livre se veut davantage personnel. La seconde partie de l’ouvrage est ainsi largement consacrée à son passé, sa jeunesse et son ascension progressive depuis son engagement suite au débat Marine Le Pen/Jean-Luc Mélenchon du 23 janvier 2012 sur France 2 à sa candidature comme tête de liste aux européennes de 2019 à 23 ans en passant par son passage comme dirigeant de la branche jeune du parti.
La carte du témoignage personnel est ici ouvertement jouée lorsqu’il est question de son prénom, du lien avec son origine sociale et surtout des difficultés que cela représente de le porter, en particulier dans des milieux politiques plutôt aisés. Il est d’ailleurs plusieurs fois question de sa jeunesse passée dans une cité de saint Denis avec la présence de trafics, de violence … L’idée est indéniablement de mettre en avant ses origines populaires pour se distinguer des autres dirigeants politiques.
Plus encore, et l’objectif du livre étant là, cette partie vise à distiller ci et là confidences et anecdotes personnelles pour fendre l’armure et humaniser le personnage. Ainsi en est l’expression de ses doutes sur sa capacité à réussir, à ne pas décevoir, sur sa légitimité. Mais également sur les sacrifices de la politique, le sacerdoce que cela représente ainsi que la dureté et la violence des campagnes politiques.

Mais bien qu’il ne s’agisse pas d’un livre programmatique au sens strict du terme, Jordan Bardella en profite malgré tout pour distiller quelques éléments structurants de sa pensée : récompense du travail, lutte contre l’insécurité et l’immigration, défense du pouvoir d’achat, soutien à la filière nucléaire, promotion de la souveraineté nationale, rejet du wokisme … Des idées généralement associées à la droite dont il se revendique plutôt ouvertement au demeurant, contrairement à Marine Le Pen qui défend un positionnement ni gauche, ni droite. Il évoque d’ailleurs la nécessité de rassembler classes populaires et bourgeoisie conservatrice, à l’instar de Nicolas Sarkozy en 2017. Sur le même registre, il évoque Eric Zemmour pour le cataloguer comme trop radical, trop excessif, trop caricatural et doute de sa capacité à devenir un homme d’État. Enfin et pour enfoncer le clou, plusieurs charges véhémentes sont portées à l’encontre de Mélenchon et LFI.

Évidemment d’autres aspects sont évoqués au cours des quelques 300 pages : campagne des européennes et législatives, préparation en vue de la constitution d’un gouvernement de cohabitation, résultats du second tour des législatives et tentatives d’explications de l’échec (alliance macronistes/NFP avec des retraits au profit de l’autre, candidatures problématiques avec buzz médiatiques, mobilisation des médias pour chercher la moindre erreur), abandon du monde rural …

Alors au final, on achète ou pas ?
Déjà fait pour ma part. Plus sérieusement, ce livre me parait plutôt intéressant dans la mesure où il allie témoignages personnels et aspects plus idéologiques. Bien évidemment il s’agit d’une opération de communication/séduction visant à mettre en lumière l’auteur et à donner une image positive et affable, pour ne pas dire de gendre idéal. Et sur ce point l’objectif est rempli.
Sera-ce suffisant pour s’affranchir de l’étiquette d’extrême droite et séduire un électorat plus large ? Réponse lors des prochaines élections mais sans aucun doute c’est ce que cherche à faire Jordan Bardella.
 

 

dimanche 10 septembre 2017

De Gaulle avait raison - Le visionnaire de Gérard Bardy

Des livres, encore des livres, toujours des livres ! L'été touchant à sa fin, je termine tranquillement mes lectures avant le tumulte de la rentrée. Dernière en date, un ouvrage de Gérard Bardy consacré au général de Gaulle : De Gaulle avait raison - Le visionnaire.

La finalité de l'auteur est claire : s'appuyer sur des citations, des écrits du général afin d'en montrer son côté visionnaire et le caractère actuel de sa pensée. Il ne s'agit pas pour autant d'imaginer ce qu'aurait dit ou fait de Gaulle mais bien de démontrer la pertinence de sa vision sur les enjeux  d’aujourd’hui. Si je ne suis pas totalement objectif dans la mesure où je suis un adepte de ce personnage historique, le pari est clairement réussi pour moi. Plus qu'un dogme ou une doctrine, le gaullisme est davantage une boussole, une grille de lecture. Bref, un héritage politique et moral que l'écrivain commence par nous définir dès les premières pages.

D'après lui le gaullisme est tout à la fois :
-          un humanisme : l'Homme est au cœur de la politique, son bien-être est un objectif
-          une ambition : référence à l'idée de grandeur, à cette certaine idée de la France
-          une volonté : conserver sa place dans le monde avec nation forte, libre, indépendante et souveraine
-          une révolte : défendre l'intérêt général contre les intérêts particuliers, lutter contre l'oppression (1940)
-          un engagement : maintenir un lien direct avec le peuple (suffrage universel, référendum)
Pour certains, les gaullistes (dont je suis) sont des nostalgiques d'une époque révolue qui vivent dans le passé. Céder à cette caricature serait évidemment bien trop facile et ce d'autant plus que le capitalisme et le socialisme sont des idéologies bien plus anciennes qui conservent pourtant de nombreux disciples à l'heure actuelle.

Mais laissons de côté le passé et revenons plutôt au temps présent et aux préoccupations actuelles : moralisation de la vie publique, représidentialisation de la fonction, dépassement des partis. Sur l'ensemble de ces sujets, Charles de Gaulle se révèle finalement être un précurseur. En tant que fondateur de la Vème République, de Gaulle a évidemment dessiné la fonction à son image. Mais plus encore, il considérait que la légitimité du président provient du peuple d'où l'absolue nécessité d'avoir un lien direct et répété avec la population que ce soit au travers des élections ou des référendums. Si cela s'est largement vérifié sous sa présidence avec cinq référendums en 11 ans de 1958 à 1969, la tendance s'est clairement inversée par la suite avec seulement cinq référendums en presque 50 ans. Dont bien sûr le déni de démocratie de Nicolas Sarkozy qui s'est allègrement assis sur le résultat du vote de 2005.
Outre ce souci de démocratie, de Gaulle avait une volonté d’exemplarité au sommet de l’Etat, une réelle éthique de comportement. Anticipant nos problématiques actuelles de moralisation de la vie publique, le général souhaitait "servir et non pas se servir". Ainsi celui-ci payait personnellement ses factures d'électricité à l'Elysée. On est bien loin des affaires de François Fillon et compagnie … Allant même jusqu'à inspirer François Hollande en 2012, de Gaulle s'opposait déjà aux forces de la finance et déclarait : "mon seul adversaire, celui de la France, n'a aucunement cessé d'être l'argent".
Autre point remis au goût du jour par Emmanuel Macron mais là encore déjà trusté par son lointain prédécesseur, le dépassement des clivages partisans. La force de de Gaulle était d’être au-dessus des partis, hors des logiques d’appareil, ce qui lui donnait une plus grande indépendance et une marge de manœuvre accrue. Ce dernier dénonçait déjà en 1966 les collusions entre partis et les lignes de clivage parfois artificielles : "tous les partis s'entendent comme larrons en foire et entre eux, je te tiens, tu me tiens par la barbichette".

La manière de gouverner de Charles de Gaulle n'est pas le seul aspect notable du personnage. N'oublions évidemment pas les grandes avancées sociales qui ont vu le jour sous sa présidence (droit de vote pour femmes, comités d'entreprise, sécurité sociale …) ainsi que sa vision d'avenir en matière de technologies (satellites, nucléaire civil et militaire).
Nous l'avons vu, pour de Gaulle l'humain doit être au cœur des politiques. Dans cet objectif, celui-ci à chercher à développer une 3ème voie, une alternative entre capitalisme et socialisme au travers d'un système d'association capital-travail. Concrètement, et bien que le concept n'ait pu être mené à son terme, il s'agissait d'accroitre la contribution des salariés aux destinées et résultats de l'entreprise par le biais d'un intéressement aux bénéfices et d'une participation à la gestion (salariés dans les conseils d'administration par exemple). On pourrait rapprocher cela d'une sorte de cogestion à l'allemande ou du modèle des SCOP visant à s'affranchir de l'opposition entre syndicats et patronat et de mettre un terme à la lutte des classes.

Si l'humanisme de de Gaulle est valable à l'intérieur de nos frontières, il l'est tout autant à l'extérieur avec une logique de coopération avec les nations pauvres et les pays en voie de développement. La notion de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes prend ici tout son sens au travers notamment des opérations de décolonisation. Mais également en matière de politique européenne car contrairement à ce que certains peuvent penser le général Gaulle était un vrai européen, convaincu de la nécessité d'alliances avec nos voisins. En revanche, et dans un souci de conserver la souveraineté et l'indépendance de notre pays, celui-ci privilégiait des coopérations entre nations et se méfiait des instances supranationales de type OTAN (dont il a d'ailleurs quitté le commandement intégré en 1966). On retrouve ainsi ces aspects dans une déclaration de janvier 1963 : "notre politique c'est de réaliser l'union de l'europe. Mais quelle europe ? Il faut qu'elle soit véritablement européenne. Si elle n'est pas l'europe des peuples, si elle est confiée à quelques organismes technocratiques, elle sera une histoire pour professionnels, limitée et sans avenir. L'europe doit être indépendante."
A noter enfin que nul ne saurait contester sa réelle vision en matière de géopolitique avec une étonnante anticipation de faits majeurs historiques tels que la croissance de la Chine, la réunification de l'Allemagne, la chute de l'URSS ou encore le phénomène inéluctable de décolonisation.

Dernier point sur lequel je souhaitais revenir : l'université. Là encore cela fait totalement écho avec un enjeu actuel, à savoir la question de la sélection à l'entrée et la récente polémique autour du logiciel APB (Admission Post-Bac). Dès 1963, le général anticipait clairement le problème et défendait une solution simple que je soutiens totalement : "il ressort qu'un laisser-aller général livre les universités à des flots d'éléments inaptes à suivre les cours. La proportion des étudiants qui obtiennent un diplôme est à peine de 30 %. Se résigner à l'inondation, c'est soit aller au gaspillage d'une foule de jeunes carrières, soit consentir à l'abaissement du niveau des études et des examens et à l'attribution de titre sans valeur. Je tiens donc à instaurer, depuis le bas jusqu'en haut, l'orientation et la sélection."

On pourrait encore disserter pendant des heures sur Charles de Gaulle tant ses réalisations sont impressionnantes et ont pour la plupart toujours cours aujourd'hui. Mais au-delà de son action politique, le général est un personnage complet qui a finalement eu plusieurs vies (militaire, écrivain …) qu'il convient de saluer. Nul ne saurait égaler le fondateur de la Vème République et il serait illusoire d'attendre une telle personnalité pour relever notre pays. Pour autant, l'action et le parcours du général doivent nous inspirer afin de construire une réelle alternative aux forces partisanes actuelles. Cela ne sera toutefois pas possible sans conserver à l'esprit deux impératifs absolus que sont la souveraineté nationale et la souveraineté populaire.

mercredi 23 août 2017

"Tout pour la France" de Nicolas Sarkozy

Nouvel article aujourd'hui après celui sur le livre de Philippe de Villiers. Et nous restons dans la continuité de mes lectures estivales avec, là encore, l'essai d'un homme politique de droite. En l'occurrence celui de Nicolas Sarkozy, "tout pour la France", sorti à l'occasion des primaires de la droite et du centre organisées en novembre 2016.

Étrange de se lancer dans une telle lecture alors que l'élection présidentielle est passée, me direz-vous. En réalité, j'ai commencé ce livre il y a de (très) nombreux mois en ayant toutes les difficultés du monde à le boucler. Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas ma tasse de thé, qu'il s'agisse du personnage ou de ses idées, n'y est probablement pas étranger. Mais je tenais toutefois à en arriver au bout, même avec un léger retard. Voilà chose faite donc en ce mois d'août.

Que dire alors de ce livre si ce n’est que celui-ci est articulé en chapitres autour de différents défis à relever pour le pays : la vérité, l’identité, la compétitivité, l’autorité et la liberté. Autant de défis permettant de dérouler les différentes propositions de l’ancien président de la République qui, comme Alain Juppé, a la volonté de tout dire, tout avancer durant la campagne afin d’avoir les mains libres pour faire après l’élection. Tout candidat a évidemment pour devoir de dire la vérité à ses concitoyens et ne pas faire, bien que ce soit parfois (souvent) le cas, de promesses démagogiques. Pour autant, l’élection ne vaut pas plébiscite et ne saurait constituer un blanc-seing pour la durée du mandat. Il me semble au contraire hautement risqué, et d’une certaine manière antidémocratique, de considérer qu’un succès à l’instant T permet d’imposer ses vues, et ce d’autant plus que l’ensemble du corps électoral ne n’est pas exprimé en faveur du vainqueur. Nos dirigeants devraient d’ailleurs méditer sur cela, évitant ainsi les dérives absolutistes.

Mais revenons-en à nos moutons et plus particulièrement aux premières pages de l’ouvrage. Nicolas Sarkozy cherche rapidement à donner le ton en nous expliquant "qu’il nous faut des idées neuves et ambitieuses " (p11) et que "les Français sont prêts à entendre et à accepter des remises en cause et des avancées qui auraient été inimaginables par le passé" (p11). Bref, le changement c’est maintenant … ou presque. Car pour moi la suite ne se révèlera finalement que peu engageante au vu des mesures, maintes fois vues et revues, mises en avant. La crédibilité de l’auteur est par ailleurs légèrement entaillée dès la page 15 lorsque celui-ci nous indique "qu’il croit à la souveraineté populaire". Un petit rappel du passage en force du traité de Lisbonne en 2007 suite au rejet du TCE par référendum en mai 2005 n’aurait visiblement pas été de trop.

Dans la continuité de 2007 et de son célèbre "travailler plus pour gagner plus", le candidat malheureux de 2012 fait l’éloge du travail qu’il tient pour un facteur d’épanouissement alors que ce dernier est souvent considéré comme une source d’aliénation. Pour lui il faut donc chercher à libérer le travail et aller vers un allongement de sa durée à la fois dans la semaine (retour sur les 35h) et dans la vie (report de l’âge légal de départ à retraite – 64 ans en 2025). Ces mesures s’inscrivent dans une réforme plus large du droit du travail où l’on retrouve la facilitation des licenciements, le plafonnement des indemnités prud’homales, la dégressivité des allocations chômage (-20 % au bout de 12 mois puis à nouveau -20 % au bout de 18 mois) ou encore l’inversion de la hiérarchie des normes (les accords collectifs prennent le pas sur le code du travail).
Pour Nicolas Sarkozy, ces réformes s’avèrent un mal nécessaire dans une logique de concurrence internationale. Selon lui, la mondialisation n’est pas un choix, une possibilité mais au contraire un phénomène inévitable face auquel notre pays doit s’adapter. Pour cela, la France doit gagner en compétitivité, ce qui passe inévitablement par une politique de l'offre favorable aux entreprises qui sont créatrices d’emplois. Suppression de l’ISF, suppression des charges sociales au niveau du SMIC et sur les emplois à domicile, simplification des normes administratives, travail le dimanche, mise en place du référendum d’entreprise pour dépasser le blocage des syndicats … Telles sont les recettes proposées pour, soit disant, retrouver le chemin de la croissance.
Sans oublier bien évidemment la réduction des dépenses publiques de 100 milliards d’euros et la suppression de 300 000 postes de fonctionnaires en cinq ans grâce au non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux.

Mais Nicolas Sarkozy ne saurait faire du Nicolas Sarkozy sans ajouter à cette potion libérale une dose d’européisme (promotion du couple franco-allemand, gouvernance de la zone euro, élaboration d’un nouveau traité) et de mesures sécuritaires (création de places de prison supplémentaires, retour des peines planchers, déchéance de nationalité, enfermement préventif des djihadistes). Ajoutons à cela un passage sur l’immigration et la hausse des revendications communautaristes (délai de carence de 5 ans pour les étrangers avant d’accéder aux aides sociales, suppression de l’AME, réduction du regroupement familial) ainsi qu’un couplet sur l’autonomie des établissements scolaires (du primaire à l’université avec notamment une grande liberté accordée dans le recrutement et les programmes) et la boucle est bouclée.

Bien d’autres mesures sont évidemment évoquées dans ce livre programmatique de 240 pages. Il serait toutefois inutile d’y revenir dans le détail tant celles-ci ont été largement mises en avant durant la campagne et dont une partie ont été ou seront mises en œuvre durant le mandat d’Emmanuel Macron.

Régulièrement, et d’autant plus souvent en période électorale, nos hommes politiques nous ressortent le même refrain du "j’ai changé". C’est semble-t-il une grande spécialité de notre ancien président. Pour ma part, je crois que la constance est une qualité, en particulier en politique. Voilà pourquoi je terminerai mon propos en reproduisant ici même la conclusion d’un précédent article d'octobre 2016 sur le débat de la primaire de droite organisé par TF1.

Vieilles recettes pour les uns, véritable surenchère pour les autres, il est clair que ces propositions s'inscrivent dans la continuité des politiques menées ces dernières décennies avec toutefois, reconnaissons-le, des niveaux jamais atteints. Pour autant, comment croire que ces solutions seront efficaces cette fois-ci alors qu'elles ont toujours échoué par le passé ?

samedi 12 août 2017

"Le moment est venu de dire ce que j'ai vu" de Philipe de Villiers

Cela fait maintenant quelques mois que je n'avais pas repris le clavier pour alimenter ce blog. Nul souci d'inspiration toutefois tant l'actualité est riche ces derniers temps, en particulier en matière politique depuis l'élection d'Emmanuel Macron et de sa majorité. Je dois néanmoins reconnaître avoir être largement occupé ces derniers mois que ce soit sur le terrain avec la campagne présidentielle ou pour des raisons plus personnelles.

Mon dernier article en date concernait le livre de Nicolas Dupont-Aignan, "mon agenda de président". Je recommence à écrire aujourd'hui avec un ouvrage d'un tout autre genre écrit par Philippe de Villiers (P2V), "le moment est venu de dire ce que j'ai vu".
Ce livre ayant beaucoup fait parler de lui à sa sortie, j'ai donc profité de quelques jours de vacances pour m'y plonger. Et si certains ont été plus qu'élogieux, je n'ai pour ma part pas été subjugué. En tout cas pas autant que les critiques auraient pu le laisser penser. Alors que certains chapitres m'ont semblé quelque peu longs, d'autres m'ont au contraire fortement intéressé et je n'ai que pu constater que certains passages évoquant le passé ont un formidable écho aujourd'hui.
Comme chaque fois, je ne reviendrais que sur les moments qui ont particulièrement retenu mon attention.

Tout à la fois déroutant et symptomatique, le premier chapitre s'ouvre sur une anecdote. Ou plus exactement sur le récit de la première télé de l'auteur en mai 1992 sur le plateau de "l'heure de vérité". Philippe De Villiers évoque alors son altercation avec le journaliste Ivan Levaï qui le renvoie dès le début de l'interview au pétainisme. Plus que cet échange particulier entre les deux hommes, c'est le comportement du journaliste qui m'interpelle et qui renvoie aux agissements identiques que peuvent avoir les médias aujourd'hui. En 25 ans, on ne peut que constater, malheureusement, que les choses n'ont guère évolué puisque certains journalistes ou personnalités politiques continuent de jeter l'anathème sur des idées cataloguées à l'extrême droite. Quoi de plus facile pour éviter le débat que d'assimiler des opinions ou des thématiques au Front National ? En quoi serait-ce mal de réfléchir sur le patriotisme, le protectionnisme ou l'immigration ? C'est justement parce que ces sujets ont été abandonnés par les partis dits de gouvernement et sont devenus tabous que les idées les plus nauséabondes ont pu se développer. Chacun doit au contraire s'emparer de ces questions afin de faire vivre la controverse et de ne surtout pas les abandonner à des individus qui en feraient mauvais usage.

Thématique totalement différente maintenant mais qui là encore est on ne peut plus d'actualité. Il s'agit d'un passage sur l'agriculture où l'on nous raconte une divergence de point de vue entre un père et son fils. Une revisite de la querelle des Anciens et des Modernes si je puis dire où l'on voit s'affronter deux conceptions assez opposées en matière agricole. Tandis que le fils est adepte d'une agriculture intensive à base d'engrais, d'antibiotiques ou de semences optimisées, bref partisan de l'agrochimie, le père défend quant à lui une agriculture plus traditionnelle, respectueuse de la terre et des saisons, du temps long. Cette opposition, cet affrontement entre deux visions de la ruralité existe bien évidemment toujours à l'heure actuelle. Bien que l'on constate depuis quelques années une volonté des consommateurs d'un retour aux sources, d'une alimentation plus saine et de meilleure qualité avec une forte croissance du bio et des circuits courts, la logique de course à la rentabilité avec des exploitations toujours plus grandes comme la ferme des 1 000 vaches continue. Et ce n'est pas l'extrême dépendance des agriculteurs aux subventions européennes versées dans le cadre de la PAC (Politique Agricole Commune) qui va améliorer la situation. Cette sujétion du monde agricole est au contraire un frein au développement d'une agriculture vivrière respectueuse de l'environnement et des paysages. Dès lors, les choses ne pourront vraiment changer qu'à la condition que nos paysans puissent s'affranchir de ces perfusions d'argent public en vivant de leur travail. Charge à nos dirigeants de mettre en cohérence leurs actes avec leurs paroles mais aussi aux consomma(c)teurs qui ont un grand pouvoir d'influence, notamment vis-à-vis de la grande distribution.

En matière agricole, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, les lobbys possèdent une influence considérable. C’est ce que nous expose P2V dans un chapitre consacré à son expérience au parlement européen. De Bruxelles à Strasbourg, les lobbys œuvrent discrètement en coulisses afin de défendre les intérêts de leurs clients (groupes pharmaceutiques, industrie pétrolière …). Au prétexte d’apporter une expertise technique sur des sujets parfois complexes, ces groupes de pression n’hésitent pas à mélanger les genres en allant jusqu’à fournir aux parlementaires des propositions de loi ou des amendements déjà rédigés. S’il s’agit là d’une opportunité pour certains élus qui peuvent ainsi donner l’illusion d’un travail assidu, cela constitue surtout une aubaine pour les lobbyistes qui peuvent alors imposer leur credo à la collectivité. Un marché gagnant-gagnant ou perdant-perdant selon les points de vue. La loi de moralisation de la vie publique devrait alors être l’occasion d’ouvrir un important chantier de régulation en ce domaine.

Ceux qui connaissent quelque peu Philippe De Villiers savent que l’europe est un de ces grands chevaux de bataille. Il n’est donc pas illogique que ses combats européens occupent une part importante de son livre. Un chapitre porte ainsi sur la campagne autour du traité de Maastricht adopté en 1992. "L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie" disait Karl Marx. Cet adage semble bien se vérifier lorsqu’il s’agit de construction européenne. Que ce soit en 1992 avec Maastricht, en 2005 avec le TCE (Traité Constitutionnel Européen) ou en 2007 avec le traité de Lisbonne, chacun aura pu se rendre compte que le traditionnel clivage gauche/droite s’est largement effacé devant les questions de souveraineté nationale. En effet, PS et UMP se sont à plusieurs reprises donnés la main pour défendre ces traités supranationaux. A l’inverse, certains ténors de ces mêmes partis ont combattu les bonds en avant fédéralistes proposés par Bruxelles. Quel autre sujet d’ailleurs aurait pu rassembler de la sorte Mitterrand, Hollande, Lang, Juppé, Chirac d’une part et De Villiers, Pasqua, Séguin, Chevènement d’autre part ?

Fervent défenseur de la souveraineté de notre pays, Phillipe De Villiers mena une liste dissidente de droite aux élections européennes de 1994 (à cette époque le scrutin avait lieu dans une circonscription unique à l’échelle du pays). Arrivé en troisième position derrière la liste du RPR (ex-UMP) et du PS, le fondateur du Puy du fou sort renforcé de cette échéance électorale et décide de se présenter à la présidentielle de 1995. Il ne réussit toutefois pas à renouveler l’exploit de l’année précédente et obtient cette fois-ci un score de 4,74 %, soit moins que la barre fatidique des 5 % permettant d’obtenir le remboursement de sa campagne. En conséquence, le candidat défait lance un appel à la générosité des Français au 20h de TF1.
Ici encore nous pouvons voir que les problématiques liées au financement de la vie politique (prêt des banques, financement occultes …) perdurent. Si certains vantent notre système démocratique, il n’en reste pas moins qu’il existe des inégalités criantes entre candidats, notamment en termes de moyen et d’accès aux médias. La campagne présidentielle de 2017 en a ainsi été le parfait exemple avec de considérables écarts de temps de parole, écarts d’autant plus accentués par la réduction de la période d’égalité obligatoire au profit de l’équité. Mais plus que la présidentielle, c’est en réalité toutes les élections qui sont concernées par ce phénomène. En dehors des grands partis, point de salut pourrait-on dire tant ces écuries fournissent à leurs partisans une logistique de premier ordre ainsi que des subsides non négligeables.

Philippe De Villiers, comme tant d’autres avant et après lui, ont justement connu ce manque de soutiens, expliquant, au moins en partie, des scores jugés décevants. Ou en tous cas pas à la hauteur des espérances. Si les campagnes sont souvent rudes et éprouvantes, c’est peut-être l’après résultats qui est parfois le plus compliqué. Cela me semble formidablement résumé dans le paragraphe suivant (p 216) : "Les opportunistes arrivés en masse vont repartir vers leurs pénates. Ainsi va la vie politique, elle est cruelle. On croit que les gens vous aiment pour ce que vous êtes. En réalité ce qu'ils aiment en vous, la plupart du temps, c'est la part de succès qui peut leur revenir".

Par ces mots, Philippe De Villiers résume parfaitement la nature humaine et dit finalement sans ambages ce qu’il a vu durant sa carrière politique.

lundi 8 août 2016

"L'ère du peuple" de Jean-Luc Mélenchon

Nouveau volet dans la série de mes lectures d'été après le dernier ouvrage de Nicolas Dupont-Aignan. Il s'agit aujourd'hui d'un livre de Jean-Luc Mélenchon datant de 2014 et intitulé "l'ère du peuple".

Je n'ai jamais caché l'admiration que j'ai pour les qualités de tribun du leader du Parti de Gauche (PG) ni certaines convergences de point de vue que je peux avoir avec lui, en particulier sur l'europe. Appréciant en outre le style de l'auteur, j'étais quelque peu impatient d'attaquer la lecture de cet essai. La joie fut malheureusement de courte durée tant j'ai eu du mal à me plonger dans ce nouvel opus auquel je n'ai d'ailleurs jamais réellement accroché.

Si j'avais particulièrement aimé "le hareng de Bismarck", je ne peux pas en dire autant de celui-ci. Alors que le premier était incisif, tranchant, "l'ère du peuple" me parait nettement plus apathique et clairement moins savoureux. Mais plus que le fond, certes moins fourni à mon sens, c'est la forme qui m'a davantage gênée avec la multiplication de réflexions parfois complexes, peu concrètes voire totalement abstraites sur le nombre ou le temps par exemple. Évoluant régulièrement à la frontière de la pensée philosophique et manquant de structuration, je n'ai pas retrouvé les éléments que j'attends d'un essai politique.
Cela étant, et en faisant abstraction de ces aspects, je dois reconnaitre que ce livre reprend malgré tout la majorité des thématiques chères à l'auteur.

Fervent opposant à François Hollande, Mélenchon ne pouvait évidemment pas ne pas évoquer son adversaire favori. S'il considère que le président de la République a trahi ses promesses de campagne, il estime pour autant que la simple critique du pouvoir en place n'est pas suffisante et qu'il faut chercher à développer une alternative. Alternative qui proviendrait selon lui d'un sursaut du peuple et non de la classe dirigeante dont il ne faudrait rien attendre.
Mélenchon rappelle d'ailleurs qu'en 2012 les Français n'ont pas voté pour François Hollande mais plutôt contre Nicolas Sarkozy et sa politique. Je le rejoins effectivement sur ce point bien que cette tentative ait finalement échoué dans la mesure où on ne peut que constater une certaine continuité entre les deux présidents successifs, en particulier en matière économique et de politique étrangère. S'agissant de ce dernier aspect, nul ne pourra sincèrement évoquer de réel changement, surtout vis-à-vis de l'Allemagne où nous sommes passés de Merkozy à Merkhollande lorsque l'ancien premier secrétaire du PS a enterré sa promesse de renégocier les traités européens.

La transition avec un thème également abordé est ainsi toute trouvée. L'europe et l'union européenne figurent évidemment en bonne place dans cet ouvrage où on retrouve les critiques certes habituelles et récurrentes mais qui restent malheureusement toujours d'actualité. Échec de l'euro fort, domination de l'Allemagne, condamnation des politiques d'austérité et du dogme de la concurrence libre et non faussée, voilà les principales thématiques qui sont traitées.
Sans oublier évidemment la dénonciation du futur traité de libre-échange actuellement en cours de négociation entre l'union européenne et les États-Unis (TAFTA). Mélenchon profite également de ce passage pour adresser une charge virulente au pays de l'oncle Sam en vilipendant leur hégémonie militaire, monétaire et commerciale.
Si j'adhère évidemment à l'ensemble de ces propos, je regrette que la question du protectionnisme, sujet pourtant majeur à mon sens, ne soit que très peu évoquée (seulement quelques lignes). Jean-Luc Mélenchon semble toutefois avoir évolué sur le sujet depuis la parution de son livre (2014) puisque cette problématique revient régulièrement dans ses discours de campagne pour la présidentielle de 2017.

Autre thème de prédilection, très (trop ?) longuement traité dans ce livre : l'écologie et en particulier les problématiques liées à la mer. Plus d'une vingtaine de pages y sont ainsi consacrées et on sent indéniablement que l'auteur est fortement engagé sur les questions environnementales.
Pour lui, les mers et les zones maritimes revêtent des enjeux considérables pour les nations, notamment en raison de leurs sous-sols du fait de la présence d'hydrocarbures. Avec 18 000 kms de côtes et 11 millions de m² d'espaces maritimes, la France est ainsi le deuxième territoire maritime après les États-Unis. Pour autant, il estime que le gouvernement n'a pas pris la mesure de cet avantage concurrentiel et commet une grave erreur en baissant le budget alloué à la mer. Mélenchon reconnait que la mer est certes une opportunité mais qu'elle constitue aussi une menace en raison de la hausse du niveau des eaux (+ 50 cm d'ici 2050 et + 1,40 m d'ici 2100). Deux cent millions de personnes seraient à déplacer d'où des risques importants de conflits entre pays ou de guerres civiles ainsi que des vagues de migration conséquentes à venir.

Toujours dans le même ordre d'idées, le leader du PG aborde la question de la croissance de la population mondiale. Aucune réelle prise de position sur le sujet car ce sont davantage les conséquences de ce phénomène qui sont traitées. De manière logique, l'augmentation de la population requiert davantage de ressources, de denrées alimentaires, de terres, de logements et accroît parallèlement la pollution et l'empreinte de l'Homme sur la planète.
Si cette problématique de croissance exponentielle de l'humanité n'est pas pour l'heure au cœur des débats, elle constitue pour autant un enjeu fondamental des années à venir tant elle a et aura plus encore dans le futur des impacts sur nos vies. Car il faudra évidemment réussir à nourrir, loger et fournir du travail à ces nouveaux habitants. En sommes-nous capables ? Notre planète pourra-t-elle le supporter ? Quelles que soient les réponses, il faut se préparer aujourd'hui pour réussir à y faire face demain.

Comment terminer cet article sans parler du projet constitutionnel du candidat à la présidentielle ? Aucune nouveauté dans ces derniers chapitres du livre pour celui qui connait quelque peu l'auteur. Mélenchon y réaffirme ainsi la nécessité d'élire une assemblée constituante visant à instaurer une sixième République et par la même, selon l'auteur, un pouvoir du peuple.
Me reconnaissant dans le doctrine gaulliste et considérant que les institutions de la cinquième ont fait preuve de leur résistance et de leur adaptabilité malgré toutes les réformes successives, je dois reconnaitre être plus que sceptique sur cette proposition. Malgré les louanges chantées par ses partisans, je suis loin d'être convaincu que ce changement de République permettrait de venir à bout de tous les maux de notre société. Pour moi, ce ne sont pas les institutions qui posent problème mais plutôt l'usage qui en est fait par nos dirigeants. Si nous ne commençons pas par renouveler cette classe politique rien ne changera vraiment et la 6ème connaîtra rapidement les mêmes dévoiements que la 5ème.
En revanche, toujours en matière d'institutions, il est une proposition de Mélenchon à laquelle je souscris totalement. Il s'agit de l'instauration du référendum révocatoire, c’est-à-dire la possibilité pour les électeurs de voter pour la destitution d'un élu. Si cette mesure nécessite d'être discutée, en particulier pour ce qui est de ses conditions de mise en œuvre, je crois qu'elle va indéniablement dans le bon sens en remettant en cause la toute-puissance des dirigeants entre deux scrutins. Elle permet notamment de rappeler à chacun que l'élection n'est pas un blanc-seing donnant tout pouvoir à celui qui la remporte. Clairement dans l'air du temps, cette proposition permettra également de réduire le fossé grandissant entre dirigeants et population comme cela peut-être le cas pour les référendums qu'ils soient locaux ou nationaux.

En intitulant son livre "l'ère du peuple" Jean-Luc Mélenchon annonce d'entrée de jeu la couleur. Comme lui je pense que le peuple doit revenir au cœur des débats et reprendre la place qu'on lui a longtemps confisquée. Le XXIème siècle sera indéniablement le siècle d'un retour en force du peuple comme nous pouvons le voir actuellement par-delà le monde. Cette expression populaire, quoi qu'en dise certains, ne pourra se faire que dans le cadre des nations. Souveraineté nationale et souveraineté populaire voilà deux notions avec lesquelles vont devoir composer nos dirigeants. Et cela, qu'ils le veuillent ou non …