lundi 22 avril 2013

Mon projet pour Pont de Claix - Préambule

Comme je l'expliquais dans un précédent article, c'est avec un œil différent que je (re)découvre la politique locale et plus particulièrement au niveau municipal. Dans une optique de réelle compréhension, j'ai décidé de m'intéresser encore davantage à la vie de ma commune. Ainsi, et dans la mesure du possible, j'essaie d'assister à la plupart des réunions publiques, et notamment celles relatives à l'élaboration du PLU (Plan Local d'Urbanisme) qui constitue un enjeu de taille pour la ville et ses habitants.
 
C'est d'ailleurs cette concertation autour du PLU ainsi que les récents projets de l'actuelle majorité qui m'ont poussé à aller plus loin dans ma réflexion. Ayant toujours habité à Pont de Claix, j'ai pu constater, certes de loin, les différentes évolutions de la ville.
Mais ce n'est qu'en 2008, à l'occasion des précédentes élections municipales, que j'ai vraiment pris conscience de l'importance des décisions municipales. S'agissant de mon premier vote, ce qui revêtait une grande importance pour moi, je me devais de faire le "bon choix", ou tout du moins le meilleur possible. Voila pourquoi j'ai assisté aux réunions publiques organisées par les listes en compétition, cela afin de m'éclairer dans ma décision et de me forger ma propre opinion.


A l'époque j'avais donc à trancher entre les trois listes qui se présentaient. Plus qu'à l'étiquette (communiste, socialiste, droite), c'est davantage au programme que je me suis intéressé. Si j'avais à me décider entre trois projets, il apparaît que je ne m'étais jamais interrogé sur ce que je voulais pour la ville, sur ce que j'attendais de la future majorité. Et cette question ne m'a jamais vraiment retraversé l'esprit avant cette histoire de PLU. Depuis, ma pensée sur le sujet se construit et se structure peu à peu.
 
Bien que cette réflexion ne s'inscrive pas complètement dans le thème de ce blog, j'ai néanmoins décidé de la partager ici. Par ailleurs, et les prochaines élections municipales approchant à grand pas, c'est sous la forme d'une sorte de programme structuré en grands thèmes que je publierai l'état de mon cheminement idéologique.
Ces écrits constitueront une base de travail qui sera bien évidemment susceptible d'évoluer et d'être enrichie, notamment par le biais du débat. De même, il s'agit là d'un projet global, d'une direction à emprunter et non forcément d'une liste exhaustive de mesures formelles.
 
Je vous donne donc rendez-vous très vite pour le premier article d'une série consacrée à ce projet.

dimanche 14 avril 2013

Démocratie locale, parent pauvre du national ?

Du fait de son histoire, la France est composée de différents échelons administratifs, péjorativement appelé millefeuille (communes, cantons, départements …). Plus récemment, d'autres étages sont venus s'ajouter à ceux existants en raison de nouvelles configurations : communautés de communes, métropoles … Sans oublier bien évidemment les niveaux national et européen qui chapeautent le tout.
Bref, tout cela a abouti à la multiplication des effectifs, des normes, des impôts ainsi qu'à l'enchevêtrement voire la redondance des compétences. Indéniablement une réforme de ce système est nécessaire afin de simplifier une articulation parfois saugrenue. Personnellement, je suis attaché aux départements et suis donc opposé à leur suppression comme cela est envisagé. En revanche, les cantons voire les régions sont peut-être d'une utilité discutable. Mais là n'est pas la question.
 
A chaque échelon donc son administration et ses élus. Elus qui ont normalement pour mission de traiter les enjeux correspondant à leurs fonctions. Depuis que je m'intéresse à la politique, mon attention s'est portée essentiellement sur le national. Cela s'explique en grande partie par le fait que c'est justement à cette échelle que sont fixées les grandes orientations du pays (modèle économique, système fiscal, politique étrangère …) qui influent sur notre vie. A mon sens, c'est donc à ce niveau que se joue la Politique avec un grand "p", que se dessine et décide notre modèle de société.
 
A l'inverse, j'ai longtemps considéré la démocratie locale avec dédain. Je pensais que les questions d'ordre local, et en particulier communal, se résumaient à l'installation de poubelles ou la construction d'aires de jeux.
En réalité, je me trompais. Car les enjeux locaux sont finalement bien plus stratégiques qu'il n'y parait. Plus que des problèmes de poubelles ou de parcs, ce sont des questions de transport ou d'urbanisme par exemple qui sont abordées avec des conséquences parfois majeures sur le quotidien. En somme, les thématiques sont certes différentes mais pas forcément moins intéressantes ni importantes.
On pourrait d'ailleurs, d'une certaine manière, faire une comparaison avec le monde de l'entreprise où l'échelon national correspondrait au niveau de la direction stratégique et le local au niveau opérationnel. Ainsi, chaque strate de décision a son importance dans le système global et tous deux sont étroitement liés. Chacun a donc besoin de l'autre pour fonctionner pleinement.
 
Si les Parlementaires sont donc indispensables à la bonne marche de notre pays (encore que l'Assemblée nationale se transforme de plus en plus en chambre d'enregistrement du fait de l'UE), il n'en reste pas moins que les élus locaux revêtent également une importance non négligeable, et en particulier les élus municipaux.
Cet attachement pour l'échelon communal est d'ailleurs nettement perceptible au travers de la forte participation (ou de la faible abstention selon les points de vue) aux élections municipales. De même, il apparaît que le maire est généralement le personnage politique préféré des Français.
 
Les raisons d'une telle affection sont finalement assez simples : la proximité et le concret.
La proximité tout d'abord. Décuplée dans nos villages où tout le monde se connaît, la proximité du maire avec ses administrés est généralement forte avec une importante présence sur le terrain et pas uniquement en période électorale.  Ainsi, les habitants d'une ville, même si cela est moins vrai pour les grosses métropoles, peuvent s'identifier assez aisément à leurs élus municipaux et tisser des liens plus étroits qu'avec des élus d'autres échelons.
Le concret ensuite. Indéniablement, les enjeux municipaux sont plus parlants pour nos concitoyens que la crise de l'euro ou la relance par la demande. Il est ainsi plus simple d'en saisir tous les tenants et aboutissants même si, reconnaissons-le, certains projets d'urbanisme tendent à se complexifier. Par ailleurs, les actions et résultats d'une équipe municipale sont visibles à plus courte échéance. De fait, l'avancée de la construction d'une école s'appréhende nettement mieux que l'impact de mesures socio-économiques sur le chômage ou le pouvoir d'achat.
 
On pourrait également ajouter un troisième élément à ces deux premiers. Mais celui-ci n'est pas forcément valable partout et pour tous. En revanche, je suis convaincu qu'il est un point essentiel de l'action municipale. Je pense ainsi au contact avec le réel, à la connaissance de la réalité. On le voit aujourd'hui, avec l'affaire Cahuzac par exemple, une (très) grande partie de la classe politique française évolue dans un monde complètement différent de celui de la majorité de la population. Malgré des visites de terrain (mais de quel terrain parle-t-on ?), nos gouvernants n'ont malheureusement pas  toujours conscience du quotidien des Français. Ce qui explique d'ailleurs parfois, outre le dogmatisme, l'incongruité des décisions prises.
A l'inverse, les élus municipaux sont, la plupart du temps et hormis dans les grandes villes, des citoyens comme les autres. On retrouve alors l'esprit de la célèbre formule d'Abraham Lincoln : "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple".
 
Bien que je pensais le contraire il y a quelque temps, je suis maintenant persuadé que le mandat de conseiller municipal est une expérience hautement enrichissante. Celui-ci permet ainsi prendre part à la vie de la cité en restant en lien constant avec le terrain donc avec les habitants et leur réalité. De même, cela permet de mieux appréhender le fonctionnement d'une commune (budget, emploi, fiscalité …) tout en participant à son développement.
 
Si mon engagement politique se limitait dans un premier temps à des débats entre amis et à l'écriture d'articles sur ce blog, j'ai franchi un premier pas l'année dernière en prenant ma carte dans un parti politique. Au final, et pour diverses raisons, cet acte s'est résumé à un soutien purement financier.
En revanche, plus le temps passe et plus je ressens l'envie de me confronter à la réalité de la politique. En ce sens, le mandat de conseiller municipal pourrait être une possibilité à envisager sérieusement. Voila pourquoi, et même si cela ne reste qu'une hypothèse, je commence petit à petit à réfléchir à un projet  pour ma ville.

vendredi 5 avril 2013

Il faut travailler pour vivre et non vivre pour travailler

Étant entré depuis quelques mois sur le marché du chômage de l'emploi, je constate avec regret que la réalité du monde du travail est bien conforme à l'idée que je m'en faisais. Pour être honnête, il ne s'agit pas là de ma première expérience professionnelle puisque j'ai déjà effectué plusieurs stages en entreprise. En revanche, cela correspond à mon premier "vrai travail" en tant que salarié sur une durée significative.
 
Avant d'aller plus en avant, il est un reproche qui est souvent fait aux débutants, à savoir le manque d'expérience. Évidemment c'est un fait. Mais n'est-ce pas là le propre du débutant que de manquer d'expérience ? Et n'est-il pas paradoxal que les employeurs n'embauchent pas des jeunes sans expérience alors que ceux-ci ne sont pas prêts à leur laisser une chance de faire leurs preuves ? Autrement dit, comment acquérir de l'expérience si personne ne veut de vous justement parce que vous manquez d'expérience ?
 
Clairement cette question de l'expérience n'est pas nouvelle et concerne, a priori, l'ensemble des jeunes diplômés. Toutefois, cela devient d'autant plus problématique lorsque le marché du travail est maussade comme c'est le cas actuellement. De fait, en période de chômage de masse, les employeurs ont à leur disposition une flopée de candidats et pourront donc obtenir, relativement sans mal, un candidat confirmé.
 
La recherche d'un premier emploi est donc souvent un parcours du combattant semé d'embûches. Et cela peut devenir encore plus compliqué dès lors que la personne ne touche pas d'indemnités chômage, notamment en raison d'un manque de temps de travail du fait d'études prolongées. En conséquence de quoi, certains jeunes n'ont d'autres choix que d'accepter des emplois qui ne correspondent pas à leurs attentes, que ce soit en termes d'activité, de niveau de qualification ou de rémunération.
 
On voit alors apparaître, ou plus exactement se développer, un chantage à l'emploi. Pour faire court, cela revient à ce que l'employeur accepte d'embaucher un jeune à condition que celui-ci fasse des concessions de son côté sur les conditions de travail (volume horaire, salaire …). 
Mais ce chantage ne concerne évidemment pas que les jeunes puisque toute la population est aujourd'hui susceptible de se retrouver dans ce cas. Face à un afflux massif de candidatures, les employeurs se retrouvent ainsi en position de force pour imposer leurs exigences. Et, sans surprise, ce phénomène conduit irrémédiablement à une révision à la baisse des salaires.
 
Il apparaît toutefois qu'accabler uniquement les employeurs serait malhonnête de ma part. Il est vrai qu'une grande partie d'entre eux n'ont que peu de respect pour leurs employés qu'ils considèrent davantage comme un coût que comme une ressource. Il est vrai aussi que certains d'entre eux n'hésitent pas à exploiter les salariés et à les payer à coup de lance-pierres.
Mais dans la relation employeur/employé, il y a bien deux acteurs. L'employeur d'une part, avec toutes les "qualités" qu'on leur connaît. Mais également l'employé que l'on a tendance à trop souvent oublier.
Or si les patrons ne sont pas tout rose, les salariés ne le sont pas forcément non plus. Je ne parlerais pas ici des comportements inappropriés de certains employés ou des fautes que ceux-ci commettent car ce n'est pas le sujet de cet article.
 
Mon propos initial, et j'y reviens, concerne davantage la relation des salariés à leur travail en tant qu'individu. Clairement chaque personne est différente et a un parcours qui lui est propre. Et ce qui est valable au niveau personnel, l'est aussi dans le domaine professionnel.
Pour autant, il apparaît que des profils-type se dégagent et reviennent de manière récurrente quelles que soient les entreprises.
 
Ce qui m'intéresse aujourd'hui est de constater les différences qui existent, en particulier par rapport au temps de travail. Depuis que je travaille (stages compris), j'ai toujours veillé à ce que ma vie professionnelle n'empiète pas sur ma vie personnelle. En conséquence, j'essaie, dans la mesure du possible, de toujours effectuer des horaires raisonnables en ne partant pas tard le soir. Dans mon emploi actuel, j'effectue généralement 40 heures par semaine, le tout en partant la plupart du temps vers 17h00. Et cela ne m'empêche en aucun cas d'effectuer les tâches qui m'incombent, bien au contraire.
 
A l'inverse, je connais des personnes qui effectuent des semaines de plus de 50 heures et quittent leur travail le soir bien longtemps après moi (19h, 20h). En discutant avec ces personnes, celles-ci nous expliquent généralement qu'elles n'ont pas le choix, qu'elles sont obligées. Si je peux comprendre que certaines périodes soient plus chargées que d'autres, nécessitant alors un surcroît de travail temporaire, ces explications ne tiennent pas la route lorsque la personne en question enchaîne les 7h-19h tout au long de l'année.
 
Pour moi l'individu est libre de ses choix et doit donc les assumer, sans se chercher constamment des excuses. Partout, des milliers de personnes privilégient leur carrière aux dépens de leur vie de famille. C'est un choix personnel qui leur appartient. Je connais des gens qui ont annulé leurs vacances au dernier moment pour retourner au boulot. Je connais des gens qui travaillent chez-eux le week-end, en plus de leur semaine de travail. Bref, je connais des gens qui vivent pour travailler.
Ce n'est évidemment pas ma conception de la vie. Oui le travail peut-être une source d'épanouissement. Oui le travail est un vecteur de lien social. Mais non le travail ne doit pas être l'unique préoccupation d'une personne. Pour être quelque peu caricatural, deux raisons principales me poussent à travailler : occuper mes journées et bien évidemment gagner de l'argent pour pouvoir manger. Si certains aspirent à un (très) gros salaire ou de (très) importantes responsabilités, je ne demande, personnellement, qu'à avoir un travail intéressant, suffisamment payé pour vivre correctement et qui me laisse du temps libre.
 
Comme je le disais plus haut, chacun a sa propre perception du travail. Mais, comme dans d'autres domaines, il est nécessaire de respecter l'autre en ne cherchant pas à imposer sa vision des choses. C'est pourquoi il me semble impératif de conserver un socle légal commun de droit du travail et donc de ne pas donner toute latitude aux négociations entre syndicats et patronat comme le souhaite François Hollande. La législation actuelle, à savoir une durée légale du travail de 35 heures par semaine avec des heures supplémentaires majorées possibles, me semble être une bonne chose.
Si beaucoup, notamment à droite, fustigent les fameuses 35h, je crois au contraire qu'il s'agit là d'une réelle avancée sociale pour les salariés qui leur ont permis d'avoir davantage de temps libre. D'ailleurs, rien n'empêche de travailler plus dès lors que la durée maximale est respectée.
 
Il faut toutefois noter que, parallèlement à cette durée légale, de nombreux dispositifs dérogatoires existent. Je pense notamment au forfait cadre auquel je suis soumis. Ainsi, je dois effectuer un minimum de 37h45 par semaine dont 2h45 (soit la différence à 35h) sont obtenues sous forme de RTT. Le reste, c'est-à-dire toutes les heures effectuées au-delà de ce minimum de 37h45 ne sont évidemment pas payées. Officiellement la rémunération brute est majorée afin de tenir compte de ces fameuses heures en plus. Mais cela est un leurre et il serait clairement plus intéressant d'être aux 35 heures et que ces heures supplémentaires soient réellement payées.
 
Le forfait cadre est donc indéniablement une escroquerie nationale qui consiste à travailler plus pour gagner moins. Et plus largement le statut de cadre est un attrape-gogos puisqu'il ne s'agit que d'un "titre" qui induit davantage de responsabilités sans obtenir forcément les contreparties qui vont avec. Pire, j'ai déjà entendu certaines personnes invoquer le fait d'être cadre pour justifier un temps de travail excessif. En somme, je suis cadre donc il est normal que je travaille beaucoup. Avec de braves petits soldats comme ça, le patronat peut se frotter les mains …
 
Au final, la relation employeur/employé est par essence déséquilibrée en faveur du premier. Et sans un minimum de revendications ou de négociations, celui-ci arrivera, tôt ou tard, à faire pencher davantage la balance de son côté. Voila pourquoi je considère qu'il est indispensable de fixer des limites dès le début et de ne pas dire amen à toutes les volontés de son patron.
Certes la conjoncture n'encourage pas à cela mais plus les salariés de notre pays se soumettront et plus ils se braderont individuellement, plus les salariés au niveau global auront à perdre. C'est donc d'un sursaut général dont notre pays a besoin, afin que le droit des travailleurs ne soit pas bafoué comme c'est généralement le cas aujourd'hui.
 
Et dans cette nouvelle lutte des classes, car c'est bien de cela qu'il s'agit, les politiques ont clairement un rôle à jouer, notamment par le biais de la l'arsenal législatif et fiscal. Malheureusement pour nous, il semblerait bien que François Hollande, comme Nicolas Sarkozy  en son temps d'ailleurs, ait déjà choisi son camp. Et ce n'est visiblement pas celui des ouvriers …

lundi 18 mars 2013

Plumons les banques pour sauver les peuples, pas l'inverse !

La zone euro et le FMI ont trouvé samedi matin un accord sur un plan de sauvetage d'un maximum de 10 milliards d'euros pour Chypre, en échange d'une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires qui rapportera près de 6 milliards. Nicosie devient ainsi le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un programme d'aide internationale.
Mais, chose nouvelle, pour réduire leur participation, les bailleurs de fonds ont demandé à Nicosie d'instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur les dépôts bancaires en deçà de 100 000 euros, et de 9,9 % au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts. Ces prélèvements devraient rapporter au total 5,8 milliards d'euros, a indiqué samedi le chef de file de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. À ces taxes s'ajoutent des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés, qui passera de 10 à 12,5 %.
Source : lepoint.fr
 
Sauve qui peut ! Voila qui pourrait résumer les scènes de cohue aperçues ces derniers jours à Chypre. En effet, depuis l'annonce de ce "plan de sauvetage", des milliers de Chypriotes se sont pressés aux guichets des banques pour vider leurs comptes bancaires, ce qui n'est pas sans rappeler la crise de 1929 durant laquelle des millions d'américains avaient fait de même.
Si cette mobilisation populaire massive est on ne peut plus logique et compréhensible, on peut malgré tout penser que ces efforts seront vains dans la mesure où les autorités auront sûrement pris leurs précautions pour contrecarrer ce phénomène.
 
Cela étant, il s'agit clairement d'une mesure singulière. Singulière au niveau européen dont c'est la première mise en œuvre. Mais singulière également sur le principe même de cette taxation. A mon sens, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une "spoliation (il)légale", pour ne pas dire un vol en bonne et due forme des citoyens.
Car c'est bien de cela dont il est question en vérité. De fait, toute personne ayant des avoirs domiciliés sur l'île s'en verra déposséder d'une partie sans pouvoir s'y opposer. De là à y voir une remise en cause du droit de propriété …
 
Si je suis favorable à un interventionnisme économique de l'Etat et si je peux entendre que des efforts sont nécessaires en temps de crise, je suis néanmoins farouchement opposé à ce procédé que je trouve malhonnête et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il apparaît que l'objectif premier est de venir en aide à des établissements financiers et bancaires. Or on peut remarquer que ce plan exclut une participation des créanciers privés par le biais d'un effacement de dette. Ainsi, seule la population sera mise à contribution. Ensuite, cette mesure est une fois de plus imposée par la troïka (UE, BCE, FMI) dans la droite ligne de leur politique d'austérité qui s'est révélée au mieux inefficace, au pire destructrice pour les économies européennes. Enfin il ne faut souligner que cet énième plan européen est la conséquence directe de la participation de Chypre au "sauvetage  de la Grèce", dégradant ainsi la situation du pays.
 
Une fois encore ce sont donc des institutions supranationales non élues qui se chargent d'imposer leur volonté ultralibérale aux peuples. Une fois encore ce sont les peuples qui sont sacrifiés sur l'autel du profit. L'UE et l'euro devaient nous apporter paix, croissance et prospérité. Mais c'est finalement tout le contraire que l'on nous sert aujourd'hui : troubles sociaux, misère et pauvreté sont devenus le quotidien de millions d'européens. Et au lieu d'une légitime et souhaitable remise en question, nos dirigeants persistent aveuglément dans leur dogmatisme.
 
A l'heure où j'écris ces lignes, ce plan n'a pas encore été adopté par le Parlement chypriote. Et visiblement rien n'est encore fait tant une majorité sera difficile à trouver. Espérons que les parlementaires sauront faire preuve de courage et de fermeté au moment de défendre leur souveraineté nationale. Plus que des considérations purement locales, c'est une partie de l'avenir de l'Union Européenne qui se joue aujourd'hui à Chypre. Car si cette mesure est adoptée, gageons que les technocrates de Bruxelles et Washington chercheront à la généraliser à toutes les nations d'europe. Et si cela arrive, comme cela arrivera probablement à plus ou moins longue échéance, alors il faudra s'attendre à une forte mobilisation des peuples. Mobilisation légitime qui risque même de se transformer en une révolte explosive avec les excès que cela peut engendrer.  

vendredi 22 février 2013

Maurice Taylor ou l'archétype du patron voyou

Ceux qui fréquentaient déjà ce blog au moment de la primaire socialiste connaissent ma proximité idéologique avec Arnaud Montebourg. Aussi, je ne peux que me réjouir de la joute verbale menée actuellement par le ministre du redressement productif contre le PDG du groupe Titan International.
 
Petit rappel des faits pour ceux qui auraient manqué un épisode.
Après plusieurs années de difficultés, Goodyear a annoncé fin janvier que l'usine d'Amiens-Nord serait fermée à court terme, laissant sur le carreau plus de 1000 salariés. Cette annonce a évidemment contraint le gouvernement à agir et Arnaud Montebourg a appelé le groupe Titan à revenir à la table des négociations malgré un précédent échec. Rien d'exceptionnel jusque là.
C'est en réalité la réponse de Maurice Taylor, PDG du groupe Titan, au ministre qui a mis le feu aux poudres. En effet, celui-ci n'a pas hésité, dans son courrier du 8 février, à fustiger ouvertement les ouvriers français (Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures) et la CGT (syndicat fou). Pire que son arrogance, classique des républicains américains, Taylor a fait preuve d'un cynisme démesuré : " Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins de 1 euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin".
Heureusement, et je l'en félicite, Arnaud Montebourg ne s'est pas dégonflé face à ce sinistre individu et l'a gratifié d'une réponse à la hauteur du courrier initial : "vos propos aussi extrémistes qu'insultants témoignent d'une ignorance parfaite de ce qu'est notre pays. Les compagnies [étrangères présentent dans notre pays connaissent et apprécient la qualité et la productivité de la main-d'œuvre française, l'engagement, le savoir-faire, le talent et les compétences des travailleurs français.".Mieux, Montebourg s'est laissé aller à quelques piques renvoyant clairement Taylor dans ses 22 : "Titan, l'entreprise que vous dirigez est vingt fois plus petite que Michelin, notre leader technologique français à rayonnement international, et trente-cinq fois moins rentable. Soyez assuré de pouvoir compter sur moi pour faire surveiller [...] avec un zèle redoublé vos pneus d'importation."
 
Au-delà de l'aspect "divertissant" qui enchante les médias, cette affaire me semble tout à fait révélatrice du système économique dans lequel notre pays évolue. En effet, c'est aujourd'hui Maurice Taylor qui est à l'origine de ces propos abjects mais bien d'autres patrons de grands groupes, français ou étrangers, auraient pu tenir le même discours. Et c'est bien là tout le problème de notre économie qui se trouve coupée en deux entre la base (ouvriers, employés …) qui permet la création de richesse et la coalition actionnaires-"top management" qui œuvrent à la défense de leurs intérêts propres en s'appropriant une partie toujours plus grande des richesses créées (dividendes, bonus …). Il est bien loin le temps de l'entreprise familiale gérée en bon père de famille et du patron paternaliste. Tout cela a laissé place à un capitalisme débridé et libéralisé à outrance.
 
Alors certains diront, Alain Minc le premier, que la mondialisation est une chance pour notre pays et que c'est à la France de s'adapter aux nouvelles contraintes économiques. Je m'inscris bien évidemment en faux contre ces propos. Comment peut-on encore aujourd'hui prononcer de telles inepties, sauf à être aveuglé par le dogmatisme ? Il n'y a qu'à voir les conséquences désastreuses de cette mondialisation (et de son cheval de Troie, l'union européenne) sur notre industrie. Allez donc demander à ces dizaines de milliers d'ouvriers licenciés pour cause de délocalisation ce qu'ils pensent de la "mondialisation heureuse" …
Dire que la mondialisation n'a que des inconvénients serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. De fait, ce phénomène a permis, au moins en partie, d'avoir accès à de nouveaux marchés donc de nouveaux débouchés pour nos entreprises. Sans parler du développement exceptionnel de certains pays émergents.
 
Mais tout cela a bien évidemment un prix. Un prix parfois lourd à payer pour ceux qui en sont les victimes. Cela ne semble toutefois pas déranger notre cher Maurice Taylor. Bien au contraire, puisque celui-ci n'a aucun scrupule à exploiter la misère humaine en "achetant un fabricant de pneus chinois ou indien pour payer moins de 1 euro l'heure de salaire".
Car s'il est une caractéristique indéniable de la mondialisation, c'est bien cette mise en concurrence forcée des peuples du monde entier. C'est d'ailleurs par ce moyen, en recourant massivement aux délocalisations vers des pays à faible coût de main d'œuvre, qu'un grand nombre d'individus se sont enrichis. Je parlais dans un précédent article de l'esclavage. Et bien cette exploitation d'ouvriers chinois contraints de travailler durant des heures dans des camps de travail dans des conditions intolérables, le tout pour des clopinettes, n'est ni plus ni moins qu'une forme d'esclavage moderne (exemple de Foxconn, sous-traitant d'Apple).
 
Dans ce processus de course au moins disant fiscal, social et environnemental, la France est logiquement la grande perdante. De fait, et comme le dit très bien Taylor, "les Français sont trop chers à cause notamment de leurs avantages sociaux". Il est donc impossible de s'aligner sur la Chine ou l'Inde par exemple, sauf à remettre complètement en question notre modèle social, ce que certains libéraux rêvent de faire depuis des décennies. Mais outre le fait que cela n'est pas souhaitable, cela sera clairement vain dans la mesure où certains pays sans aucune réglementation sociale arriveront toujours à produire pour moins cher.
 
Mais plutôt que de niveler par le bas, pourquoi ne pas adopter le raisonnement inverse en cherchant à pousser les moins bons pour rattraper les meilleurs ? La réponse est simple : le profit. Car si les pays émergents se dotaient de réglementations plus contraignantes, il est certain que les conditions de vie et de travail des ouvriers s'amélioreraient, parallèlement à un accroissement des coûts de production donc une dégradation des bénéfices. Et ça les patrons n'en veulent pas. Pour eux seul l'argent compte comme le résume une fois encore à la perfection l'incroyable Maurice Taylor : "nous sommes ceux qui avons le carnet de chèques et vous nous dites que nous devons d'abord rencontrer les syndicats ? Vous êtes dingues".
 
Puisque le seul langage parlé par ces personnes est celui du dollar alors c'est au porte-monnaie qu'il faut taper pour se faire entendre. Et plus particulièrement par la fiscalité qui constitue l'arme de prédilection de l'Etat pour ce genre de besognes. Plusieurs mécanismes sont évidemment envisageables et doivent faire partie d'une réforme fiscale d'ampleur, notamment en ce qui concerne la taxation des revenus.
 
Mais plus largement c'est notre modèle économique et commercial qu'il faut repenser. Comme nous l'avons dit, la France mais également les autres nations européennes voire même occidentales ne peuvent plus faire face à la concurrence déloyale des pays émergents. De même, chercher à rivaliser serait à la fois vain et dangereux. Aussi, il me semble impératif de faire fi du dogmatisme libéral qui gangrène nos dirigeants pour en revenir à un réel interventionnisme d'Etat. Et par interventionnisme d'Etat je pense bien évidemment, dans le cas qui nous intéresse, au protectionnisme.
 
Longtemps honni officiellement par les organisations supranationales (OMC, FMI, UE), il n'en reste pas moins que de très nombreux pays du monde entier, pour ne pas dire la plupart d'entre eux, ont allègrement recours à des mesures protectionnistes de manière déguisée. Il ne s'agit plus de barrières douanières trop visibles mais plutôt d'un ensemble de mécanismes plus subtils et plus efficaces (sous-évaluation de la monnaie, appels d'offres biaisés, normes particulières …).
Or l'union européenne, sous prétexte de respecter une concurrence libre et non faussée (qui n'existe que dans les livres), se refuse à recourir à toute forme de protectionnisme malgré des déficits commerciaux abyssaux. Pire, invoquant la crise de 1929, les soi-disant experts économiques nous expliquent que la situation serait pire  du fait de mesures de rétorsion.
 
Une fois encore cela prouve que l'UE est gangrénée par un dogmatisme libéral qui ne tient en aucun cas compte des réalités (exemple des plans d'austérité à répétition qui aggravent les choses au lieu de les améliorer).
Si certains dirigeants politiques plaident pour un changement de cap, d'autres continuent à persister dans l'erreur. C'est notamment le cas de l'actuel et  du précédent gouvernement et plus largement d'une majorité des membres du PS et de l'UMP. Seuls perdurent quelques irréductibles qui cherchent à ouvrir les yeux à la population. Malheureusement pour nous, il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir …

samedi 16 février 2013

Ne confondons insécurité et sentiment d'insécurité



Depuis plusieurs années, et en particulier sous Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur puis président de la République, les problématiques de sécurité sont devenues un sujet majeur dans notre pays. Pour preuve, c'est ce qui a conduit, entre autres, à la défaite de Lionel Jospin en 2002 et à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007.
 
Le thème de la sécurité n'est évidemment pas nouveau et tous les candidats, des maires aux députés en passant par les conseillers généraux et régionaux, se doivent d'aborder ce sujet sensible au risque de passer pour des laxistes en cas d'impasse. Du petit village de campagne à la grosse métropole urbaine, la (in)sécurité est donc partout.
 
Mais croire que celle-ci est l'apanage du XXIème serait bien évidemment une erreur. De tout temps, depuis la naissance de l'humanité en fait, l'Homme a cherché à se protéger et à protéger ses biens, que ce soit par ses propres moyens ou par le biais d'un "structure collective" (Etat, royaume …). En revanche, et cela paraît indéniable, ces questions sont devenues prépondérantes dans le débat public depuis peu.
 
Et c'est sur ces raisons qu'il me semble intéressant de s'interroger.
Sur ce thème, et bien d'autres d'ailleurs, la politique peut être assimilée à un marché avec une offre et une demande. L'offre est ici constituée d'une politique sécuritaire musclée (plus dans les paroles que les actes en réalité) de la part de la droite et une politique plus timorée venant de la gauche, tout du moins avant l'arrivée de Manuel Valls place Beauvau. En face, on trouve une demande de sécurité, à la fois des biens et des personnes, des électeurs.
 
Comme en économie, une des deux composantes du marché, à savoir l'offre et la demande, prend l'ascendant et entraîne l'autre. Dans notre cas précis, il apparaît que c'est la demande qui conditionne l'offre et non l'inverse. En effet, c'est dans une visée électoraliste et afin de répondre aux attentes de la population que les questions de sécurité sont si présentes. C'est justement en raison d'une demande de l'électorat que l'offre politique sur ce sujet s'est développée.
 
Sur bien des sujets, les positions des électeurs ne sont pas forcément rationnelles. Et la sécurité fait clairement partie de ces sujets là.  Mais est-ce à dire que les inquiétudes et requêtes des Français sont totalement déconnectées de la réalité ? En vérité non. Ou plutôt pas complètement. Indéniablement la France n'est pas le pays des Bisounours et dire que tout va bien dans le meilleur des mondes serait idiot. Chacun est bien conscient que chaque jour connaît son lot de meurtres, viols, vols … Pour autant, la France n'est pas un pays en guerre avec des crimes à chaque coin de rue. Il existe certes des zones de non droit ou des lieux plus sensibles que d'autres mais cela ne constitue pas la majorité des cas.
 
Cela étant, il faut bien reconnaître qu'une partie de la population vit dans la peur. Pas forcément dans la peur de ce qui leur arrive mais plutôt de ce qui pourrait éventuellement leur arriver. Et c'est cette nuance, fondamentale à mon sens, qui fait toute la différence entre insécurité bien réelle et sentiment d'insécurité.
 
Sans nier tout problème d'insécurité, qui n'est en rien une lubie populaire, il est clair que le sentiment d'insécurité fait des ravages dans les foyers. Aujourd'hui les gens sont plus méfiants et ont davantage peur qu'autrefois. Ce phénomène conduit alors à une demande de toujours plus de sécurité, notamment chez les particuliers. On voit alors se multiplier portails, barrières et digicodes comme si l'enfermement était la solution à tous les problèmes.
J'en prends comme exemple mon cas personnel. Je vis actuellement dans une copropriété dont la majorité des habitants sont des retraités. Le quartier est assez calme avec quasiment aucune nuisance ni dégradation hormis une voiture brulée à l'occasion. On est donc loin des cités remplies de dealers ! Pourtant, il nous a été proposé de fermer le quartier par des portails, justement pour des questions de sécurité. Soi-disant que cela rassurerait les gens et sécuriserait les lieux. Pire, j'ai même entendu certains résidents invoquer la peur de l'agression pour justifier ce projet. Preuve que parfois la peur annihile toute capacité de réflexion.
 
Le sentiment d'insécurité né donc et est entretenu par les peurs des gens. Peurs qui peuvent être légitimes par moment mais qui reposent parfois sur des réalités fantasmées. Comme je le disais précédemment, les gens sont aujourd'hui plus craintifs. Si les délinquants et criminels ne sont pas forcément plus nombreux qu'auparavant, il apparaît que leurs méfaits sont davantage connus. A l'ère du tout communication et en raison des évolutions technologiques, l'information se diffuse partout et plus vite. La moindre violence est donc connue de tous ce qui donne l'impression d'un accroissement de celle-ci. Il n'y a qu'à voir l'importance accordée aux faits divers dans les médias pour s'en rendre compte. Sans parler d'une partie de la classe politique, et notamment la droite et l'extrême droite, qui joue largement sur les peurs des gens pour récolter des voix.
 
L'action combinée des médias et des politiques à laquelle s'ajouter la réalité des faits conduit finalement à entretenir un climat de tension permanente au sein de la population et à cultiver un sentiment de méfiance générale aboutissant parfois à un recul net de la fraternité et de la solidarité.
 
Les questions de sécurité sont donc à la fois sensibles et complexes dans la mesure où il est nécessaire de traiter des problèmes concrets dans un contexte intellectuel particulier. Si certains jouent la carte de l'apaisement d'autres, dont c'est le fonds de commerce, n'hésitent pas en revanche à mettre de l'huile sur le feu pour des raisons purement électoralistes.
C'est donc pourquoi le sentiment d'insécurité, s'il s'agit d'un phénomène contemporain, a encore de belles années d'existence devant lui.

lundi 11 février 2013

Django Unchained : bien plus que du cinéma

Les lecteurs assidus de ce blog auront pu constater que l'art et la culture ne sont pas mes thèmes de prédilection. Non pas que je n'y sois pas sensible mais je leur préfère grandement la politique et l'économie. Cela étant, c'est de ma récente sortie au cinéma dont il sera question aujourd'hui.
 
Un certain nombre de mes amis m'avaient fortement recommandé d'aller voir Django Unchained de Quentin Tarantino. Et les excellentes critiques de ce film m'encourageaient effectivement en ce sens. Malgré tout, j'avais quelques réserves concernant le réalisateur depuis que j'avais vu Inglorious Basterds avec Brad Pitt. En effet, je n'avais que peu apprécié l'enchainement plutôt décousu du film ainsi que cette articulation en chapitre assez frustrante pour moi. Mais finalement les quelques extraits visionnés ont fini par me convaincre d'y aller.
 
Et bien m'en a pris tant ce film est excellent. Mieux il s'agit là du meilleur film que j'ai vu depuis longtemps : 2h45 de pur bonheur sans longueurs ni ennui. En termes de pitch basique, on retrouve bien là le grand classique américain à savoir un héros qui va sauver une demoiselle en détresse avec l'aide de son fidèle compagnon. Traditionnel certes mais toujours aussi efficace. De même, et c'est également une marque du cinéma américain, l'opposition entre le bien et le mal, les gentils et les méchants est clairement posée tout au long du film.
 
Outre ces aspects, il est clair que cette production est mise en valeur par la qualité de ces acteurs avec un casting haut en couleurs, si je puis dire. Les personnages principaux, à savoir King Schultz (Christoph Waltz) Django (Jamie Foxx) et Calvin Candie (Léonardo Di Caprio) sont tout simplement géniaux, à la fois dans leurs caractéristiques propres et leur interprétation. Sans oublier bien sûr le fidèle Steven campé par le célèbre Samuel L. Jackson.
 
Par ailleurs, il faut noter l'importance accordée à la musique par Tarantino. Musique qui rappelle indéniablement les westerns dont le réalisateur a voulu s'inspirer. Et prépondérance également de l'humour distillé par petites touches tout au long de l'intrigue qui permet de prendre du recul et de dédramatiser et de tourner à la dérision certains personnages et situations. Je pense notamment à la scène des cagoules lors de l'attaque des hommes du Ku Klux Klan.
 
Pour en finir avec l'aspect artistique, je soulignerais la violence du film. Il s'agit certes d'une marque de fabrique de Tarantino (cf Inglorious Basterds ou Kill Bill par exemple) mais certaines scènes peuvent malgré tout être assez choquantes, en particulier du fait de leur réalisme. Personnellement, ce n'est pas tant la violence physique qui m'a mis mal à l'aise par moment mais plutôt la "violence "psychologique et verbale" qui existe entre les différents protagonistes et en particulier entre les blancs et les noirs.
 
Mais si Django Unchained est plus qu'un bon film c'est, je crois, notamment en raison du thème qu'il aborde et du contexte particulier dans lequel les personnages évoluent. En effet, l'histoire de déroule en 1858 aux Etats-Unis quelques années seulement avant la guerre de Sécession. C'est donc dans une période noire des Etats-Unis, durant les années d'esclavage que se situe l'intrigue. Du fait de cet environnement, le film oblige donc d'une certaine manière à réfléchir sur l'esclavage et l'égalité entre les Hommes.
 
Le parti pris de Tarantino est on ne peut plus explicite du début à la fin. De fait, la plupart des personnages blancs sont assez primaires avec une intelligence clairement limitée et sont souvent tournés en dérision. De plus, le personnage du docteur Schultz, lui aussi blanc, incarne une sorte de conscience qui cherche à tempérer les ardeurs des esclavagistes.
Cela étant, Quentin Tarantino entend rappeler la terrible réalité de l’esclavage : châtiments corporels, travail dans les champs … Si celui-ci était très répandu à l'époque et a permis un enrichissement de nombreuses nations, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une pratique d'asservissement et de soumission d'un être humain sur la seule base de sa couleur de peau.
 
Si l'action se déroulait à la fin du XIXème siècle, je crois malgré tout que des parallèles peuvent être faits avec des périodes plus proches de nous, et en particulier la seconde guerre mondiale. Je prendrais notamment deux exemples pour illustrer cela.
En premier lieu, et la scène du repas dans la maison de Calvin Candie l'éclaire à merveille, Calvin Candie (Léonardo Di Caprio) explique à ses hôtes la supériorité de l'Homme blanc en se justifiant avec des données scientifiques et notamment la constitution du cerveau. En somme, les blancs exploitaient les noirs car il s'agissait d'êtres inférieurs avec une intelligence moins développée et une soumission plus forte. C'est ainsi avec ce genre de propos qu'Hitler et l'Allemagne Nazie ont réussi à exterminer des millions de juifs dans les années 1940.
Ensuite, et c'est peut-être plus discutable, je pense que le "comportement zélé" de certains esclaves peut être rapproché de celui des collabos sous l'occupation. Ainsi, Steven (Samuel L. Jackson) le majordome était d'une grande fidélité envers son maître et n'a pas hésité à dénoncer sa camarade d'infortune dans l'unique but de plaire à son propriétaire. Comme une partie des Français à l'époque, cet homme est allé au-delà des attentes de son maître au risque de trahir les siens.  Si cela est difficilement compréhensible sur le plan moral, on peut toutefois penser que ces comportements s'expliquent par une volonté (légitime) d'améliorer leur sort en s'attirant les faveurs du tyran.
 
Mais au-delà de la seconde guerre mondiale, des ressemblances existent avec l'ensemble des conflits où un peuple est opprimé par un autre. Dans l'Histoire du monde, les situations de domination ont été multiples et existent encore aujourd'hui. Quelles que soient les régions et les époques, les despotes ont toujours une bonne raison de faire régner la peur et la violence. Et ce jusqu'à ce qu'un soulèvement populaire massif permette d'inverser la tendance.
Aujourd'hui, dans notre monde moderne et "civilisé", l'esclavage existe malheureusement toujours. Celui-ci ne se présente plus sous la même forme de manière aussi ouverte mais les situations d'asservissement d'un individu par un autre sont encore légions, que ce soit en France ou à l'étranger. Et comme à l'époque l'objectif reste le même : exploiter la misère humaine pour s'enrichir toujours plus.
 
Plus que l'esclavage en tant que tel, le film de Tarantino conduit à s'interroger sur le respect de chacun et l'égalité entre les Hommes. Dans cette histoire, les noirs sont maltraités et dévalorisés en raison de leur seule couleur de peau. Par chance, les choses ont évolué dans le bon sens depuis mais il existe encore trop de comportements intolérables dans notre société. Alors bien sûr l'égalité parfaite n'existe pas et chaque personne est (heureusement) différente. Pour autant, les Hommes, quelles que soient leur couleur, leur origine ou leur ethnie, se ressemblent malgré justement leurs disparités. Et plutôt que d'exacerber ce qui nous éloigne, il serait préférable pour le bien de tous de chercher à valoriser ce qui nous rapproche. Et c'est là l'essence même de la Nation que de rassembler des gens différents autour de valeurs communes et dans un dessein collectif.
 
Juger l'autre fait partie intégrante de la nature humaine et chacun y est confronté au quotidien. Mais il faut, je crois, savoir dépasser ces a priori pour voir plus loin que le seul aspect physique.
 
En 2007, durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait pour slogan : "ensemble tout devient possible". C'est bien évidemment lui qui avait raison et cette phrase est indéniablement toujours d'actualité. Or en ces temps difficiles où la crise fait rage, il est bien plus facile de se replier sur soi-même et de rester avec ses semblables dans une forme confortable de communautarisme. Malgré tout, cela ne conduira en rien à résoudre les problèmes mais au contraire à les accentuer.
Si l'union fait la force, certains ont bien compris que diviser permet de mieux régner. Et ils n'hésitent donc pas à mettre de l'huile sur le feu, quitte à embraser le pays, en jouant sur les peurs et les angoisses. Rentrer dans leur jeu serait la pire des choses et conduirait irrémédiablement à une remise en cause de la cohésion nationale.
 
"L'Homme est un loup pour l'Homme" disait Thomas Hobbes. Cela était vrai au temps de la citation mais cela l'est encore plus aujourd'hui que l'argent, la finance et l'économie sont devenus l'alpha et l'oméga de nos civilisations. C'est généralement dans l'adversité que naissent les plus belles idées. Or c'est dans un tel moment que nous nous trouvons actuellement. Tâchons donc de rester unis en nous serrant les coudes les uns les autres afin de sortir de la tempête plutôt que de nous tirer dans les pattes pour de futiles raisons.