dimanche 6 novembre 2016

Accueil des migrants : cessons les polémiques stériles !

Pas un jour ne passe sans que la question des migrants ne fasse la une des journaux. Et la récente évacuation de la jungle de Calais le 24 octobre dernier n'a fait que renforcer encore un peu plus ce phénomène. Mais plus encore que l'évacuation en elle-même, c'est la répartition des migrants vers les centaines de centres d'accueil et d'orientation (CAO) partout en France qui fait le plus polémique.

Depuis plusieurs semaines maintenant, pro et anti s'affrontent dans la rue, lors de réunions publiques ou par médias interposés. Le stade du simple débat contradictoire est largement dépassé et il n'est plus lors question d'échanges politiques sereins. Encore une fois la passion a pris le pas sur la raison.
Et sur ce sujet, il est difficile de compter sur notre classe politique pour apaiser les choses. Bien au contraire, chacun surenchérit à sa manière dans une véritable course à l'échalote.

A mon sens, l'enjeu est bien trop important pour notre pays pour être traité de la sorte. Et il me semble primordial, dans l'intérêt de tous, de chercher autant que faire se peut à prendre de la hauteur sur ce sujet. Je m'étais jusqu'alors abstenu de m'exprimer sur ces problématiques mais j'ai décidé de revenir aujourd'hui sur ce choix car je suis agacé par ce que je vois ou entends sur les réseaux sociaux et dans les médias. Je suis lassé de ces polémiques stériles, exaspéré par les caricatures et autres amalgames.   

Je vais essayer de résumer ici mon opinion sur le sujet, de manière simple et succincte.
Tout d'abord, il me semble indispensable de bien définir de quoi on parle. Car plusieurs termes sont aujourd'hui utilisés indistinctement : migrants, immigrés, réfugiés … Cela ajoute de la confusion à des situations déjà difficiles à appréhender.
A mon sens, deux grandes catégories d'individus coexistent et alimentent les flux d'immigration (je laisse notamment et volontairement de côté le regroupement familial et les échanges universitaires) : les personnes quittant leur pays pour fuir la guerre ou la persécution et les personnes quittant leur pays pour des raisons économiques.
Sans surprise, et de manière assez consensuelle je pense, je crois que notre pays s'honore à accueillir les populations persécutées ou issues de pays en guerre et à leur offrir le statut de réfugié. Le droit d'asile doit donc continuer à être accordé aux personnes qui répondent aux critères définis. A l'inverse, les personnes qui n'entrent pas dans ce cadre doivent se voir signifier l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et être expulsées. De telles règles existent aujourd'hui mais ne sont malheureusement pas appliquées, ce qui conduit à créer un certain imbroglio dans la tête de la population.

Ensuite, s'agissant de l'évacuation de la jungle de Calais, je considère que cela aurait dû être fait depuis longtemps. Mieux, l’État n'aurait jamais dû laisser se développer un tel campement où les conditions d'hébergement, d'hygiène et de sécurité n'étaient clairement pas à la hauteur.  
Mais ne revenons pas sur le passé et concentrons nous davantage sur l'avenir. Le moyen et long-terme sont évidemment conditionnés, au moins en partie, par les remarques précédentes. En revanche, le court-terme prend lui une tournure plus que contestable et d'ailleurs largement contestée. Je pense bien sûr à la répartition des migrants dans nos régions qui me semble problématique.
D'une part, et toujours en cohérence avec mes propos précédents, je crois que cette évacuation aurait dû être l'occasion d'expulser les personnes qui n'ont pas vocation à rester sur notre sol.

D'autre part, je suis plus que perplexe quant à la méthode de répartition en elle-même. Et il me semble d'ailleurs que c'est cet aspect en particulier qui suscite une forte opposition de la part de la population. Soyons concret pour mieux comprendre le problème. Il était prévu que le département de l'Isère accueille 250 personnes sur trois sites dont 100 pour la seule ville de Saint Martin d'Hères. En outre, il s'agissait d'accueillir 100 hommes seuls dans une tour au cœur du domaine universitaire.  
Du pain-béni pour certains qui se sont jetés sur l'information pour dénoncer l'invasion du campus par une horde de sauvages en rut qui allaient mettre en péril la tranquillité et la sécurité des étudiants et étudiantes. Je ne relèverai pas ces inepties car elles ne le méritent même pas. Pour autant, je m'interroge sur les raisons qui ont poussé nos dirigeants à prendre une telle décision. Comment ne pas susciter l'inquiétude, somme toute légitime, de nos concitoyens dans pareilles conditions ?

Je ne peux que m'interroger sur une telle concentration d'hommes seuls en un même endroit comme c'est le cas à Saint Martin d'Hères mais également dans d'autres villes de France. N'y avait-il pas d'autres solutions d'hébergement plus équilibrées dans notre cher pays aux 36 000 communes ? N'aurait-il pas été préférable que chaque commune accueille quelques migrants chacune ?
Car pour moi la solution retenue va à l'encontre même de toute possibilité d'intégration. C'est davantage vers un phénomène de communautarisation dans une logique grégaire vers lequel on se dirige. Comment imaginer alors que ces personnes vont pouvoir s'intégrer à la population ?

Une dernière remarque pour terminer. On voit souvent fleurir sur les réseaux sociaux une sorte de mise  concurrence entre migrants et Sans Domiciles Fixes. Autrement dit, il est reproché de privilégier les migrants étrangers en termes d'aides, de logement … aux dépens de nos SDF (sous-entendus Français).
Outre le fait que cette compétition entre personnes dans le besoin soit moralement discutable, celle-ci relève, je crois, d'une certaine hypocrisie voire d'une malhonnêteté intellectuelle. En effet, il est tout à fait probable que ces personnes soient les mêmes qui détournent le regard dans la rue ou qui réprouvent la mendicité.
Là encore ce sont des polémiques stériles qui ne grandissent pas leurs auteurs et dont notre pays n'a clairement pas besoin …

vendredi 14 octobre 2016

Retour sur #PrimaireLeDébat

C'est donc hier que TF1 diffusait le premier des trois débats de la primaire de la droite et du centre. Face à trois journalistes, les sept candidats (Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Jean-Frédéric Poisson et Nicolas Sarkozy) ont échangé et débattu pendant plus de deux heures.

Avant de se pencher sur les éléments de fond, quelques remarques sur la forme en préambule.
Le format choisi pour ce débat a, je crois, été paradoxalement la force et la faiblesse de l'émission. En effet, les temps de réponse courts impartis ont permis une circulation dynamique de la parole évitant ainsi des monologues interminables. A l'inverse la minute accordée était parfois (souvent) trop courte pour apporter une réponse construite et argumentée.
Évidemment ces contraintes de temps étaient directement liées au nombre de participants mais cela était également conditionnée par la volonté des organisateurs d'aborder un nombre important de sujets différents. Dans la mesure où trois débats seront organisés, je pense qu'il aurait été préférable d'associer une ou deux grandes thématiques à chaque confrontation afin d'aller davantage au fond des choses. En l'occurrence, consacrer ce premier temps d'échange exclusivement aux questions d'économie m'aurait semblé préférable.

Si l'économie n'a pas été l'unique thème du débat, il n'en reste pas moins que cette thématique a évidemment été abordée.  Chaque candidat a ainsi pu mettre (brièvement) en avant ses propositions qui sont finalement sensiblement les mêmes. Plus que des différences réelles de solutions, il s'agit davantage de nuances ou de degré d'appréciation. Sortie des 35h, réduction drastique de la dépense publique (entre 50 et 100 milliards d'euros par an) et du nombre de fonctionnaires (de 300 000 pour Sarkozy et Juppé à 600 000 pour Fillon), recul de l'âge légal de départ à la retraite ou encore baisse des charges pour les entreprises.

Vieilles recettes pour les uns, véritable surenchère pour les autres, il est clair que ces propositions s'inscrivent dans la continuité des politiques menées ces dernières décennies avec toutefois, reconnaissons-le, des niveaux jamais atteints. Pour autant, comment croire que ces solutions seront efficaces cette fois-ci alors qu'elles ont toujours échoué par le passé ? Pour la plupart, ces préceptes ne sont que des marqueurs, des positions face à de prétendus totems. Les 35 heures en sont l'exemple parfait. De fait, dans le privé, le temps de travail est déjà négocié au niveau des branches ou des entreprises. A l'inverse, dans le public, ces mêmes 35h ne sont pas toujours respectées. N'oublions pas non plus que ces 35h ne sont ni plus ni moins "que" la durée légale du travail permettant de déclencher les heures supplémentaires et qu'il est donc possible d'y déroger. Les raisons de la lutte contre les 35h ne sont alors pas forcément à chercher sur le terrain de l'économie. Au contraire, cela constitue un marqueur identitaire pour cette droite qui cherche à abattre ce "symbole de la gauche".

Pour en terminer sur le chapitre économie, je souhaitais souligner deux propositions à mon sens trop rapidement évacuées mais qui mériteraient un débat plus large. D'une part, la mise en place d'une "vraie TVA sociale" évoquée par Jean-François Copé, c'est-à-dire l'augmentation de trois points de la TVA en contrepartie d'une baisse des cotisations patronale et salariales. Objectif : gain de compétitivité pour les entreprises, hausse du salaire net et élargissement du financement de notre protection sociale. Ayant déjà abordé le sujet par le passé, je ne m'y attarderai pas davantage.
D'autre part, la question du statut des fonctionnaires a été posée notamment par Nathalie Kosciusko-Morizet. Je n'ai pas d'avis tranché sur le sujet mais je pense que cette question ne doit pas être condamnée par principe. Je crois au contraire qu'une réflexion doit être menée sur deux aspects : l'emploi à vie dans la fonction publique et la pertinence du statut de fonctionnaire dans les collectivités territoriales. Nous aurons l'occasion d'y revenir dans le futur.

La deuxième partie du débat était consacrée aux aspects régaliens (sécurité, immigration, laïcité …). Là encore beaucoup de sujets balayés en peu de temps. Et là aussi rien de nouveau sous le soleil tant les différentes propositions des candidats ont été largement évoquées dans les médias ces dernières semaines. Aucun intérêt donc pour moi de m'y arrêter.

Que retenir in fine de ce débat ?
Et bien pour moi pas grand-chose de neuf tant celui-ci n'a fait que confirmer mon opinion première à savoir que cette primaire ne vise pas à trancher sur le fond entre différentes lignes politiques mais au contraire à choisir une personnalité. Voire la personnalité de celui qui sera probablement le prochain président de la République.
A ce sujet d'ailleurs, et contrairement à ce que certains pensent, il n'est pas illogique, vu les circonstances, que des électeurs de gauche ou en tout cas qui ne se disent pas de droite prennent part à cette primaire. Primaire qui se veut d'ailleurs ouverte.

Pour en revenir aux candidats en lice, je dois avouer avoir été agréablement surpris par Jean-Frédéric Poisson. "Cornérisé" du fait de son statut d'outsider et caricaturé en affreux réac, le président du PCD (Parti Chrétien-Démocrate) s'est révélé plutôt à l'aise dans cet exercice et a réussi, je trouve, à se démarquer de ses concurrents par ses positions plus modérées en matière économique et l'expression d'une sensibilité sociale généralement absente chez les autres participants.
Même bonne impression de la part de François Fillon qui m'est apparu moins austère et moins introverti que l'image que j'en avais. En revanche, j'ai trouvé que Nicolas Sarkozy était quelque peu tendu et manquait de sérénité, ses tics physiques étant nettement visibles par moment.
Quelques mots enfin sur Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire. L'un comme l'autre, à leur manière, veulent incarner le changement et le renouveau et n'hésitent pas à renvoyer dos à dos leurs adversaires. Si la stratégie n'est pas insensée, elle résiste toutefois difficilement à l'épreuve des faits. En effet, l'un comme l'autre ont été ministres du gouvernement Fillon sous le quinquennat Sarkozy et sont donc comptables du passé. Par ailleurs, cette stratégie se résume pour grande partie à des considérations de communication et d'image puisque leurs propositions ne sont que peu novatrices.

Mention spéciale pour finir aux journalistes qui ont mené les débats. Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, les trois interviewers (Gilles Bouleau pour TF1, Élizabeth Martichoux pour RTL et Alexis Brézet pour le Figaro) n'ont pas hésité à poser les questions qui fâchent et à évoquer les affaires judiciaires des différents candidats (emplois fictifs du RPR, Bygmalion, affaire Jouyet). Assez rare en ces périodes de collusion entre médias et politiques pour être souligné.

mardi 6 septembre 2016

Emmanuel Macron ou la dynamique du vide

Mardi 30 août 2016. Voila une date qui restera gravée dans les mémoires comme la mise en orbite d'un OPNI. Non, non,  vous avez bien lu. OPNI (Objet Politique Non Identifié) pas OVNI. Je ne fais nullement référence ici à une quelconque fusée mais bien à la démission et donc à la prise d'envol d'Emmanuel Macron.

Bien que l'évènement soit mineur au regard de la terrible situation dans lequel se trouve notre pays et le monde, cette démission a agité et agite encore tout le microcosme médiatique. Macron a donc finalement mis fin à des mois de suspense en cet avant-dernier jour d'août. Et quoi de plus naturel que de fêter cela au JT de 20 de TF1 où l'ami Martin (Bouygues) a déroulé le tapis rouge avec près de 30 minutes de publicité reportages et interview consacrés au jeune loup de l'Elysée.

Une semaine après, le chouchou des médias et des patrons est toujours au centre des conversations. Quoi de plus normal en réalité que de tomber en pamoison devant le beau gosse de la politique au bilan sans équivoque ? Avec sa loi éponyme, l'ouverture des magasins le dimanche et la libéralisation du transport en bus, Macron s'inscrit de fait dans la lignée des grands ministres de l'économie qui ont permis de véritables avancées pour notre pays.
Seuls les jaloux et autres médisants ne manqueront pas de rappeler les diverses polémiques qui l'entourent (35h, ISF, statut des fonctionnaires, salariés de Gad "illettrés"…) et son manque de solidarité gouvernementale.

Après Montebourg, Hamon, Taubira et Duflot, le gouvernement de François Hollande et Manuel Valls connait une nouvelle défection. Mais comparé à ses anciens collègues, aucune ambition personnelle pour ce qui est du ministre de l'économie. Il l'a d'ailleurs répété lors de la (trop) longue interview sur TF1. Macron a quitté le gouvernement en responsabilité, pour être libre et être utile à son pays. Ses seules préoccupations pour le moment : la France et son mouvement "En Marche" (dont les initiales correspondent étrangement à celles de ses nom et prénom) fondé en avril dernier. Rien à voir donc avec l'échéance présidentielle de 2017 qui approche.

Si Emmanuel Macron botte en touche à chaque fois que la question de son éventuelle candidature est abordée, il est une chose sur lequel il n'hésite pas. La primaire du PS ne l'intéresse pas. Normal vu qu'il n'est pas socialiste. Mais attention il n'est pas pour autant de droite, et encore moins centriste. Il est de gauche comme il le réaffirme régulièrement. Mais pas une gauche à la Mélenchon, non une gauche du progrès, une gauche du réel. Bref Macron est libéral, sans le dire ni vraiment l'assumer.

Son parcours parle toutefois pour lui. Bien que se revendiquant hors du sérail et prônant une nouvelle manière de faire de la politique, ces belles postures résistent difficilement à l'épreuve des faits. En effet, Macron est un haut fonctionnaire de l'inspection des finances issu de l'ENA qui est passé par la banque d'affaires Rothschild et le secrétariat de la présidence de la République avant de finir ministre de l'économie. Et tout cela sans jamais avoir été élu ou, autrement dit, sans jamais s'être confronté au suffrage populaire …
Bon le passé de Macron ne joue pas forcément en sa faveur. Mais laissons-lui une chance de faire mieux et regardons plutôt ses dernières interventions médiatiques. Et bien ce n'est malheureusement guère plus prolifique. Sa prestation sur TF1 en est d'ailleurs une magnifique illustration. Pour l'ancien ministre, comme pour le président d'aileurs, le changement ce n'est visiblement pas pour maintenant. Aucune proposition, ni semblant de solution mais un enchainement de mots-bateaux, de concepts abstraits invoqués comme des mantras : changement, progrès, rénovation, rassemblement … Bref un bel exercice de langue de bois digne des plus grands politiciens !    

Vous l'aurez compris je ne porte pas Emmanuel Macron dans mon cœur, bien au contraire. Si je n'ai rien contre l'homme en tant qu'individu, je honnis tout ce qu'il représente : une élite libérale et mondialiste coupée du peuple qui ressasse sans cesse les mêmes recettes qui ont échouées par le passé.
Même s'il se veut différent, l'ancien ministre de l'économie n'est finalement qu'un homme politique comme les autres, issu du même moule, avec les mêmes codes et les mêmes solutions. Phénomène médiatique par excellence, Macron est le point de convergence ultime où s'entremêlent gauche et droite dans une logique de régression sociale au profit du patronat.
Je ne peux qu'espérer que nos concitoyens ouvriront rapidement les yeux sur ce personnage qui relève davantage du mirage que du messie. Tâchons de les convaincre que, faute d'être l'homme providentiel attendu, Emmanuel Macron ne sera que le fossoyeur de notre modèle social.

lundi 8 août 2016

"L'ère du peuple" de Jean-Luc Mélenchon

Nouveau volet dans la série de mes lectures d'été après le dernier ouvrage de Nicolas Dupont-Aignan. Il s'agit aujourd'hui d'un livre de Jean-Luc Mélenchon datant de 2014 et intitulé "l'ère du peuple".

Je n'ai jamais caché l'admiration que j'ai pour les qualités de tribun du leader du Parti de Gauche (PG) ni certaines convergences de point de vue que je peux avoir avec lui, en particulier sur l'europe. Appréciant en outre le style de l'auteur, j'étais quelque peu impatient d'attaquer la lecture de cet essai. La joie fut malheureusement de courte durée tant j'ai eu du mal à me plonger dans ce nouvel opus auquel je n'ai d'ailleurs jamais réellement accroché.

Si j'avais particulièrement aimé "le hareng de Bismarck", je ne peux pas en dire autant de celui-ci. Alors que le premier était incisif, tranchant, "l'ère du peuple" me parait nettement plus apathique et clairement moins savoureux. Mais plus que le fond, certes moins fourni à mon sens, c'est la forme qui m'a davantage gênée avec la multiplication de réflexions parfois complexes, peu concrètes voire totalement abstraites sur le nombre ou le temps par exemple. Évoluant régulièrement à la frontière de la pensée philosophique et manquant de structuration, je n'ai pas retrouvé les éléments que j'attends d'un essai politique.
Cela étant, et en faisant abstraction de ces aspects, je dois reconnaitre que ce livre reprend malgré tout la majorité des thématiques chères à l'auteur.

Fervent opposant à François Hollande, Mélenchon ne pouvait évidemment pas ne pas évoquer son adversaire favori. S'il considère que le président de la République a trahi ses promesses de campagne, il estime pour autant que la simple critique du pouvoir en place n'est pas suffisante et qu'il faut chercher à développer une alternative. Alternative qui proviendrait selon lui d'un sursaut du peuple et non de la classe dirigeante dont il ne faudrait rien attendre.
Mélenchon rappelle d'ailleurs qu'en 2012 les Français n'ont pas voté pour François Hollande mais plutôt contre Nicolas Sarkozy et sa politique. Je le rejoins effectivement sur ce point bien que cette tentative ait finalement échoué dans la mesure où on ne peut que constater une certaine continuité entre les deux présidents successifs, en particulier en matière économique et de politique étrangère. S'agissant de ce dernier aspect, nul ne pourra sincèrement évoquer de réel changement, surtout vis-à-vis de l'Allemagne où nous sommes passés de Merkozy à Merkhollande lorsque l'ancien premier secrétaire du PS a enterré sa promesse de renégocier les traités européens.

La transition avec un thème également abordé est ainsi toute trouvée. L'europe et l'union européenne figurent évidemment en bonne place dans cet ouvrage où on retrouve les critiques certes habituelles et récurrentes mais qui restent malheureusement toujours d'actualité. Échec de l'euro fort, domination de l'Allemagne, condamnation des politiques d'austérité et du dogme de la concurrence libre et non faussée, voilà les principales thématiques qui sont traitées.
Sans oublier évidemment la dénonciation du futur traité de libre-échange actuellement en cours de négociation entre l'union européenne et les États-Unis (TAFTA). Mélenchon profite également de ce passage pour adresser une charge virulente au pays de l'oncle Sam en vilipendant leur hégémonie militaire, monétaire et commerciale.
Si j'adhère évidemment à l'ensemble de ces propos, je regrette que la question du protectionnisme, sujet pourtant majeur à mon sens, ne soit que très peu évoquée (seulement quelques lignes). Jean-Luc Mélenchon semble toutefois avoir évolué sur le sujet depuis la parution de son livre (2014) puisque cette problématique revient régulièrement dans ses discours de campagne pour la présidentielle de 2017.

Autre thème de prédilection, très (trop ?) longuement traité dans ce livre : l'écologie et en particulier les problématiques liées à la mer. Plus d'une vingtaine de pages y sont ainsi consacrées et on sent indéniablement que l'auteur est fortement engagé sur les questions environnementales.
Pour lui, les mers et les zones maritimes revêtent des enjeux considérables pour les nations, notamment en raison de leurs sous-sols du fait de la présence d'hydrocarbures. Avec 18 000 kms de côtes et 11 millions de m² d'espaces maritimes, la France est ainsi le deuxième territoire maritime après les États-Unis. Pour autant, il estime que le gouvernement n'a pas pris la mesure de cet avantage concurrentiel et commet une grave erreur en baissant le budget alloué à la mer. Mélenchon reconnait que la mer est certes une opportunité mais qu'elle constitue aussi une menace en raison de la hausse du niveau des eaux (+ 50 cm d'ici 2050 et + 1,40 m d'ici 2100). Deux cent millions de personnes seraient à déplacer d'où des risques importants de conflits entre pays ou de guerres civiles ainsi que des vagues de migration conséquentes à venir.

Toujours dans le même ordre d'idées, le leader du PG aborde la question de la croissance de la population mondiale. Aucune réelle prise de position sur le sujet car ce sont davantage les conséquences de ce phénomène qui sont traitées. De manière logique, l'augmentation de la population requiert davantage de ressources, de denrées alimentaires, de terres, de logements et accroît parallèlement la pollution et l'empreinte de l'Homme sur la planète.
Si cette problématique de croissance exponentielle de l'humanité n'est pas pour l'heure au cœur des débats, elle constitue pour autant un enjeu fondamental des années à venir tant elle a et aura plus encore dans le futur des impacts sur nos vies. Car il faudra évidemment réussir à nourrir, loger et fournir du travail à ces nouveaux habitants. En sommes-nous capables ? Notre planète pourra-t-elle le supporter ? Quelles que soient les réponses, il faut se préparer aujourd'hui pour réussir à y faire face demain.

Comment terminer cet article sans parler du projet constitutionnel du candidat à la présidentielle ? Aucune nouveauté dans ces derniers chapitres du livre pour celui qui connait quelque peu l'auteur. Mélenchon y réaffirme ainsi la nécessité d'élire une assemblée constituante visant à instaurer une sixième République et par la même, selon l'auteur, un pouvoir du peuple.
Me reconnaissant dans le doctrine gaulliste et considérant que les institutions de la cinquième ont fait preuve de leur résistance et de leur adaptabilité malgré toutes les réformes successives, je dois reconnaitre être plus que sceptique sur cette proposition. Malgré les louanges chantées par ses partisans, je suis loin d'être convaincu que ce changement de République permettrait de venir à bout de tous les maux de notre société. Pour moi, ce ne sont pas les institutions qui posent problème mais plutôt l'usage qui en est fait par nos dirigeants. Si nous ne commençons pas par renouveler cette classe politique rien ne changera vraiment et la 6ème connaîtra rapidement les mêmes dévoiements que la 5ème.
En revanche, toujours en matière d'institutions, il est une proposition de Mélenchon à laquelle je souscris totalement. Il s'agit de l'instauration du référendum révocatoire, c’est-à-dire la possibilité pour les électeurs de voter pour la destitution d'un élu. Si cette mesure nécessite d'être discutée, en particulier pour ce qui est de ses conditions de mise en œuvre, je crois qu'elle va indéniablement dans le bon sens en remettant en cause la toute-puissance des dirigeants entre deux scrutins. Elle permet notamment de rappeler à chacun que l'élection n'est pas un blanc-seing donnant tout pouvoir à celui qui la remporte. Clairement dans l'air du temps, cette proposition permettra également de réduire le fossé grandissant entre dirigeants et population comme cela peut-être le cas pour les référendums qu'ils soient locaux ou nationaux.

En intitulant son livre "l'ère du peuple" Jean-Luc Mélenchon annonce d'entrée de jeu la couleur. Comme lui je pense que le peuple doit revenir au cœur des débats et reprendre la place qu'on lui a longtemps confisquée. Le XXIème siècle sera indéniablement le siècle d'un retour en force du peuple comme nous pouvons le voir actuellement par-delà le monde. Cette expression populaire, quoi qu'en dise certains, ne pourra se faire que dans le cadre des nations. Souveraineté nationale et souveraineté populaire voilà deux notions avec lesquelles vont devoir composer nos dirigeants. Et cela, qu'ils le veuillent ou non …