lundi 26 mars 2012

De l'hypocrisie des enfoirés


Hier, alors que je regardais la télé, je suis tombé sur le clip des enfoirés. N'étant pas un grand mélomane, je laisserai de côté l'aspect musical. En revanche, ces images, qui montraient tout un tas de chanteurs, acteurs et autres célébrités en tout genre, m'ont incité à réfléchir sur le concept même du truc.
 
De quoi s'agit-il en réalité ?
Chaque année un certain nombre de personnalités se réunissent pour une série de concerts au profit des restos du cœur, dont l'un est diffusé sur TF1. Ces spectacles, et le disque afférent, permettent ainsi de récolter des fonds pour l'association. Evidemment, sur le principe, tout le monde trouve ça génial. Moi le premier d'ailleurs.
 
Mais je crois qu'il faut aller plus loin que cette première impression et s'attarder sur l'envers du décor. Tout d'abord, on peut remarquer que le nombre d'artistes tend à diminuer chaque année avec toujours les mêmes têtes et un nombre croissant de personnes qui refusent d'y participer. Ensuite, la troupe des enfoirés est jugée par certains comme une sorte de secte avec ses rites et ses clans, pratiques somme toute éloignées de la volonté affichée de solidarité et de fraternité. Enfin, il existe une grande différence entre le show pour la télévision et les autres prestations de la tournée.
 
Mais au-delà des enfoirés, qui ne sont finalement qu'un prétexte pour moi, je m'interroge sur la sincérité des artistes qui s'engagent pour des associations. Evidemment tous ne sont pas à mettre dans le même sac et généraliser ne serait pas forcément juste. Pour autant, je suis convaincu que beaucoup d'entre eux agissent de la sorte dans un but purement commercial afin de faire leur promo et d'avoir une bonne image auprès du public.
 
Mais alors me direz-vous, où est le problème si tout le monde y trouve son compte ?
Dans l'absolu, il ne semble pas y avoir de problème. Mais personnellement j'y vois une question de morale et de principe. Je trouve ainsi extrêmement hypocrite et malvenu le double discours, le double jeu de certains de ces artistes. En effet, comment peut-on oser appeler à la générosité des Français et critiquer les carences de l'Etat en matière sociale et, dans le même temps, faire le choix de s'exiler pour des raisons purement fiscales ?
 
Il est vrai que l'Etat présente des faiblesses au niveau de l'action sociale (hébergement d'urgence ...). Et on peut d'ailleurs se féliciter, si je puis dire, que des associations telles que les restos du cœur interviennent sur le terrain pour venir en aide aux plus démunis.
Evidemment que se devrait être à l'Etat d'effectuer ce travail et je crois que chacun préférerait que ces organismes disparaissent à tout jamais.
 
Malheureusement cela ne semble pas possible à brève échéance. Aussi, il me semble nécessaire de mener des actions à la fois au niveau des associations et à la fois au niveau de l'Etat.
S'agissant des associations, il s'agit bien évidemment d'assurer et de pérenniser leur fonctionnement par le biais des dons des particuliers et des dotations de l'Etat et des instances européennes. Mais je crois qu'il faut également permettre à la grande distribution de donner davantage de ses stocks en assouplissant la réglementation à ce niveau, en particulier en termes de date de consommation. De fait, il me semble complètement stupide que des magasins jettent de la nourriture alors même que des gens meurent de faim.
En ce qui concerne l'Etat, il me paraît impératif, à court terme, de dégager des crédits afin de construire davantage de structures d'accueil et de logements, sociaux ou non. On me rétorquera alors probablement que nous sommes en déficit chronique depuis des décennies etc. ... Mais si l'on peut trouver des fonds pour les banques ou pour faire des chèques aux bénéficiaires du bouclier fiscal, je suis persuadé qu'on pourra en faire autant pour les plus pauvres.
 
Quoi qu'il en soit, le problème de la pauvreté induit forcément de parler, à un moment ou à un autre, de solidarité nationale. Et inévitablement la question de l'impôt, de par son objectif de redistribution des richesses, devra être abordée.
 
Pour moi, le sujet de la fiscalité est très important dans la mesure où il conditionne en grande partie le modèle de société dans lequel on vit. Personnellement je considère que, dès lors que chacun jouit de l'action de l'Etat (aides sociales, infrastructures publiques ...), tout le monde doit payer des impôts en fonction de ses moyens. Cela signifie donc que les plus modestes comme les plus riches doivent contribuer à l'effort national. Et cela ne sera possible que par une remise à plat globale de toutes les niches fiscales et sociales qui existent aujourd'hui.
 
Au-delà de considérations purement budgétaires, certes légitimes, la question de la fiscalité doit être traitée dans son ensemble. Pour moi l'impôt est un puissant outil qui permet à l'Etat  d'impulser une dynamique. Ce sujet est d'autant plus stratégique qu'il constitue la pierre angulaire de notre fonctionnement collectif.
 
Voila pourquoi il me semble tout à fait pertinent et nécessaire de se pencher sur les différentes propositions des candidats à la présidentielle en matière fiscale. Plus que l'expression d'une pensée politique, je crois qu'elles sont le reflet d'un système de valeurs.
En somme, dis moi quel est ton programme fiscal et je te dirais quelle politique tu mèneras. L'exemple de Nicolas Sarkozy en 2007 en est d'ailleurs une excellente illustration ...

vendredi 23 mars 2012

François Hollande et l'europe : naïf ou menteur ?

La semaine dernière, François Hollande avait réuni à Paris une partie des dirigeants socialistes européens devant lesquels il a expliqué sa vision de l'Europe. Bien que ce discours ne nous apprenne rien de nouveau, j'en ai tout de même sélectionné quelques passages qui me semblent assez intéressants et qui, je crois, méritent de s'y attarder.
 
- "Renaissance de l’Europe. Une Europe nouvelle doit voir le jour, plus solide, plus solidaire, plus sociale."
Quelle belle idée que l'europe sociale, que l'europe qui protège ... Mais cela fait plus de trente que l'on nous la promet cette fameuse europe. Rappelez-vous des débats au moment du traité de Maastricht en 1992 ou à l'occasion du référendum de 2005. A gauche comme à droite, la plupart des responsables politiques nous promettaient monts et merveilles. On a bien vu le résultat : austérité, chômage, délocalisations ... Et j'en passe tellement la liste est longue.
Comment alors continuer à croire de telles sornettes après tant de mensonges ? Comment garder confiance en l'europe avec tout ce qu'elle nous a fait, en particulier au niveau du bafouement de la démocratie ?
 
- "Ma détermination sera entière, contrairement à celui qui annonce d’emblée qu’il quittera la table des négociations s’il n’est pas suivi. Parce que ce qu’il veut c’est renégocier les traités signés, ratifiés, appliqués depuis de nombreuses années. Non, je mettrai toute ma détermination non pas à quitter la table des négociations, mais à y rester tout le temps nécessaire pour obtenir la croissance, l’emploi, le développement, le progrès."
Une des grandes lubies de François Hollande est de renégocier les nouveaux traités. Traités que le Parti Socialiste a d'ailleurs contribué à faire voter en s'abstenant de manière courageuse. François Hollande va donc chercher à discuter avec ses homologues étrangers. Et en cas d'échec, il continuera encore et encore jusqu'à ce qu'il obtienne satisfaction ... ou qu'il soit sorti par les Français. Personnellement je crois qu'il faut savoir faire preuve d'un peu de véhémence, notamment en matière diplomatique et non se résigner à parlementer à l'infini. D'ailleurs il ne faut pas oublier que c'est grâce à la politique de la chaise vide que le général de Gaulle a obtenu la PAC (Politique Agricole Commune). Je suis donc convaincu qu'il ne faut pas hésiter à envoyer paître nos partenaires dès lors que nos intérêts profonds sont mis en cause, et cela d'autant plus que sans la France l'europe n'est rien.
 
- "Nous devrons aller vers de nouvelles avancées, vers la réciprocité des échanges commerciaux."
Ah le juste échange. Je reconnais bien là tout l'audace du PS qui n'ose pas appeler un chat un chat. Car ne nous voilons pas la face, le juste échange n'est ni plus ni moins que l'appellation politiquement correcte du terme protectionnisme, avec peut-être malgré tout une différence de niveau et d'intensité.
Reconnaissons toutefois les progrès de François Hollande sur ce sujet, notamment sous s'impulsion d'Arnaud Montebourg. Mais encore faut-il que cela ne soit pas que des mots et que cela se traduira en actes concrets. Permettez-moi malgré tout d'en douter car je ne peux mettre de côté le fait que Dominique Strauss-Kahn (ancien directeur du FMI) et Pascal Lamy (directeur général de l'OMC), tous deux socialistes, sont de fervents défenseurs du libre-échange.
 
- "L’Europe a besoin de l’Allemagne, parce que c’est une grande nation, parce que c’est une puissance économique, parce qu’elle est aussi une référence en matière de compétitivité et, aussi, de démocratie sociale."
Décidément, l'Allemagne semble obséder la classe politique française. Du PS à l'UMP en passant par le Modem, tous vantent le génialissime modèle allemand et nous incitent à imiter ce pays dans ses réformes visant à accroître la compétitivité. Je ne vais pas revenir une fois encore sur la réalité de l'économie allemande mais, par principe, je me méfie des individus qui admirent et font la promotion d'un système qui conduit à la précarisation du marché de l'emploi.
 
- "Je ne tiendrai pas deux langages, un langage à Bruxelles et un langage à Paris."
Je souhaitais finir par cette phrase car je la trouve tout simplement magnifique. En effet, il s'agit d'une hypocrisie de grande ampleur, que dis-je d'un mensonge éhonté malheureusement trop connu du grand public. Pour se rendre compte de la réalité des faits, il suffit simplement de s'intéresser aux votes des socialistes Français au Parlement européen ou, mieux encore, aux prises de position du PS sur les différents traités européens. La vérité ? Elle est très simple, les socialistes ont approuvé tous les traités (Maastricht, TCE, Lisbonne ...) et ont soutenu de manière quasi-systématique toutes les directives qui nous ont conduit dans la situation actuelle.
Pire, la récente interview du candidat au journal britannique The Guardian est consternante et illustre à merveille mes propos. Au Bourget, Hollande nous expliquait que la finance était son adversaire et qu'il allait la mettre au pas. Puis quelques jours plus tard, dans ce fameux journal, celui-ci rassurait les Anglais en affirmant qu'ils ne devaient pas avoir peur et que les socialistes, lors de leur passage au pouvoir, avaient largement libéralisés l'économie.
 
Comme je le répète assez souvent autour de moi, la politique ne se résume pas à des mots. Et pour juger de la crédibilité d'un homme, politique ou non d'ailleurs, il convient également de s'intéresser aux actes afin de s'assurer de la cohérence entre les deux. Car bien trop souvent l'adage "fais ce que je dis, pas ce que je fais" est la norme en politique. François Hollande et le PS n'échappent évidemment pas à cet implacable constat comme le montrent, et il en existe bien d'autres, les quelques exemples que j'ai cités.
 
L'europe est bien évidemment un sujet important pour notre pays, notamment dans un contexte de crise comme aujourd'hui. Mais c'est également le thème sur lequel les candidats jouent le plus les funambules car ceux-ci cherchent à ménager la chèvre et le chou, et ce d'autant plus depuis la montée en puissance du clivage en 2005. Nicolas Sarkozy, durant sa campagne de 2007, l'illustre d'ailleurs à merveille.
 
Bien que 2012 ne soit pas 2007, certains candidats nous resservent les mêmes formules que l'on entend depuis des décennies. Et à ce jeu là, François Hollande, Nicolas Sarkozy mais aussi François Bayrou sont les grands gagnants. Ou plutôt les grands imposteurs.
Il est une citation du général de Gaulle que j'aime rappeler assez fréquemment tant elle est pertinente. Et plus de 50 ans après, celle-ci est, malheureusement, toujours autant valable.
"Je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes, et je n’aime pas les miens parce qu’ils aiment trop l’argent."

jeudi 22 mars 2012

Affaire Merah, tout est mal qui finit mal


Voila maintenant plusieurs jours que le pays retient son souffle suite aux meurtres de Toulouse et Montauban. Le criminel ayant été mis hors d'état de nuire, il me semble donc venu le temps de réfléchir aux évènements de ces derniers jours.
 
Avant toute chose, et même si cela n'est que purement symbolique, je voudrais avoir une pensée pour ces hommes et ces enfants lâchement abattus ainsi que pour leur famille. J'aimerais également avoir un mot pour ces hommes et ces femmes, policiers, membres du Raid ..., qui se sont formidablement mobilisés pour mener à bien leur mission et faire triompher la République face au terrorisme et à l'intégrisme.
Mais après l'émotion, certes légitime et nécessaire, il me semble impératif d'en revenir à la réflexion. Trois éléments au moins me paraissent intéressants dans cette affaire, à savoir les aspects sécuritaire, médiatique et politique.
 
Mais commençons tout d'abord par les questions de sécurité qui ont été soulevées par ces évènements. A priori, et d'un point de vue extérieur, il semblerait que l'enquête et l'opération policière qui s'en est suivie aient été correctement gérées. En effet, un suspect a rapidement été identifié puis mis hors d'état de nuire sans trop de dommages.
 
Pour autant, je crois qu'il existe plusieurs zones d'ombre qui viennent entacher ce succès apparent. En premier lieu, j'ai du mal à comprendre pourquoi cet individu, largement connu des services de police et de renseignement, était toujours en liberté alors même qu'il avait été identifié comme un risque potentiel du fait de ses "états de service". Ensuite, je m'interroge sur la durée même de l'intervention du Raid. Pourquoi avoir tant fait trainer les choses alors que l'individu avait été localisé et était seul dans son appartement ? Je peux comprendre la volonté de parlementer mais à un moment donné il faut savoir passer outre les négociations, surtout lorsque la personne en face n'est pas réceptive et se moque du monde comme cela était le cas, et donner l'assaut afin de ne pas donner trop d'importance à quelqu'un qui ne le mérite pas. Pour rappel, le Raid a attendu plus de 30 heures avant de recevoir l'ordre d'intervenir, et tout cela finalement pour ne pas appréhender le suspect en vie.
 
Si l'on devait malgré tout retenir quelque chose de positif à tout cela est le fait que notre pays bénéficie de forces de sécurité compétentes et efficaces ... dès lors qu'on leur donne les moyens de faire correctement leur travail. Voila pourquoi je crois qu'il est indispensable d'augmenter le budget de la Justice et des forces de l'ordre au sens large (police, renseignement, armée).
 
Continuons ensuite avec l'aspect médiatique de l'affaire. Depuis le début de la semaine, tous les médias nous parlent à longueur de journée de ces incidents. Bien sûr que cela est important mais était-ce vraiment la seule et principale actualité ? D'autres évènements ne méritaient-ils pas une plus grande attention ? Une fois encore les médias se sont concentrés sur un unique filon en l'exploitant au maximum pour vendre leurs papiers ou faire de l'audimat. Mais gageons que d'ici quelques jours une autre information aura pris le relais car on voit bien qu'une actualité chasse l'autre.
 
Terminons enfin avec l'aspect politique. A mon sens celui-ci est triple avec l'interruption de la campagne, les tentatives de récupération et les raccourcis douteux de certains.
Clairement, selon moi, la suspension de la campagne pour quelques jours est une escroquerie sans nom. Et cela est d'autant plus hypocrite qu'en réalité rien n'a été vraiment arrêté puisque l'on n'a jamais autant entendu les "candidats de premier plan".
D'ailleurs, et malgré l'horreur de la chose, il s'agit d'une aubaine pour certains candidats qui n'ont pas hésité à exploiter ce drame. La plupart des "gros candidats", si ce n'est tous, ont en effet surfé sur l'évènement pour se faire mousser. Il en va ainsi de Nicolas Sarkozy qui, remettant ses habits de président, s'est posé en défenseur de la veuve et de l'orphelin. D'autres comme Mélenchon ou Bayrou ont accusé la droite et l'extrême droite de favoriser de tels comportements par les sujets abordés. Outre le fait qu'un tel discours ne tient pas la route, ces deux là auraient mieux fait de se taire et d'attendre les résultats de l'enquête avant de qualifier ces crimes de racistes et antisémites.
 Cela a d'ailleurs fait le jeu du Front National et de Marine Le Pen qui se sont une nouvelle fois posé en victime du système. Enfin cela n'a pas duré très longtemps car les vieux réflexes sont rapidement revenus. En effet, les agissements de Mohamed Merah, musulman qui tue des soldats et des juifs, est une occasion inespérée pour Marine Le Pen. D'ailleurs celle-ci s'est empressée de squatter les plateaux télé afin d'expliquer que la menace islamiste et fondamentaliste plane sur notre pays et qu'il faut absolument prendre les mesures nécessaires contre l'envahisseur.  
 
Loin de moi l'idée de minimiser le problème terroriste ou de mettre de côté la question de l'intégrisme religieux. Il s'agit là d'une menace réelle qu'il faut bien évidemment prendre au sérieux. Pour autant, je crois qu'il faut faire attention à ne pas tout mélanger comme cherche à le faire, à dessein, le Front National en assimilant l'islam à l'islamisme. Certes Mohamed Merah était musulman et a tué au nom de la religion. Mais cela justifie-t-il pour autant de jeter le discrédit sur tous les musulmans ? Cela doit-il nous conduire à considérer tous les musulmans comme des terroristes en puissance ? Je ne le crois pas. Nous devons bien évidemment condamner et lutter contre tous les extrémismes de toute nature (religieuse, politique ...) mais cela ne doit pas aboutir à rejeter une partie de la population en raison d'amalgames douteux.
 
En ces temps de doute et d'effroi c'est ensemble que nous devons avancer pour faire face à l'avenir. Car si nous jouons les uns contre les autres c'est vers le chaos que nous nous dirigeons.
J'appelle donc l'ensemble de nos concitoyens à faire preuve de raison et à ne pas céder, malgré les sollicitations, à leurs plus vils instincts. Ne tombons pas dans la facilité de la division et prouvons au monde entier que les Français sont un peuple qui non aux extrémistes d'où qu'ils viennent, un peuple qui ne courbe pas l'échine face à l'adversité. En somme un peuple fier et uni envers et contre tout.

mardi 20 mars 2012

Meeting de Bayrou à Grenoble : Tomgu y était !

Hier soir, François Bayrou était à Grenoble pour une réunion publique ouverte à tous. N'étant jamais allé à un meeting de ma vie, j'ai donc sauté sur l'occasion pour me faire ma propre opinion. Alors bien sûr François Bayrou n'est pas le meilleur choix mais comme on dit, faute de grives on mange des merles.
 
Sensé débuter à 18h30, le meeting n'a en fait démarré qu'à 19h15, soit 45 minutes plus tard. Et dès le début, le secrétaire général adjoint du Modem Isère a annoncé la couleur : en raison du massacre du matin à Toulouse, cette réunion allait être solennelle et modérée. En gros, pas de foule en liesse, pas de fougue ... Bref, on allait sacrément s'amuser.
 
Suivirent alors les apparitions de Michelle Cédrin (présidente du Modem 38), Philippe de Longevialle (adjoint Modem à la mairie de Grenoble), Jean-Luc Rigaut (maire NC d'Annecy et soutien de Bayrou à la présidentielle) et enfin Jean-Luc Benhamias (vice-président du Modem et député européen).
 
Que retenir alors de ces différentes interventions ?
Et bien tout d'abord il est clair que ces personnes ne sont pas de grands tribuns. Si les deux derniers orateurs s'en sont assez bien sorti avec un relatif dynamisme, les deux premiers ont rendu une pâle copie avec un discours monotone, une voix monocorde donc un discours peu enthousiasmant.
 
Sur le fond, je relèverai simplement quelques phrases en passant :
"Bayrou est visionnaire" (Cédrin)
"Il faut penser le changement et non changer le pansement" (citation de Francis Blanche par de Longevialle)
"Bayrou avait vu juste sur la dette" (Benhamias)
En somme rien de nouveau sous le soleil. Bayrou est génial car il avait soulevé la question de la dette depuis longtemps, il est le seul à incarner le changement (le changement c'est maintenant ?) et à pouvoir rassembler largement. Rien de bien transcendant en fait, et ce d'autant plus que Bayrou ne veut pas de rupture avec le système actuel puisqu'il s'inscrit en son sein.
 
Finalement c'est seulement à 20h10 soit avec près de deux heures de retard que François Bayrou est finalement apparu. Après une brève acclamation de la part des militants, le président du Modem entame son discours par quelques mots sur le drame du matin. Et cela va durer pendant les 30 minutes, oui je dis bien 30 minutes, de sa piètre prestation au cours de laquelle Bayrou va nous parler de rassemblement et de non opposition entre Français, d'unité nationale ...
 
En fait, le rapide discours de François Bayrou à Grenoble se résume à une série de banalités sur la nécessité de rassemblement sans en préciser les moyens. Faute de propositions, nous étions hier soir dans l'incantation pure et simple. Pour paraphraser de Gaulle, Bayrou saute sur sa chaise comme un cabri en disant rassemblement ! Rassemblement ! Rassemblement !
 
Malgré tout, Bayrou a laissé de côté, dans les toutes dernières minutes de son intervention, sa lubie du jour pour parler d'autres sujets. En deux phrases, en deux toutes petites phrases, le Béarnais a perdu, à mon sens toute crédibilité.
Tout d'abord il a parlé de la dette de la France, lui le visionnaire qui avait soi-disant vu le problème avant tout le monde. Il nous alors expliqué que l'endettement nous rendait dépendant et qu'il fallait donc chercher à lutter contre ce phénomène. Sur le constat je suis tout à fait d'accord mais alors pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement en continuant à se soumettre au pouvoir des banques ?
 
Ensuite Bayrou a fait un parallèle entre la situation de notre pays qui a besoin de se rassembler et l'Italie et la Grèce. Ainsi, selon lui, les partis politiques de ces pays ont su s'unir derrière un leader nouveau pour l'intérêt général. De plus, celui-ci a expliqué que les Italiens soutenaient l'action de leur nouveau premier ministre. Heureusement, il n'a pas tenu les mêmes propos sur le peuple grec. Il faut quand même être sérieux. Pour rappel, dans ces deux pays la démocratie a été bafouée puisque les dirigeants de l'époque, élus démocratiquement, ont été destitués et remplacés par des technocrates, anciens cadres de Goldman Sachs, nommés par l'UE afin de faire le sale boulot et sauver le système en place.
 
Par ces deux exemples, mais il en existe bien d'autres, François Bayrou nous montre bien qu'il vit dans le monde des Bisounours. Outre ses perpétuelles incantations sur le rassemblement, et malgré quelques propositions intéressantes, il est clair que le leader du Modem est plein de contradictions qui le maintiennent pieds et poings liés. C'est notamment le cas sur la question de l'europe dans la mesure où le candidat se soumet sans rien dire au diktat de Bruxelles. Comment alors faire confiance à un homme qui accepte le viol de la démocratie ? Comment envisager de confier le pouvoir à une personne qui soutient avec ferveur un système dictatorial qui sacrifie les peuples sur l'autel de la finance ?
 
Comme je le disais en préambule, je n'avais jamais assisté à un meeting. Cela est maintenant chose faite mais je dois reconnaître avoir été grandement déçu. Certes les circonstances étaient particulières mais cela n'est pas une excuse. Bien sûr que le massacre de ces enfants est horrible, c'est une évidence. Mais pourquoi en faire tout un pataquès alors même que des gens meurent tous les jours dans notre pays ? Pourquoi accorder une importance démesurée à un fait divers si ce n'est pour des raisons purement électorales ?
 
Si la campagne est suspendue pour l'assassinat de quatre personnes, je n'ose même pas imaginer ce qui se passerait en cas d'attentat de grande ampleur. Une annulation pure et simple de l'élection présidentielle, peut-être ?

dimanche 18 mars 2012

Propositions du Figaro contre le déficit : du bon et du moins bon

En cette période de campagne présidentielle où la question des déficits est omniprésente, le Figaro a publié, sur son site internet, 20 pistes pour baisser la dépense publique. Si certaines sont pleines de bon sens, d'autres relèvent davantage du credo libéral que je condamne.
Revue de détail.
 
1. Geler les rémunérations des fonctionnaires
S'il est une lubie des libéraux, c'est bien les fonctionnaires dont il s'agit. Ainsi, notre pays souffrirait d'un nombre trop important de serviteurs de l'Etat. Et comme en Grèce ou en Espagne on préfère agir sur le salaire des fonctionnaires plutôt que de s'attaquer au train de vie de l'Etat par exemple.
En outre, une politique de rigueur salariale de type allemande, dans le public mais aussi dans le privé, serait une hérésie dans la mesure où elle aurait des conséquences immédiates et dramatiques sur la consommation donc sur la croissance.
 
2. Poursuivre le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite
3. Appliquer le «un sur deux» à tous les opérateurs publics
Dans la droite lignée de la première proposition, et après s'être attaqué aux rémunérations des fonctionnaires, voila qu'il faut maintenant en réduire le nombre. Personnellement je suis opposé au principe de non-remplacement. Loin de moi l'idée de nier qu'il faut se pencher sur les effectifs dans la fonction publique mais je considère que l'application de cette règle de manière aveugle et purement comptable est une erreur. Je ne suis pas opposé à une révision des effectifs, notamment dans les collectivités locales, mais cela doit être fait avec parcimonie en tenant compte des besoins réels de la population.
 
4. Accélérer les cessions immobilières
La question du patrimoine, notamment immobilier, de l'Etat me paraît être un sujet hautement stratégique qui requiert un débat public et contradictoire. Pour autant, il convient de reconnaître que certains biens doivent être cédés car ils ne sont plus nécessaires à son fonctionnement. En revanche, il me semble impératif de ne pas brader les biens publics comme cela a trop souvent été le cas (autoroutes, hippodrome de Chantilly …). Donc oui à des cessions mais au juste prix !
 
5. Regrouper les établissements scolaires
De l'échec d'une telle politique dans le domaine de la santé a conduit à la création de déserts médicaux, le Figaro ne semble pas en avoir tiré les leçons. L'Education comme la santé sont des fonctions qui doivent relever de la puissance étatique en dehors de toute logique économique. L'avenir de nos enfants, donc de notre pays, est un sujet bien trop grave pour être subordonné à des considérations purement financières. De plus, il est clair que le regroupement de plusieurs écoles en une superstructure viendra aggraver encore un peu plus les maux dont souffre actuellement notre système éducatif (décrochage scolaire, violence …). Sans parler de l'accroissement des inégalités entre territoires, en particulier en milieu rural.
 
6. Réduire les allègements sur les bas salaires
Le proposant moi-même, je ne peux qu'approuver cette mesure. En plus d'être coûteux pour l'Etat (40 milliards d'euros), ces dispositifs ont une efficacité plus que douteuse et encourage les entreprises à pratiquer une politique de faible rémunération pour bénéficier de ces fameuses aides.
 
7. Diminuer les concours aux collectivités locales
Alors même que la décentralisation a conduit à déléguer toujours plus de compétences aux collectivités territoriales, les dotations de l'Etat n'ont pas toujours suivies en conséquence. Cela étant, il faut reconnaître que des dérives ont eu lieu, notamment en termes d'embauches, parfois pour des raisons électoralistes.
Une remise à plat des compétences de chacun (Etat, région, département …) me semble donc nécessaire dans un premier temps afin de savoir qui fait quoi et d'éviter les doublons donc de faire des économies. Par ailleurs, une sensibilisation des collectivités à une gestion plus rigoureuse ne serait pas forcément inutile.
 
8. Recentrer les subventions aux associations
Depuis quelques années maintenant le secteur associatif a pris une ampleur non négligeable et continuera probablement à se développer dans le futur. Si l'action de certaines associations est indiscutable, en particulier dans le domaine social afin de combler les lacunes de l'Etat, d'autres organismes ont une finalité plus discutable. La proposition du Figaro de recentrer les financements publics sur des secteurs clés doit donc être envisagée avec sérieux.
 
9. Plafonner les indemnités chômage
A l'heure actuelle, un chômeur français peut toucher jusqu'à 6000 € par mois pendant deux ans. Evidemment ces indemnisations ont un coût pour la société. Comme le Figaro, je suis partisan d'un plafonnement des indemnités chômage. Mais à la différence du journal qui envisage cette mesure comme une source d'économie, je propose, pour ma part, de réutiliser les sommes ainsi dégagées afin de prolonger la durée d'indemnisation de deux à trois ans.
 
10. Plafonner les aides aux ménages
11. Repenser la politique familiale
12. Mettre sous conditions de ressources les allocations familiales
13. Mettre fin au cumul allocations familiales/supplément familial des fonctionnaires
Aujourd'hui il existe un nombre impressionnant d'aides en tout genre (RSA, allocations familiales …) accordées par différents organismes publics (Etat, collectivités …). Ces aides aux ménages qui ont représenté un coût de 30 milliards d'euros en 2011 constituent donc un véritable méandre administratif complexe et incompréhensible. Une remise à plat ne me semble donc pas être un luxe.
Par ailleurs, je crois que l'idée un plafonnement global mais également la mise en place de conditions de ressources doit être mise en débat. Ainsi on peut se demander, légitimement je crois, s'il est normal qu'un foyer aisé touche les allocations familiales ou si un ménage bénéficie d'un montant d'aides sans limite de maximum.
 
14 Introduire des franchises
15. Définir un panier de soins remboursé intégralement par la Sécu
16. Lutter contre la surconsommation de médicaments
17. Revoir la liste des affections de longue durée (ALD)
La question des franchises médicales est un sujet qui revient fréquemment sur le devant de la scène, notamment lorsqu'il est question du fameux "trou de la sécu". Bien que ce dispositif existe déjà d'une certaine manière (50 cts par boîte de médicament dans la limite de 50 € par an ou 1 € sur chaque consultation), certains veulent aller plus loin en instaurant une franchise de 200, 500 ou 1000 €.
Personnellement je suis opposé à un tel système qui pénalisera fortement les plus modestes et qui conduira un grand nombre de nos concitoyens à renoncer aux soins comme c'est déjà malheureusement le cas aujourd'hui. De plus, il ne faut pas oublier que chacun contribue au financement de la sécurité sociale par le biais des cotisations.
En lieu et place d'une telle mesure, il me semblerait plus efficace de faire un tri entre les produits efficaces donc à rembourser et ceux inutiles à supprimer. Mais il faudra pour cela avoir le courage de tenir tête au lobby pharmaceutique.
 
18. Réserver l'aide médicale d'État aux soins d'urgence
Avec un coût de 650 millions d'euros par an, certains, dont Marine Le Pen, sont partisans de supprimer complètement ce dispositif visant à accorder un accès aux soins aux étrangers en situation irrégulière. Bien évidemment, et c'est d'autant plus le cas en situation de crise, il est difficile d'accepter de soigner gratuitement des sans-papiers, donc des gens qui n'ont pas le droit d'être sur notre territoire. Outre les considérations de solidarité, une telle suppression pose la question de problèmes sanitaires de grande ampleur. Voila pourquoi je ne suis pas spécialement favorable à sa disparition. En revanche, on pourrait imaginer de relever le ticket d'entrée qui est actuellement de 30 €.
 
19. Des hôpitaux moins nombreux mais plus grands
De même que j'y suis opposé pour les écoles, je n'y suis pas favorable pour les hôpitaux pour des raisons identiques.
 
20. Multiplier les opérations en ambulatoire
Dès lors que les soins peuvent être effectués dans la journée sans risque pour le patient, je ne vois pas au nom de quoi nous devrions nous opposé à une telle pratique.

jeudi 15 mars 2012

L'UIMM et le patronat n'ont rien compris à la crise ...

Récemment, je suis tombé sur la tribune de l'UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) du mois de mars 2012 intitulée "le temps de l'effort". Et je dois reconnaître que j'ai failli m'étouffer à plusieurs reprises en la lisant. Je respecte bien évidemment le point de vue de cette organisation patronale, mais je crois que celle-ci est complètement déconnectée des réalités. 

Voici quelques extraits les plus représentatifs : 

L’Allemagne, qu’on le veuille ou non, est devenue un modèle économique et financier, une référence en terme de compétitivité. [...] Force est de constater que nous avons beaucoup à apprendre d’un grand pays, hier encore divisé, qui a su mener avec courage et pugnacité une politique de l’offre faite de modération salariale et de flexibilité du marché du travail. [...]
La « fourmi » Allemande pouvait afficher en 2010 près de 190 milliards de surplus… alors que les « cigales » vivaient – et vivent encore – au-dessus de leurs moyens.
 
Il s’agit de reconnaître que les pays de la zone euro ont, de manière générale, dépensé sans compter, accordant à leurs actifs des hausses de salaire sans rapport avec leurs gains de productivité. [...] Les « médications » appropriées : une industrie forte et compétitive, davantage de rigueur budgétaire, et de réformes structurelles. [...]
Un grand quotidien du soir, parlant sans ambages, écrivait il y a peu : « L’équilibre budgétaire, oui… à condition de s’attaquer aux bonnes dépenses, celles liées au fonctionnement de l’État, et non les dépenses d’investissement cruciales pour l’avenir. Autrement dit, la réduction du nombre de certains fonctionnaires ou de leur rémunération – comme ce qui se fait en Italie, en Espagne ou au Portugal – serait, bien que difficile à faire accepter, en partie justifiable ». On ne saurait mieux dire…
 
Trop de déséquilibres constatés dans certains États membres « nécessitent de réduire le niveau élevé de leur endettement, et de regagner de la compétitivité». (Commission européenne). [...]
À cet égard, on ne peut passer sous silence les efforts méritoires que fait l’Espagne pour réformer son marché du travail. Conscient des rigidités de ce dernier, le gouvernement de Mariano RAJOY veut promouvoir la « flexibilité interne » dans les entreprises afin de permettre à ces dernières de s’adapter aux évolutions du marché. Les syndicats dénoncent l’assouplissement des conditions de licenciement mais en Espagne comme ailleurs, il faut garder à l’esprit que c’est en facilitant la sortie que l’on facilite l’entrée dans le monde du travail.
 
Alors que retenir de cette tribune ? Et bien tout simplement que l'UIMM veut nous servir une nouvelle ration de cette potion ultralibérale qui a déjà gravement rendu malade notre pays. Comme beaucoup de libéraux, cette organisation attaque notre fonctionnement social en mettant en avant l'exemple de l'Allemagne. Une énième rediffusion d'un grand classique en somme.
Comme je l'ai déjà expliqué sur ce blog, l'Allemagne n'est forcément un modèle à suivre pour notre pays, et ce d'autant plus que son paradigme économique n'est pas réplicable en l'état à d'autres nations européennes. 

Evidemment, et c'est le cas de l'UIMM, l'Allemagne est un exemple pour tous ceux qui veulent mettre à bas notre modèle social. D'ailleurs, il n'est pas neutre de citer les politiques de modération salariale et de flexibilité du travail, car il s'agit là de vieilles revendications patronales.
Mais je crois que les césars de la mauvaise foi et de la désinformation peuvent être décernés à l'UIMM pour ce passage : La « fourmi » Allemande pouvait afficher en 2010 près de 190 milliards de surplus… alors que les « cigales » vivaient – et vivent encore – au-dessus de leurs moyens. Car je rappelle une fois de plus que l'excédent commercial allemand est réalisé au sein de l'UE. C'est donc bien car les autres pays ont mené une politique à l'inverse de l'Allemagne que les consommateurs ont suffisamment de pouvoir d'achat pour acheter des produits allemand. Enfin, rappelons également que l'Allemagne se sert allégrement de ses voisins à l'est pour toutes ses opérations de sous-traitance. 

Les deux autres paragraphes sont globalement du même acabit. Pour résumé, l'UIMM nous explique que pour gagner en compétitivité, notre économie doit être davantage libéralisée. Concrètement, cela signifie baisse des salaires, coupe dans les effectifs et notamment dans le public, austérité, et bien sûr allégement des contraintes pesant sur les entreprises (droit du travail, fiscalité ...). 

On retrouve bien là le parallèle avec l'Allemagne qui a opéré de telles réformes sous l'ère Gerhard Schröder. En revanche, et même si l'on nous en montre seulement les aspects positifs, il ne faut pas oublier de regarder toute la réalité des faits. Or on ne nous en parle que trop peu tant celle-ci n'est guère reluisante : accroissement des temps partiels, multiplication des jobs à 1 € de l'heure ... Bref, une précarisation à outrance du marché de l'emploi. 

Alors bien sûr on peut penser que de telles propositions permettraient d'améliorer la situation économique et financière de notre pays. Personnellement je ne le crois pas. Et à tous ceux qui ne sont pas d'accord avec moi, je recommande de regarder ce qui se passe en Grèce où une telle politique est menée à grande échelle.
Une question alors : la Grèce va-t-elle mieux ? Les choses se sont-elles arrangées depuis ? Non, bien évidemment que non. Et c'est même le contraire qui se produit. En effet, comment peut-on envisager de relever un pays en affamant son peuple par la baisse des salaires ou des retraites ?
Cela est tout bonnement impossible. 

A mon sens ce n'est pas une politique de l'offre qu'il faut mener mais bien une politique de la demande. Car c'est en stimulant la demande par la relance et l'intervention de l'Etat que les choses iront en s'améliorant. C'est par l'injection de pouvoir d'achat que les entreprises se remettront à produire donc à embaucher. Et cela, tout adepte de l'économiste britannique John Maynard Keynes pourra vous le confirmer.

mercredi 14 mars 2012

Ralliement de Chevènement à Hollande : raison ou passion ?

Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), a officiellement annoncé mardi sur TF1 son soutien attendu à François Hollande pour la présidentielle, voyant dans le candidat PS "l'homme le mieux à même de rassembler" face à la crise. "Je me suis décidé en fonction des intérêts de la France", "dans la grave crise qui se présente et qui n'est pas derrière nous, il faut rassembler toutes les forces de la France et je pense que l'homme le mieux à même de rassembler, c'est François Hollande", a-t-il dit sur le plateau du 20 heures.
Source : lepoint.fr
 
Après s'être lancé dans la course à la présidentielle en novembre dernier puis annoncé son retrait en février, Jean-Pierre Chevènement se rallie finalement à la candidature de François Hollande.
 
Cette nouvelle, qui n'a en réalité rien de surprenant, a pourtant été accueilli de manière assez froide par ses partisans, voire même avec une certaine déception pour certains d'entre eux.
Mais ce ralliement est-il si illogique que cela ? A mon sens, il y a deux réponses à cette question, selon que l'on se place sur le plan des idées ou de la politique.
 
Commençons tout d'abord par l'aspect politique politicienne qui, je crois, a commandé ce choix. Avant toute chose, il ne faut oublier que Chevènement avait adopté une stratégie identique en 2007 puisqu'il avait soutenu Ségolène Royal après une très courte campagne en nom propre.
Je ne vous apprendrai rien en disant que la vie politique du président d'honneur du MRC touche à sa fin. D'ailleurs, je n'ai jamais vraiment cru à cette nouvelle candidature qui n'était en fait qu'un moyen de pression. Pour autant, Chevènement doit assurer la survie de son parti, ce qui passe notamment par une présence aux élections et en particulier aux prochaines législatives afin de bénéficier d'un financement public.
Or cela n'est possible que par l'intermédiaire du PS. Car Chevènement est bien conscient que le MRC n'existerait pas sans le soutien bienveillant de son grand frère socialiste. Voila pourquoi un accord a été trouvé pour l'attribution de circonscriptions.
 
Mais laissons de côté cette tambouille politique pour nous intéresser aux idées et aux valeurs défendues par "le Che". Je ne développerai pas ici toutes les propositions de l'ancien ministre de l'Intérieur mais il est clair que lui et François Hollande ne sont pas tout à fait sur la même longueur d'ondes. Je pense notamment à la question de l'euro et de l'europe qui sont les plus significatifs mais il en existe évidemment d'autres.
Sur le plan programmatique donc, et malgré le relatif optimisme des communiqués de presse, ce ralliement est difficilement compréhensible.
 
Mais alors, Jean-Pierre Chevènement avait-il d'autres choix possibles ?
En termes d'accords électoraux, je ne le crois pas car seul le PS pouvait lui faire une telle concession. En revanche, il est clair que d'autres candidats ont davantage de proximité idéologique. Mélenchon tout d'abord. Mais je ne vois pas d'alliance possible entre les deux hommes, d'autant plus qu'il existe des divergences fortes (sans-papiers, institutions, monnaie ...).
 
Nicolas Dupont-Aignan ensuite. Une alliance entre les deux hommes, alors même que le président de Debout la République vient d'annoncer avoir obtenu les 500 signatures requises, ne serait finalement que l'aboutissement de la tentative de Chevènement en 2002 de rassembler les républicains des deux rives. Certes l'un vient de la droite et l'autre de la gauche mais sur le fond, qui est à mon sens le plus important, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette. Qu'il s'agisse de politique économique, des institutions ou encore de la monnaie, le député de l'Essonne et le sénateur du territoire de Belfort se rejoignent de manière quasi systématique.
 
J'ai donc beaucoup de mal à comprendre l'absence d'un ticket présidentiel entre les deux hommes. En réalité, Jean-Pierre Chevènement, malgré une sincérité dans ses propositions, se laisse enfermer dans des logiques purement électorales. Une fois de plus, en privilégiant la raison sur la passion, celui-ci préfère mettre un mouchoir sur ses idées pour quelques postes.
Ne nous étonnons pas alors que les Français soient dégoutés de la politique et se réfugient dans l'abstention ou le vote extrémiste.