mardi 19 mai 2015

Ecole : de l'éducation nationale à l'instruction publique

Dire que l'éducation est un sujet qui me tient à cœur n'étonnera personne, et encore moins les lecteurs réguliers de ce blog. Et ce sujet est d'autant plus important qu'il concerne nos enfants et leur avenir.
En tant que citoyen et membre de la "communauté éducative" (j'interviens comme chargé de travaux dirigés à l'université de Grenoble), je ne peux qu'être interpellé par le projet de réforme du collège porté par Mme Vallaud-Belkacem.

Indéniablement notre système éducatif se meurt et ce depuis de nombreuses années. Outre la position de la France dans les classements internationaux, chacun peut constater autour de lui la baisse de niveau de nos élèves et l'augmentation croissante de l'échec scolaire. Il est donc évident que des mesures doivent être prises au plus vite afin de lutter contre ce phénomène de décrochage.

Mais encore faut-il s'attaquer réellement au fond du problème et ne pas proposer un remède pire que le mal. Or c'est ce que semble faire le gouvernement avec son projet actuel. Et ce n'est pas un hasard si j'ai choisi d'écrire cet article aujourd'hui puisque cela coïncide avec la journée de grève nationale à l'appel de la plupart des syndicats de profs (80% des voix lors des élections syndicales de décembre) et que je soutiens.

Il est assez intéressant de voir que les clivages autour de ce projet sont finalement transpartisans. Il n'existe pas, bien qu'on veuille le faire croire, de lutte franche entre d'un côté la gauche et de l'autre la droite. De fait, on retrouve des opposants aussi bien à l'UMP qu'au Front de Gauche en passant par le PS ainsi que dans les fédérations de parents d'élèves et le personnel enseignant. Large opposition donc pour une réforme qui va prétendument vers davantage d'égalité.

Et ce n'est finalement peut-être pas pour rien si la contestation est aussi large tant cette réforme touche à des thématiques différentes (programmes, organisation …). Une synthèse très bien faite de tout ceci a d'ailleurs été réalisée par un collectif de professeurs et permet d'y voir un peu plus clair : www.reformeducollege.fr

Si certains points cristallisent particulièrement les reproches, il s'avère en réalité que c'est la réforme dans son intégralité qu'il conviendrait de revoir. Mais je me concentrerais ici sur quelques aspects uniquement.
Tout d'abord, au prétexte de lutter contre un soi-disant élitisme, on va assister à la suppression pure et simple des langues anciennes actuellement enseignées par le biais des options grec et latin. De même, les classes bilangues seront évincées au profit de l'accès de tous à une LV2 en 5ème. Vaste fumisterie en réalité car cela reviendra à mettre un terme à des dispositifs efficaces et ouverts à tous qui permettaient finalement une certaine mixité. Pourquoi en priver les élèves méritants et ne pas au contraire chercher à les étendre ? Il est évidemment plus simple et moins coûteux de niveler par le bas plutôt que de s'aligner sur les meilleurs.

Dans le prolongement, et c'est l'argument des défenseurs du projet, des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) vont être créés. L'objectif étant de favoriser les travaux en groupe autour de sujets couvrant plusieurs matières à la fois. On y retrouve notamment les notions de civilisations anciennes (pour contenter les latinistes et hellénistes), de citoyenneté, de développement durable … Il s'agit pourtant là d'une volonté illusoire dont la mise en œuvre sera problématique pour les enseignants en termes de moyens et de préparation. On peut alors aisément imaginer les dérives autour de leur contenu réel et donc de leur pertinence et utilité. Pire, ces EPI se feront sur les heures de cours, au détriment d'autres enseignements (Français, Maths …).

Enfin, et dans la lignée de ce qui a été fait pour les universités, le collège s'oriente progressivement vers une relative autonomisation avec une plus grande marge de manœuvre octroyée aux chefs d'établissement. Cela se traduira notamment par la présence de chapitres facultatifs en Histoire (ce qui fait grandement débat actuellement) ou encore par la possibilité de fixer 20% de l'emploi du temps des collégiens. Très concrètement, cela signifie que deux élèves en même classe pourront avoir des enseignements différents et donc un socle de connaissances inégal à leur entrée au lycée. Là encore cette mesure ne va pas dans le sens de plus d'égalité car le risque est d'accroitre davantage les disparités entre établissements en fonction de l'utilisation de ces 20 %.

On pourrait disserter encore longuement sur le contenu de cette réforme tant il y a à redire. Car c'est finalement l'esprit même du projet qui est contestable. En effet, celui-ci s'inscrit toujours dans la perspective de mettre l'enfant au centre du dispositif. Non en tant qu'apprenant, ce qu'il est au final, mais plutôt comme individu à part entière. Ce projet nous maintient dans le modèle du collège comme lieu de vie et non comme espace d'apprentissage. Si l'objectif initial de lutter contre les inégalités est noble, il s'avère in fine que celles-ci seront renforcées. De fait, ce sont les établissements les plus défavorisés et les enfants des classes populaires qui sont ici sacrifiés dans la mesure où on les prive de dispositifs prétendument élitistes. Au prétexte de limiter les écarts de niveau, qui sont certes une réalité, on aboutit finalement à supprimer ce qui marche et à pénaliser les meilleurs élèves. Bref, l'inverse de ce qu'il faudrait faire.

Comme nous l'avons dit, l'école est un sujet de la plus haute importance et on ne peut donc que regretter la pauvreté du débat autour de cette réforme. En effet, les enjeux sont bien trop cruciaux pour se limiter à des attaques ad hominem. D'ailleurs, je trouve la réaction de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, totalement déplacée et honteuse : "Madame Belkacem est attaquée pour quoi ? Parce qu'elle s'appelle Belkacem." On voit bien là toute la faiblesse d'un parti exsangue qui privilégie l'amalgame et l'invective aux dépens du débat d'idées.

Heureusement, d'autres personnalités politiques dépassent le stade de la seule critique pour avancer leurs propositions. C'est par exemple le cas de Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Le Maire ou Nicolas Dupont-Aignan. Ce dernier a notamment réalisé une conférence de presse sur ce sujet afin de proposer une contre-réforme autour de 20 mesures. Outre les proximités idéologiques anciennes, je ne peux qu'abonder dans le sens de ce contre-projet dans la mesure où il fait écho à mes précédentes prises de position sur le sujet (ici, , encore ici ou encore là).

Revenir aux fondamentaux (lire, écrire, compter), redonner aux enseignants les moyens et l'envie de travailler (nombre de professeurs, effectifs par classe réduits, revalorisation salariale, réaffirmation de l'autorité), promouvoir le mérite et le goût de l'effort (soutien scolaire personnalisé, retour/maintien des notes chiffrées, promotion de l'enseignement professionnel). Telle devrait être la feuille de route du gouvernement en matière d'Education Nationale. Car n'oublions pas que le rôle de l'école est d'abord et avant tout d'instruire.

mardi 12 mai 2015

Retour sur l'actualité

Petit retour sur l'actualité de ces derniers jours pour bien commencer la semaine !

Front National : Jean-Marie à la peine
Après un énième dérapage verbal, Jean-Marie Le Pen a donc finalement été suspendu de son propre parti. Alors réalité ou mise en scène ? On peut bien évidemment douter de l'authenticité de cette suspension et certains crient d'ailleurs à la mascarade. Mais pourquoi toujours mettre en doute la sincérité de Marine Le Pen ? Pourquoi, à l'inverse d'autres partis, toujours chercher à déceler d'éventuelles volontés cachées ou pensées supposées ? Ne pourrait-on pas, et il y a déjà beaucoup à faire, juger sur les faits, les actes et les discours ?
Cela étant, la réalité est que le fondateur du FN a bel et bien été suspendu et qu'une rénovation des statuts est en marche afin notamment de supprimer la présidence d'honneur. La réalité est également que Marine n'est pas Jean-Marie et que leur objectif est clairement différent puisque la fille est davantage dans une optique de conquête du pouvoir.
Si la présence du père pouvait être autrefois profitable avec un jeu du bon et méchant flic, on peut imaginer que celui-ci est devenu encombrant avec le temps et agit comme un plafond de verre au niveau électoral. En effet, même si le FN réalise des scores importants au premier tour, on ne peut constater sa difficulté à obtenir des élus. En tuant le père, Marine Le Pen cherche alors à accélérer sa stratégie de dédiabolisation afin de séduire un électorat plus large et en particulier les suffrages des électeurs réticents à voter FN du fait de la frange la plus extrémiste du parti.
Avec l'éviction de Jean-Marie Le Pen, la ligne incarnée par Florian Philippot prend le pas sur la ligne historique. Reste à savoir maintenant quelle stratégie (changement de nom, position vis-à-vis de l'UMP ...) mettra en place Marine Le Pen dans le futur.

Loi sur le renseignement : le retour de Big Brother
Après plusieurs semaines de débat, notamment sur le net, la loi sur le renseignement a finalement été largement voté à l'Assemblée Nationale (438 pour et 86 contre). Pour beaucoup il s'agit d'un Patriot Act à la française  … en pire. Personnellement je ne rentrerai pas dans une telle comparaison qui n'apporte que peu de choses au débat finalement.
Ce qui est davantage intéressant en revanche est que cette loi est portée par Manuel Valls, bien connu pour être en pointe sur les questions de sécurité. De même, il n'est pas neutre que cette loi soit votée sous un gouvernement de gauche. Cela traduit indéniablement une volonté de casser l'image d'angélisme et d'inaction de la gauche sur ces thématiques. Nuançons toutefois cela par la présence de Christiane Taubira au ministère de la Justice, permettant de ménager la chèvre et le chou dans un équilibre un peu bâtard.
Sur le fond, cette loi sera finalement peu efficace comme confirmé par plusieurs personnalités dont Marc Trévidic, juge d'instruction à la section antiterroriste du TGI de Paris. En effet, on peut imaginer que les personnes les plus déterminées seront suffisamment entrainées et formées pour passer à travers de ces dispositifs. Seul le menu fretin, sans grand intérêt donc, sera alors potentiellement impacté.
Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Je n'en suis pas convaincu car cette loi comporte deux points majeurs qui me semblent largement préjudiciables pour la population. D'une part, on assiste à une véritable dépossession du pouvoir judiciaire. De fait, et malgré la création d'une commission de contrôle à avis purement consultatif, c'est réellement le premier ministre qui constitue la pièce maîtresse du dispositif et ce avec toute la subjectivité liée à un seul homme. D'autre part, la mise en place de boîtes noires chez les fournisseurs d'accès internet conduit à une surveillance massive et généralisée de nos concitoyens. Outre les risques que cela fait peser en matière de libertés individuelles, cela aboutit à une remise en cause de notre principe de présomption d'innocence. Sans parler évidemment du fait que nos services de renseignement seront submergés d'information avec des conséquences probables en termes de réactivité et d'efficacité.
Si cette loi est présentée comme une loi antiterroriste, il convient de noter que celle-ci couvre en réalité sept finalités dont notamment la défense des intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France. On peut alors imaginer toutes les dérives potentielles liées à l'ampleur des champs d'application de cette loi.
Pour finir, la célèbre citation de Benjamin Franklin me semble on ne peut plus appropriée : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

Union-Européenne : Grexit, Brexit … Frexit ?
Actualité dense au Royaume-Uni cette semaine avec d'une part la naissance de Charlotte Elizabeth Diana de Cambridge jeudi dernier et d'autre part les élections législatives du 7 mai. Si l'arrivée de la princesse était attendue, la nette victoire du premier ministre sortant est davantage une surprise puisque les sondages le disaient au coude à coude avec les travaillistes d'Ed Miliband. Comme quoi, il n'est pas qu'en France que les instituts de sondage se fourvoient. Mais passons.
C'est donc avec une avance marquée et plus encore avec la majorité absolue (331 sièges contre 232 pour le Labour) que David Cameron a remporté ces élections. Si je tenais à mentionner cette victoire aujourd'hui, ce n'est pas tant pour m'en féliciter ou la regretter car je laisse nos voisins britanniques choisir ce qu'ils estiment le mieux pour eux. En revanche, je ne pouvais passer à côté de l'une des mesures annoncée, à savoir la tenue, d'ici 2017, d'un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union Européenne. Là encore, étant attaché au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, je ne prendrai pas partie. Cela étant, il s'agit d'une proposition majeure qui impactera notre pays quoi qu'il arrive. Et l'impact sera d'autant plus important que les Britanniques optent pour une sortie de l'UE (Brexit). En effet, cela fera jurisprudence et occasionnera très probablement un appel d'air pour un certain nombre de nations (Grèce, Italie …). Autrement dit, le Royaume-Uni créera une brèche dans laquelle pourront s'engouffrer d'autres gouvernements à l'appel de leurs peuples. Toute la question sera de savoir si nos dirigeants s'empareront de ce sujet et surtout s'ils respecteront la volonté populaire. Car en matière européenne il n'est pas rare de s'asseoir sur le choix des peuples, que ce soit en France ou chez nos voisins (Pays-Bas, Irlande). On fêtera d'ailleurs le 29 mai prochain le dixième anniversaire du NON au TCE (Traité Constitutionnel Européen). Référendum que l'UMP et le PS ont allégrement ignoré en adoptant quelques années plus tard le traité de Lisbonne, copie conforme du TCE.
Quelle que soit la position des Britanniques sur le sujet, on peut au minimum souhaiter qu'un grand débat ait lieu afin que chaque camp puisse exprimer ses arguments. Espérons toutefois que les européistes ne joueront pas une nouvelle fois sur les peurs des gens en promettant le chaos face à d'éventuelles alternatives …

lundi 11 mai 2015

Adieu Over-Blog et bonjour Blogger !

Après presque 7 ans passés chez Over-Blog, c'est avec un petit pincement au cœur que j'ai décidé de changer de plateforme pour passer chez Blogger. Et cela pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, il s'avère qu'Over-Blog impose depuis quelques temps la présence de publicités sur l'ensemble des blogs hébergés. Seule possibilité pour y échapper : le compte premium payant.
Ne cautionnant pas ce modèle économique, voulant éviter la pub à mes lecteurs et ne souhaitant pas mettre la main à la poche pour m'en affranchir, la question du départ s'est posée.

Ensuite, la migration vers un nouvel hébergeur me permettait de modifier l'adresse de mon blog. L'ayant choisie à la création en mai 2008, celle-ci n'est plus adaptée aujourd'hui. En effet, il m'était jusqu'alors impossible de mettre en cohérence l'adresse et le nom du blog.

Enfin, ce changement a pu se concrétiser rapidement grâce à une grande facilité dans le transfert des articles sur la nouvelle plateforme. Même s'il a fallu quelques jours pour remettre à plat la mise en page de l'ensemble des articles, je pense que tout est revenu à la normale. Les coquilles étant toujours possibles, n'hésitez pas à me signaler tout problème éventuel.

A partir d'aujourd'hui l'ancien blog ne sera plus mis à jour mais restera a priori en ligne. Afin de continuer à me lire, je vous invite donc à basculer sur la nouvelle version : leschroniquesdetomgu.blogspot.fr

La page facebook reste quant à elle au même endroit. N'hésitez pas à liker et à partager !

mercredi 22 avril 2015

Parité en politique : une discrimination comme les autres ?

Si la parité est un vieux sujet en politique, il n'en reste pas moins que celui-ci revient régulièrement sur le devant de la scène. Et cela a été le cas avec les élections départementales où une réforme du scrutin a imposé de présenter un binôme homme-femme. Si la parité est effectivement respectée dans les assemblées départementales, on en est encore loin au niveau des exécutifs avec seulement 10 femmes présidentes sur 101. Et les chiffres sont tout aussi mauvais au Parlement avec 27 % de femmes à l'Assemblée Nationale et 25 % au Sénat.

Bien que des progrès soient constatés avec le temps, on peut noter que dans notre pays la parité est souvent appréhendée sous son aspect coercitif. Pour preuve, la loi du 6 juin 2000 sur l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives prévoit, entre autres, des amendes pour les partis ne présentant pas 50% de femmes aux élections législatives. Cela ayant pour conséquence de réduire le financement public de 4 M€ pour l'UMP et 1,4 M€ pour le PS.

La lutte contre les carences des partis est certes nécessaire mais insuffisante. A mon sens, il est préférable de s'interroger sur les causes de la sous-représentation des femmes en politique. Car comment combattre un phénomène sans le comprendre ?


Indéniablement les hommes trustent une grande partie des postes. Mais s'arrêter à cette seule explication n'est pas suffisant dans la mesure où on ne peut que constater la grande difficulté à trouver des femmes pour constituer des listes comme aux élections municipales par exemple.
Une autre explication peut alors être avancée. Pendant des décennies voire des siècles, la femme était cantonnée à la gestion du foyer et à l'éducation des enfants. Au fur et à mesure du temps, la femme s'est émancipée et à trouver une nouvelle place dans la société, notamment au travers du travail et de l'autonomie financière.  Aujourd'hui, les femmes doivent alors concilier leur vie de mère, d'épouse, de travailleuse … Endosser de nouvelles responsabilités politiques se révèle donc parfois compliqué.
Enfin, et sans généraliser, on peut imaginer que les femmes se censurent elles-mêmes, par peur de l'inconnu, par manque de confiance … Sentiments pouvant d'ailleurs être renforcé par leur environnement masculin.


On remarque finalement que la vie politique est à l'image de la société avec un certain conservatisme qui perdure et une perpétuation d'une sorte de modèle patriarcal. On retrouve d'ailleurs les mêmes problématiques dans le monde de l'entreprise avec toujours de fortes inégalités hommes-femmes.

Si le paysage politique français n'est clairement pas représentatif de la population en termes de sexe, il ne l'est pas non plus pour ce qui est des catégories socioprofessionnelles. On peut d'ailleurs même dire que ce mal est plus profond dans la mesure où rien n'est réellement fait pour changer la donne.

Là encore se limiter au constat ne suffit pas si l'on souhaite faire évoluer les choses.
Plusieurs raisons peuvent expliquer la prépondérance des cadres et professions libérales aux dépens des ouvriers et employés. Avant toute chose, on peut écarter la seule question des compétences. Certes il existe parfois de fortes disparités de culture et de connaissances liées notamment au parcours scolaire et à la formation mais cela ne justifie en rien l'absence quasi-totale des ouvriers et employés à l'Assemblée Nationale et au Sénat.


En revanche, la question de l'organisation de la vie politique française avec  le (non) statut de l'élu doit être posée. En effet, cela entraine une exclusion de fait d'une partie de la population avec deux barrières principales qui les empêche de se présenter. D'une part, le coût très important d'une campagne électorale ainsi que le seuil des 5% pour le remboursement public. Difficile alors pour les classes populaires de se porter candidat hors des principaux partis politiques. D'autre part, la conciliation d'un mandat avec le monde du travail. Si les professions libérales (médecins, avocats …) peuvent aisément mettre leur carrière entre parenthèse le temps d'une élection, il n'en est clairement pas de même pour un salarié lambda. Au vu de la conjoncture, on peut donc comprendre la réticence à quitter son emploi et ce d'autant plus que l'issue d'une élection est toujours incertaine.
Parallèlement à cela, on peut également ajouter que les préoccupations des gens peuvent différer selon leur catégorie socioprofessionnelle. Autrement dit, les classes populaires ont peut-être d'autres priorités que l'engagement public. Sans parler évidemment de la déception, du désintérêt voire du dégoût croissants des plus modestes pour la politique.


Finalement, on s'aperçoit que la parité est un sujet ancien qui touche à la fois la vie politique et la sphère économique. Cette question de représentativité de la population dans les différentes instances du pays est une réelle problématique qui doit dépasser la seule question des femmes.
Pour l'heure, nos gouvernants ont choisi la voie coercitive avec les résultats que l'on connait. Si des progrès ont été faits, on ne peut que constater que le chemin est encore long. Si la sanction peut être un moyen, elle ne doit pas constituer une fin en soi et il est nécessaire d'adapter notre système et de faire évoluer les mentalités afin de dépasser ce stade.


Attention toutefois à ne pas passer d'un extrême à l'autre en instaurant, si ce n'est déjà fait, une forme de discrimination positive. Car malgré l'adjonction du terme "positif", cela n'en reste pas moins de la discrimination. Et cela reviendrait à enfermer les personnes dans des cases et à les choisir pour ce qu'elles sont, ce qu'elles représentent (sexe, CSP …) et non pour leurs qualités intrinsèques.
Soyons donc vigilants à ce que le remède ne soit pas pire que le mal.

dimanche 22 mars 2015

Service citoyen : quelle forme pour quel objectif ?

Suite aux évènements de janvier, les notions de cohésion nationale et de citoyenneté refont surface. François Hollande a ainsi fait différentes annonces visant à développer davantage le service civique et a lancé une réflexion sur une nouvelle forme d'engagement des jeunes au service de la nation. Si certains souhaitent rendre obligatoire le service civique, d'autres, notamment à droite (Xavier Bertrand et François Baroin par exemple) évoquent un nouveau service militaire.
 
Aujourd'hui différents dispositifs existent avec leurs forces et leurs faiblesses (service civique, service militaire adapté outre-mer, réserve citoyenne …). Mais avant de chercher à créer ou adapter un service "citoyen", encore faut-il définir les objectifs que l'on souhaite remplir.
 
Clarifier le "pourquoi" avant le "comment" me paraît être une priorité tant ce sont les buts à atteindre qui doivent conditionner à la fois les moyens alloués et les dispositifs mis en place.
Que ce soit le service militaire de l'époque ou le service civique d'aujourd'hui, il apparait que les objectifs poursuivis sont finalement proches. Et ce sont donc sensiblement les mêmes que ce "service citoyen 2.0" doit poursuivre : mixité sociale, ouverture d'esprit et engagement au service de la collectivité. Plus largement, on peut résumer cela par une volonté de redonner un cadre à la jeunesse.
 
Si le consensus autour du "pourquoi" est relativement aisé, il n'en sera pas forcément de même pour le "comment". Gageons ainsi que la question du retour du service militaire sera un sujet de discorde. Impossible donc de passer cette question sous silence dans ce débat.
 
A première vue un retour du service militaire peut effectivement sembler une bonne chose, notamment en raison des aspects discipline et autorité qui font parfois défaut chez certaines personnes. Toutefois ce dispositif rencontre un certain nombre de problématiques qui semblent difficiles à surmonter. Tout d'abord, il apparait que l'armée, du fait de coupes budgétaires importantes, n'a plus aujourd'hui la capacité (en encadrement, logistique et casernes) d'accueillir les conscrits. Ensuite, et depuis la réforme de 1997, l'armée s'est professionnalisée avec les conséquences que cela induit en termes de matériel et de formation et donc de possibilité d'intégration de personnes tierces. Enfin, et nous en revenons à ces fameux objectifs, la question des missions proposées aux jeunes, qui rejettent parfois vivement les aspects militaires, paraît complexe à résoudre. Que feront donc ces appelés dans les casernes : du sport, de la surveillance de bâtiments publics ? Peut-être mais quel intérêt à la fois pour le pays et sa jeunesse ?
Pour moi, un retour du service militaire ne semble donc pas être adapté aux enjeux actuels ni être en phase avec la société d'aujourd'hui. En tout cas pas dans le cadre d'un recours massif. On peut toutefois envisager, dans certains cas précis et clairement identifiés, d'envoyer des jeunes en difficulté dans des centres fermés à encadrement militaire. Cela pouvant être vu comme une alternative à la prison.

Si le service militaire a parfois été évoqué, le service civique a quant à lui été massivement cité et plébiscité. Actuellement le service civique est un dispositif basé sur le volontariat permettant à des jeunes âgés de 16 à 25 ans de s'engager pour une durée de six à douze mois au service de la collectivité dans le cadre d'une mission d'intérêt général.
Gagnant en popularité, le service civique séduit chaque année davantage de jeunes avec une moyenne d'âge de 21 ans. Malgré un coût non négligeable et une organisation parfois lourde à mettre en place, il semble que le service civique soit bénéfique à la fois pour le jeune engagé et pour l'association ou la collectivité qui l'accueille, chacun trouvant un intérêt dans cette collaboration. Bref, une coopération gagnant-gagnant.
 
Au vu de ces aspects positifs, on peut donc s'interroger sur l'opportunité de généraliser le service civique. Répondant parfaitement aux objectifs évoqués précédemment, il parait intéressant d'aboutir à terme à un service civique obligatoire pour tous d'une durée de trois mois qui pourrait être prolongée de manière facultative et volontaire par les plus motivés. Le but n'étant de pénaliser personne, ces trois mois pourraient être effectués en une seule fois (pendant les vacances d'été par exemple) ou de manière entrecoupée afin d'une part de se concilier plus aisément avec des obligations scolaires ou professionnelles et d'autre part de s'adapter aux besoins des structures d'accueil.
 
Bien évidemment le caractère obligatoire de ce nouveau service civique appelle un certain nombre de questions qui doivent être clarifiées en amont. Premièrement, les structures d'accueil. Car la généralisation de ce dispositif implique forcément de trouver davantage de missions pour faire face à l'afflux d'engagés. Cette question est primordiale et doit donc être traitée en priorité dans la mesure où chaque jeune doit se voir confier une mission utile, intéressante et valorisante. Si le chantier est d'ampleur, on peut légitimement penser que notre tissu associatif vaste et varié saura y prendre toute sa place.
Deuxième aspect à anticiper, la problématique du coût. En effet, du fait de la multiplication des effectifs engagés, le budget à consacrer explosera, à la fois s'agissant des indemnités de mission (573 € nets mensuels actuellement) et de la prise en charge des frais de déplacement et de logement. Là encore, la marche à franchir est haute mais se résumera in fine à l'existence ou non d'une réelle volonté politique afin de trouver les crédits nécessaires.
Enfin, se posera la problématique de l'acceptation de cette nouvelle obligation. Si certains verront ce service civique comme une vraie opportunité avec un réel intérêt à la fois en termes humains et professionnels, d'autre considéreront qu'il s'agit d'une nouvelle contrainte. Bien évidemment l’adhésion sera d’autant plus grande que la mission proposée sera intéressante mais on peut raisonnablement estimer qu’un certain nombre de personnes seront réfractaires, comme cela est déjà le cas pour la JDC (Journée Défense et Citoyenneté). Voila pourquoi, afin de dissuader toute contestation trop véhémente, il semble opportun de conserver le concept de certificat individuel de participation. C'est-à-dire un document officiel remis à l’issue du service civique permettant l’inscription aux examens nationaux (baccalauréat, permis de conduire, concours de la fonction publique …).
 
Quelle que soit la forme choisie, ce service citoyen ne doit pas se contenter d’être une réaction aux évènements de janvier. Celui-ci doit au contraire s’inscrire dans une action construite sur le long terme et s’insérer dans une politique globale à destination de la jeunesse.

lundi 16 février 2015

Opération Sentinelle : campagne de communication ou action de sécurité ?

S'il est une semaine dont il faut se rappeler en 2015, c'est bien celle du 5 janvier. En effet, c'est lors de cette semaine là que les tueries de Charlie Hebdo et de l'hyper cacher se sont déroulées. Et c'est la même semaine qu'a eu lieu l'immense mobilisation populaire dans tout le pays.

Mais au-delà de l'émotion suscitée, ces attaques ont également appelé une réponse du pouvoir en place. Je passe volontairement sur les chartes de la fraternité et autres mesures tout aussi angéliques qui relèvent davantage de l'incantation que d'une réelle riposte à des attentats.

En revanche, nul ne peut ignorer l'une des réactions du gouvernement, à savoir la mise en place de l'opération Sentinelle. Concrètement, il s'agit de déployer plus de 10 000 soldats afin d'assurer la sécurité d'environ 800 sites identifiés comme sensibles (synagogues, bâtiments publics …).
Chacun a ainsi pu constater la présence de militaires dans nos rues, que ce soit en faction ou en patrouille. D'ailleurs, on a vu se multiplier les marques de solidarité envers nos soldats comme le mentionne cet article du Figaro.
 
Si je ne peux que me féliciter que les Français renouent avec leur armée, je ne peux m'empêcher d'émettre des doutes quant au bien fondé de cette opération. Indéniablement François Hollande se devait de réagir suite aux attentats mais est-ce vraiment la manière la plus appropriée ? Je ne le crois pas.
Pire je considère que cette opération est un gâchis. Gâchis pour l'État qui dépense 1 million d'euros par jour pour Sentinelle. Mais aussi gâchis pour nos soldats qui seraient, je pense, bien plus utiles sur d'autres théâtres d'opération.
 
Plus encore que le coût et le contre-emploi de nos forces armées, on peut s'interroger sur la réelle utilité de cette opération. Autrement dit, la présence de militaires dans nos rues permet-elle de lutter contre des attentats ou tout du moins de réduire leur risque ? Et bien la réponse est non malheureusement. Bien au contraire. Car sans être vraiment dissuasifs, nos soldats deviennent de nouvelles cibles de choix pour d'éventuels terroristes.
 
En matière de terrorisme, et le président de la République le sait bien, l'affichage médiatique ne sert à rien. Ce sont les enquêtes longues, minutieuses et surtout discrètes menées notamment par les services de renseignement qui sont le plus efficaces. C'est donc dans ce domaine qu'il faut massivement débloquer des fonds afin de donner aux services compétents les moyens nécessaires pour mener à bien leur mission.
 
Mais alors, me direz-vous, si la méthode est connue pourquoi ne pas y recourir ? Là encore la réponse est simple et tient en deux mots : sondages et popularité. François Hollande a clairement tiré bénéfice des évènements du mois de janvier en adoptant une stature présidentielle qui, selon certains, lui manquait. Cela s'est d'ailleurs traduit par un bond d'une vingtaine de points dans les sondages. Hollande cherche donc à capitaliser sur cette image et à entretenir sa côte de popularité. Et pour cela rien ne vaut la carte de la sécurité comme le faisait Nicolas Sarkozy en son temps.
 
En lançant Sentinelle, le président de la République a donc lancé une opération militaire de grande ampleur mais aussi (et surtout) une campagne de communication de premier choix.