lundi 18 mars 2013

Plumons les banques pour sauver les peuples, pas l'inverse !

La zone euro et le FMI ont trouvé samedi matin un accord sur un plan de sauvetage d'un maximum de 10 milliards d'euros pour Chypre, en échange d'une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires qui rapportera près de 6 milliards. Nicosie devient ainsi le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un programme d'aide internationale.
Mais, chose nouvelle, pour réduire leur participation, les bailleurs de fonds ont demandé à Nicosie d'instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75 % sur les dépôts bancaires en deçà de 100 000 euros, et de 9,9 % au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts. Ces prélèvements devraient rapporter au total 5,8 milliards d'euros, a indiqué samedi le chef de file de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. À ces taxes s'ajoutent des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés, qui passera de 10 à 12,5 %.
Source : lepoint.fr
 
Sauve qui peut ! Voila qui pourrait résumer les scènes de cohue aperçues ces derniers jours à Chypre. En effet, depuis l'annonce de ce "plan de sauvetage", des milliers de Chypriotes se sont pressés aux guichets des banques pour vider leurs comptes bancaires, ce qui n'est pas sans rappeler la crise de 1929 durant laquelle des millions d'américains avaient fait de même.
Si cette mobilisation populaire massive est on ne peut plus logique et compréhensible, on peut malgré tout penser que ces efforts seront vains dans la mesure où les autorités auront sûrement pris leurs précautions pour contrecarrer ce phénomène.
 
Cela étant, il s'agit clairement d'une mesure singulière. Singulière au niveau européen dont c'est la première mise en œuvre. Mais singulière également sur le principe même de cette taxation. A mon sens, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une "spoliation (il)légale", pour ne pas dire un vol en bonne et due forme des citoyens.
Car c'est bien de cela dont il est question en vérité. De fait, toute personne ayant des avoirs domiciliés sur l'île s'en verra déposséder d'une partie sans pouvoir s'y opposer. De là à y voir une remise en cause du droit de propriété …
 
Si je suis favorable à un interventionnisme économique de l'Etat et si je peux entendre que des efforts sont nécessaires en temps de crise, je suis néanmoins farouchement opposé à ce procédé que je trouve malhonnête et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il apparaît que l'objectif premier est de venir en aide à des établissements financiers et bancaires. Or on peut remarquer que ce plan exclut une participation des créanciers privés par le biais d'un effacement de dette. Ainsi, seule la population sera mise à contribution. Ensuite, cette mesure est une fois de plus imposée par la troïka (UE, BCE, FMI) dans la droite ligne de leur politique d'austérité qui s'est révélée au mieux inefficace, au pire destructrice pour les économies européennes. Enfin il ne faut souligner que cet énième plan européen est la conséquence directe de la participation de Chypre au "sauvetage  de la Grèce", dégradant ainsi la situation du pays.
 
Une fois encore ce sont donc des institutions supranationales non élues qui se chargent d'imposer leur volonté ultralibérale aux peuples. Une fois encore ce sont les peuples qui sont sacrifiés sur l'autel du profit. L'UE et l'euro devaient nous apporter paix, croissance et prospérité. Mais c'est finalement tout le contraire que l'on nous sert aujourd'hui : troubles sociaux, misère et pauvreté sont devenus le quotidien de millions d'européens. Et au lieu d'une légitime et souhaitable remise en question, nos dirigeants persistent aveuglément dans leur dogmatisme.
 
A l'heure où j'écris ces lignes, ce plan n'a pas encore été adopté par le Parlement chypriote. Et visiblement rien n'est encore fait tant une majorité sera difficile à trouver. Espérons que les parlementaires sauront faire preuve de courage et de fermeté au moment de défendre leur souveraineté nationale. Plus que des considérations purement locales, c'est une partie de l'avenir de l'Union Européenne qui se joue aujourd'hui à Chypre. Car si cette mesure est adoptée, gageons que les technocrates de Bruxelles et Washington chercheront à la généraliser à toutes les nations d'europe. Et si cela arrive, comme cela arrivera probablement à plus ou moins longue échéance, alors il faudra s'attendre à une forte mobilisation des peuples. Mobilisation légitime qui risque même de se transformer en une révolte explosive avec les excès que cela peut engendrer.  

vendredi 22 février 2013

Maurice Taylor ou l'archétype du patron voyou

Ceux qui fréquentaient déjà ce blog au moment de la primaire socialiste connaissent ma proximité idéologique avec Arnaud Montebourg. Aussi, je ne peux que me réjouir de la joute verbale menée actuellement par le ministre du redressement productif contre le PDG du groupe Titan International.
 
Petit rappel des faits pour ceux qui auraient manqué un épisode.
Après plusieurs années de difficultés, Goodyear a annoncé fin janvier que l'usine d'Amiens-Nord serait fermée à court terme, laissant sur le carreau plus de 1000 salariés. Cette annonce a évidemment contraint le gouvernement à agir et Arnaud Montebourg a appelé le groupe Titan à revenir à la table des négociations malgré un précédent échec. Rien d'exceptionnel jusque là.
C'est en réalité la réponse de Maurice Taylor, PDG du groupe Titan, au ministre qui a mis le feu aux poudres. En effet, celui-ci n'a pas hésité, dans son courrier du 8 février, à fustiger ouvertement les ouvriers français (Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures) et la CGT (syndicat fou). Pire que son arrogance, classique des républicains américains, Taylor a fait preuve d'un cynisme démesuré : " Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins de 1 euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin".
Heureusement, et je l'en félicite, Arnaud Montebourg ne s'est pas dégonflé face à ce sinistre individu et l'a gratifié d'une réponse à la hauteur du courrier initial : "vos propos aussi extrémistes qu'insultants témoignent d'une ignorance parfaite de ce qu'est notre pays. Les compagnies [étrangères présentent dans notre pays connaissent et apprécient la qualité et la productivité de la main-d'œuvre française, l'engagement, le savoir-faire, le talent et les compétences des travailleurs français.".Mieux, Montebourg s'est laissé aller à quelques piques renvoyant clairement Taylor dans ses 22 : "Titan, l'entreprise que vous dirigez est vingt fois plus petite que Michelin, notre leader technologique français à rayonnement international, et trente-cinq fois moins rentable. Soyez assuré de pouvoir compter sur moi pour faire surveiller [...] avec un zèle redoublé vos pneus d'importation."
 
Au-delà de l'aspect "divertissant" qui enchante les médias, cette affaire me semble tout à fait révélatrice du système économique dans lequel notre pays évolue. En effet, c'est aujourd'hui Maurice Taylor qui est à l'origine de ces propos abjects mais bien d'autres patrons de grands groupes, français ou étrangers, auraient pu tenir le même discours. Et c'est bien là tout le problème de notre économie qui se trouve coupée en deux entre la base (ouvriers, employés …) qui permet la création de richesse et la coalition actionnaires-"top management" qui œuvrent à la défense de leurs intérêts propres en s'appropriant une partie toujours plus grande des richesses créées (dividendes, bonus …). Il est bien loin le temps de l'entreprise familiale gérée en bon père de famille et du patron paternaliste. Tout cela a laissé place à un capitalisme débridé et libéralisé à outrance.
 
Alors certains diront, Alain Minc le premier, que la mondialisation est une chance pour notre pays et que c'est à la France de s'adapter aux nouvelles contraintes économiques. Je m'inscris bien évidemment en faux contre ces propos. Comment peut-on encore aujourd'hui prononcer de telles inepties, sauf à être aveuglé par le dogmatisme ? Il n'y a qu'à voir les conséquences désastreuses de cette mondialisation (et de son cheval de Troie, l'union européenne) sur notre industrie. Allez donc demander à ces dizaines de milliers d'ouvriers licenciés pour cause de délocalisation ce qu'ils pensent de la "mondialisation heureuse" …
Dire que la mondialisation n'a que des inconvénients serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. De fait, ce phénomène a permis, au moins en partie, d'avoir accès à de nouveaux marchés donc de nouveaux débouchés pour nos entreprises. Sans parler du développement exceptionnel de certains pays émergents.
 
Mais tout cela a bien évidemment un prix. Un prix parfois lourd à payer pour ceux qui en sont les victimes. Cela ne semble toutefois pas déranger notre cher Maurice Taylor. Bien au contraire, puisque celui-ci n'a aucun scrupule à exploiter la misère humaine en "achetant un fabricant de pneus chinois ou indien pour payer moins de 1 euro l'heure de salaire".
Car s'il est une caractéristique indéniable de la mondialisation, c'est bien cette mise en concurrence forcée des peuples du monde entier. C'est d'ailleurs par ce moyen, en recourant massivement aux délocalisations vers des pays à faible coût de main d'œuvre, qu'un grand nombre d'individus se sont enrichis. Je parlais dans un précédent article de l'esclavage. Et bien cette exploitation d'ouvriers chinois contraints de travailler durant des heures dans des camps de travail dans des conditions intolérables, le tout pour des clopinettes, n'est ni plus ni moins qu'une forme d'esclavage moderne (exemple de Foxconn, sous-traitant d'Apple).
 
Dans ce processus de course au moins disant fiscal, social et environnemental, la France est logiquement la grande perdante. De fait, et comme le dit très bien Taylor, "les Français sont trop chers à cause notamment de leurs avantages sociaux". Il est donc impossible de s'aligner sur la Chine ou l'Inde par exemple, sauf à remettre complètement en question notre modèle social, ce que certains libéraux rêvent de faire depuis des décennies. Mais outre le fait que cela n'est pas souhaitable, cela sera clairement vain dans la mesure où certains pays sans aucune réglementation sociale arriveront toujours à produire pour moins cher.
 
Mais plutôt que de niveler par le bas, pourquoi ne pas adopter le raisonnement inverse en cherchant à pousser les moins bons pour rattraper les meilleurs ? La réponse est simple : le profit. Car si les pays émergents se dotaient de réglementations plus contraignantes, il est certain que les conditions de vie et de travail des ouvriers s'amélioreraient, parallèlement à un accroissement des coûts de production donc une dégradation des bénéfices. Et ça les patrons n'en veulent pas. Pour eux seul l'argent compte comme le résume une fois encore à la perfection l'incroyable Maurice Taylor : "nous sommes ceux qui avons le carnet de chèques et vous nous dites que nous devons d'abord rencontrer les syndicats ? Vous êtes dingues".
 
Puisque le seul langage parlé par ces personnes est celui du dollar alors c'est au porte-monnaie qu'il faut taper pour se faire entendre. Et plus particulièrement par la fiscalité qui constitue l'arme de prédilection de l'Etat pour ce genre de besognes. Plusieurs mécanismes sont évidemment envisageables et doivent faire partie d'une réforme fiscale d'ampleur, notamment en ce qui concerne la taxation des revenus.
 
Mais plus largement c'est notre modèle économique et commercial qu'il faut repenser. Comme nous l'avons dit, la France mais également les autres nations européennes voire même occidentales ne peuvent plus faire face à la concurrence déloyale des pays émergents. De même, chercher à rivaliser serait à la fois vain et dangereux. Aussi, il me semble impératif de faire fi du dogmatisme libéral qui gangrène nos dirigeants pour en revenir à un réel interventionnisme d'Etat. Et par interventionnisme d'Etat je pense bien évidemment, dans le cas qui nous intéresse, au protectionnisme.
 
Longtemps honni officiellement par les organisations supranationales (OMC, FMI, UE), il n'en reste pas moins que de très nombreux pays du monde entier, pour ne pas dire la plupart d'entre eux, ont allègrement recours à des mesures protectionnistes de manière déguisée. Il ne s'agit plus de barrières douanières trop visibles mais plutôt d'un ensemble de mécanismes plus subtils et plus efficaces (sous-évaluation de la monnaie, appels d'offres biaisés, normes particulières …).
Or l'union européenne, sous prétexte de respecter une concurrence libre et non faussée (qui n'existe que dans les livres), se refuse à recourir à toute forme de protectionnisme malgré des déficits commerciaux abyssaux. Pire, invoquant la crise de 1929, les soi-disant experts économiques nous expliquent que la situation serait pire  du fait de mesures de rétorsion.
 
Une fois encore cela prouve que l'UE est gangrénée par un dogmatisme libéral qui ne tient en aucun cas compte des réalités (exemple des plans d'austérité à répétition qui aggravent les choses au lieu de les améliorer).
Si certains dirigeants politiques plaident pour un changement de cap, d'autres continuent à persister dans l'erreur. C'est notamment le cas de l'actuel et  du précédent gouvernement et plus largement d'une majorité des membres du PS et de l'UMP. Seuls perdurent quelques irréductibles qui cherchent à ouvrir les yeux à la population. Malheureusement pour nous, il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir …

samedi 16 février 2013

Ne confondons insécurité et sentiment d'insécurité



Depuis plusieurs années, et en particulier sous Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur puis président de la République, les problématiques de sécurité sont devenues un sujet majeur dans notre pays. Pour preuve, c'est ce qui a conduit, entre autres, à la défaite de Lionel Jospin en 2002 et à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007.
 
Le thème de la sécurité n'est évidemment pas nouveau et tous les candidats, des maires aux députés en passant par les conseillers généraux et régionaux, se doivent d'aborder ce sujet sensible au risque de passer pour des laxistes en cas d'impasse. Du petit village de campagne à la grosse métropole urbaine, la (in)sécurité est donc partout.
 
Mais croire que celle-ci est l'apanage du XXIème serait bien évidemment une erreur. De tout temps, depuis la naissance de l'humanité en fait, l'Homme a cherché à se protéger et à protéger ses biens, que ce soit par ses propres moyens ou par le biais d'un "structure collective" (Etat, royaume …). En revanche, et cela paraît indéniable, ces questions sont devenues prépondérantes dans le débat public depuis peu.
 
Et c'est sur ces raisons qu'il me semble intéressant de s'interroger.
Sur ce thème, et bien d'autres d'ailleurs, la politique peut être assimilée à un marché avec une offre et une demande. L'offre est ici constituée d'une politique sécuritaire musclée (plus dans les paroles que les actes en réalité) de la part de la droite et une politique plus timorée venant de la gauche, tout du moins avant l'arrivée de Manuel Valls place Beauvau. En face, on trouve une demande de sécurité, à la fois des biens et des personnes, des électeurs.
 
Comme en économie, une des deux composantes du marché, à savoir l'offre et la demande, prend l'ascendant et entraîne l'autre. Dans notre cas précis, il apparaît que c'est la demande qui conditionne l'offre et non l'inverse. En effet, c'est dans une visée électoraliste et afin de répondre aux attentes de la population que les questions de sécurité sont si présentes. C'est justement en raison d'une demande de l'électorat que l'offre politique sur ce sujet s'est développée.
 
Sur bien des sujets, les positions des électeurs ne sont pas forcément rationnelles. Et la sécurité fait clairement partie de ces sujets là.  Mais est-ce à dire que les inquiétudes et requêtes des Français sont totalement déconnectées de la réalité ? En vérité non. Ou plutôt pas complètement. Indéniablement la France n'est pas le pays des Bisounours et dire que tout va bien dans le meilleur des mondes serait idiot. Chacun est bien conscient que chaque jour connaît son lot de meurtres, viols, vols … Pour autant, la France n'est pas un pays en guerre avec des crimes à chaque coin de rue. Il existe certes des zones de non droit ou des lieux plus sensibles que d'autres mais cela ne constitue pas la majorité des cas.
 
Cela étant, il faut bien reconnaître qu'une partie de la population vit dans la peur. Pas forcément dans la peur de ce qui leur arrive mais plutôt de ce qui pourrait éventuellement leur arriver. Et c'est cette nuance, fondamentale à mon sens, qui fait toute la différence entre insécurité bien réelle et sentiment d'insécurité.
 
Sans nier tout problème d'insécurité, qui n'est en rien une lubie populaire, il est clair que le sentiment d'insécurité fait des ravages dans les foyers. Aujourd'hui les gens sont plus méfiants et ont davantage peur qu'autrefois. Ce phénomène conduit alors à une demande de toujours plus de sécurité, notamment chez les particuliers. On voit alors se multiplier portails, barrières et digicodes comme si l'enfermement était la solution à tous les problèmes.
J'en prends comme exemple mon cas personnel. Je vis actuellement dans une copropriété dont la majorité des habitants sont des retraités. Le quartier est assez calme avec quasiment aucune nuisance ni dégradation hormis une voiture brulée à l'occasion. On est donc loin des cités remplies de dealers ! Pourtant, il nous a été proposé de fermer le quartier par des portails, justement pour des questions de sécurité. Soi-disant que cela rassurerait les gens et sécuriserait les lieux. Pire, j'ai même entendu certains résidents invoquer la peur de l'agression pour justifier ce projet. Preuve que parfois la peur annihile toute capacité de réflexion.
 
Le sentiment d'insécurité né donc et est entretenu par les peurs des gens. Peurs qui peuvent être légitimes par moment mais qui reposent parfois sur des réalités fantasmées. Comme je le disais précédemment, les gens sont aujourd'hui plus craintifs. Si les délinquants et criminels ne sont pas forcément plus nombreux qu'auparavant, il apparaît que leurs méfaits sont davantage connus. A l'ère du tout communication et en raison des évolutions technologiques, l'information se diffuse partout et plus vite. La moindre violence est donc connue de tous ce qui donne l'impression d'un accroissement de celle-ci. Il n'y a qu'à voir l'importance accordée aux faits divers dans les médias pour s'en rendre compte. Sans parler d'une partie de la classe politique, et notamment la droite et l'extrême droite, qui joue largement sur les peurs des gens pour récolter des voix.
 
L'action combinée des médias et des politiques à laquelle s'ajouter la réalité des faits conduit finalement à entretenir un climat de tension permanente au sein de la population et à cultiver un sentiment de méfiance générale aboutissant parfois à un recul net de la fraternité et de la solidarité.
 
Les questions de sécurité sont donc à la fois sensibles et complexes dans la mesure où il est nécessaire de traiter des problèmes concrets dans un contexte intellectuel particulier. Si certains jouent la carte de l'apaisement d'autres, dont c'est le fonds de commerce, n'hésitent pas en revanche à mettre de l'huile sur le feu pour des raisons purement électoralistes.
C'est donc pourquoi le sentiment d'insécurité, s'il s'agit d'un phénomène contemporain, a encore de belles années d'existence devant lui.

lundi 11 février 2013

Django Unchained : bien plus que du cinéma

Les lecteurs assidus de ce blog auront pu constater que l'art et la culture ne sont pas mes thèmes de prédilection. Non pas que je n'y sois pas sensible mais je leur préfère grandement la politique et l'économie. Cela étant, c'est de ma récente sortie au cinéma dont il sera question aujourd'hui.
 
Un certain nombre de mes amis m'avaient fortement recommandé d'aller voir Django Unchained de Quentin Tarantino. Et les excellentes critiques de ce film m'encourageaient effectivement en ce sens. Malgré tout, j'avais quelques réserves concernant le réalisateur depuis que j'avais vu Inglorious Basterds avec Brad Pitt. En effet, je n'avais que peu apprécié l'enchainement plutôt décousu du film ainsi que cette articulation en chapitre assez frustrante pour moi. Mais finalement les quelques extraits visionnés ont fini par me convaincre d'y aller.
 
Et bien m'en a pris tant ce film est excellent. Mieux il s'agit là du meilleur film que j'ai vu depuis longtemps : 2h45 de pur bonheur sans longueurs ni ennui. En termes de pitch basique, on retrouve bien là le grand classique américain à savoir un héros qui va sauver une demoiselle en détresse avec l'aide de son fidèle compagnon. Traditionnel certes mais toujours aussi efficace. De même, et c'est également une marque du cinéma américain, l'opposition entre le bien et le mal, les gentils et les méchants est clairement posée tout au long du film.
 
Outre ces aspects, il est clair que cette production est mise en valeur par la qualité de ces acteurs avec un casting haut en couleurs, si je puis dire. Les personnages principaux, à savoir King Schultz (Christoph Waltz) Django (Jamie Foxx) et Calvin Candie (Léonardo Di Caprio) sont tout simplement géniaux, à la fois dans leurs caractéristiques propres et leur interprétation. Sans oublier bien sûr le fidèle Steven campé par le célèbre Samuel L. Jackson.
 
Par ailleurs, il faut noter l'importance accordée à la musique par Tarantino. Musique qui rappelle indéniablement les westerns dont le réalisateur a voulu s'inspirer. Et prépondérance également de l'humour distillé par petites touches tout au long de l'intrigue qui permet de prendre du recul et de dédramatiser et de tourner à la dérision certains personnages et situations. Je pense notamment à la scène des cagoules lors de l'attaque des hommes du Ku Klux Klan.
 
Pour en finir avec l'aspect artistique, je soulignerais la violence du film. Il s'agit certes d'une marque de fabrique de Tarantino (cf Inglorious Basterds ou Kill Bill par exemple) mais certaines scènes peuvent malgré tout être assez choquantes, en particulier du fait de leur réalisme. Personnellement, ce n'est pas tant la violence physique qui m'a mis mal à l'aise par moment mais plutôt la "violence "psychologique et verbale" qui existe entre les différents protagonistes et en particulier entre les blancs et les noirs.
 
Mais si Django Unchained est plus qu'un bon film c'est, je crois, notamment en raison du thème qu'il aborde et du contexte particulier dans lequel les personnages évoluent. En effet, l'histoire de déroule en 1858 aux Etats-Unis quelques années seulement avant la guerre de Sécession. C'est donc dans une période noire des Etats-Unis, durant les années d'esclavage que se situe l'intrigue. Du fait de cet environnement, le film oblige donc d'une certaine manière à réfléchir sur l'esclavage et l'égalité entre les Hommes.
 
Le parti pris de Tarantino est on ne peut plus explicite du début à la fin. De fait, la plupart des personnages blancs sont assez primaires avec une intelligence clairement limitée et sont souvent tournés en dérision. De plus, le personnage du docteur Schultz, lui aussi blanc, incarne une sorte de conscience qui cherche à tempérer les ardeurs des esclavagistes.
Cela étant, Quentin Tarantino entend rappeler la terrible réalité de l’esclavage : châtiments corporels, travail dans les champs … Si celui-ci était très répandu à l'époque et a permis un enrichissement de nombreuses nations, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une pratique d'asservissement et de soumission d'un être humain sur la seule base de sa couleur de peau.
 
Si l'action se déroulait à la fin du XIXème siècle, je crois malgré tout que des parallèles peuvent être faits avec des périodes plus proches de nous, et en particulier la seconde guerre mondiale. Je prendrais notamment deux exemples pour illustrer cela.
En premier lieu, et la scène du repas dans la maison de Calvin Candie l'éclaire à merveille, Calvin Candie (Léonardo Di Caprio) explique à ses hôtes la supériorité de l'Homme blanc en se justifiant avec des données scientifiques et notamment la constitution du cerveau. En somme, les blancs exploitaient les noirs car il s'agissait d'êtres inférieurs avec une intelligence moins développée et une soumission plus forte. C'est ainsi avec ce genre de propos qu'Hitler et l'Allemagne Nazie ont réussi à exterminer des millions de juifs dans les années 1940.
Ensuite, et c'est peut-être plus discutable, je pense que le "comportement zélé" de certains esclaves peut être rapproché de celui des collabos sous l'occupation. Ainsi, Steven (Samuel L. Jackson) le majordome était d'une grande fidélité envers son maître et n'a pas hésité à dénoncer sa camarade d'infortune dans l'unique but de plaire à son propriétaire. Comme une partie des Français à l'époque, cet homme est allé au-delà des attentes de son maître au risque de trahir les siens.  Si cela est difficilement compréhensible sur le plan moral, on peut toutefois penser que ces comportements s'expliquent par une volonté (légitime) d'améliorer leur sort en s'attirant les faveurs du tyran.
 
Mais au-delà de la seconde guerre mondiale, des ressemblances existent avec l'ensemble des conflits où un peuple est opprimé par un autre. Dans l'Histoire du monde, les situations de domination ont été multiples et existent encore aujourd'hui. Quelles que soient les régions et les époques, les despotes ont toujours une bonne raison de faire régner la peur et la violence. Et ce jusqu'à ce qu'un soulèvement populaire massif permette d'inverser la tendance.
Aujourd'hui, dans notre monde moderne et "civilisé", l'esclavage existe malheureusement toujours. Celui-ci ne se présente plus sous la même forme de manière aussi ouverte mais les situations d'asservissement d'un individu par un autre sont encore légions, que ce soit en France ou à l'étranger. Et comme à l'époque l'objectif reste le même : exploiter la misère humaine pour s'enrichir toujours plus.
 
Plus que l'esclavage en tant que tel, le film de Tarantino conduit à s'interroger sur le respect de chacun et l'égalité entre les Hommes. Dans cette histoire, les noirs sont maltraités et dévalorisés en raison de leur seule couleur de peau. Par chance, les choses ont évolué dans le bon sens depuis mais il existe encore trop de comportements intolérables dans notre société. Alors bien sûr l'égalité parfaite n'existe pas et chaque personne est (heureusement) différente. Pour autant, les Hommes, quelles que soient leur couleur, leur origine ou leur ethnie, se ressemblent malgré justement leurs disparités. Et plutôt que d'exacerber ce qui nous éloigne, il serait préférable pour le bien de tous de chercher à valoriser ce qui nous rapproche. Et c'est là l'essence même de la Nation que de rassembler des gens différents autour de valeurs communes et dans un dessein collectif.
 
Juger l'autre fait partie intégrante de la nature humaine et chacun y est confronté au quotidien. Mais il faut, je crois, savoir dépasser ces a priori pour voir plus loin que le seul aspect physique.
 
En 2007, durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait pour slogan : "ensemble tout devient possible". C'est bien évidemment lui qui avait raison et cette phrase est indéniablement toujours d'actualité. Or en ces temps difficiles où la crise fait rage, il est bien plus facile de se replier sur soi-même et de rester avec ses semblables dans une forme confortable de communautarisme. Malgré tout, cela ne conduira en rien à résoudre les problèmes mais au contraire à les accentuer.
Si l'union fait la force, certains ont bien compris que diviser permet de mieux régner. Et ils n'hésitent donc pas à mettre de l'huile sur le feu, quitte à embraser le pays, en jouant sur les peurs et les angoisses. Rentrer dans leur jeu serait la pire des choses et conduirait irrémédiablement à une remise en cause de la cohésion nationale.
 
"L'Homme est un loup pour l'Homme" disait Thomas Hobbes. Cela était vrai au temps de la citation mais cela l'est encore plus aujourd'hui que l'argent, la finance et l'économie sont devenus l'alpha et l'oméga de nos civilisations. C'est généralement dans l'adversité que naissent les plus belles idées. Or c'est dans un tel moment que nous nous trouvons actuellement. Tâchons donc de rester unis en nous serrant les coudes les uns les autres afin de sortir de la tempête plutôt que de nous tirer dans les pattes pour de futiles raisons.

lundi 28 janvier 2013

Retour sur l'actualité

Durant ces quelques semaines d'absence, bien des sujets ont alimenté l'actualité. Aujourd'hui ce sont cinq thèmes que j'ai décidé d'aborder.
 
- Oui Gérard tu es un minable !
Je ne ferai à personne l'affront de faire un rappel des faits tant cette polémique a fait les choux gras des médias. Entre les pros et les antis Depardieu, la bataille a été terrible et chaque camp s'est largement répandu dans la presse. Outre les politiques, on a vu poindre, à regret selon moi, un réflexe de caste de la part du monde du cinéma où acteurs et autres comédiens ont avancé les arguments les plus pauvres jamais entendus. Pensez donc, il ne faut pas attaquer le pauvre Gérard, ivrogne à ses heures perdues, car c'est un mythe, un monstre sacré du cinéma. Faible argumentation en réalité qui conduit à amnistier une personne pour la seule et unique raison qu'il s'agit d'une célébrité.
Parallèlement à cela, je trouve malheureux voire même pathétique ou même minable (n'est-ce pas Jean-Marc) le comportement adopté par ce cher Gérard. S'abaisser à vanter les mérites de la Russie et faire la promotion de ses qualités démocratiques uniquement pour des considérations fiscales, il faut quand même le faire. Pour moi, et beaucoup d'autres de nos concitoyens d'ailleurs, Gérard Depardieu est un minable qui tourne le dos au pays qui a fait de lui ce qu'il est aujourd'hui. Gégé ferait donc bien de ne pas oublier tout ce que la France et les Français ont fait pour lui.
Sur un plan plus politique, je regrette également que cette droite du fric ait pris la défense d'un exilé fiscal. Mais cela aura toutefois eu le mérite de révéler les réelles convictions de Copé, Fillon et consorts. Pour finir, je rappellerai simplement que toute cette histoire n'aurait jamais eu lieu s'il existait dans notre pays un impôt sur la nationalité qui ferait abstraction du lieu de résidence …
 
- Hollande, un président normal en Nord-Mali
Voila donc plus d'une semaine que la France est militairement engagée dans le conflit au Mali. Cette intervention a fait l'objet d'un quasi consensus à l'exception de quelques uns (Mélenchon, Villepin …) et c'est une bonne chose. Car François Hollande a ordonné, à juste titre, l'envoi de nos troupes pour assister un pays souverain qui nous en a fait la demande. Il aurait été incompréhensible de ne pas venir en aide à une nation menacée par des terroristes et des rebelles. La guerre a certes un coût mais le sujet est trop stratégique pour se limiter à la seule vision comptable. A l'inverse, je crois qu'il faut donner à nos soldats les moyens tactiques de mener à bien leur mission.
Aujourd'hui l'armée malienne appuyée par les soldats français progresse de manière significative face aux rebelles. Et l'arrivée prochaine des troupes envoyées par les autres nations africaines devraient permettre d'accélérer la reprise du contrôle total du pays par le gouvernement malien. Je suis toutefois surpris de constater que notre pays se retrouve seul aux côtés des forces africaines. Je regrette profondément que nos "alliés" américains et européens, Allemagne en tête, n'aient pas daignés participer à cette opération. Et cela d'autant plus que le Sahel est une zone stratégique qui intéresse une grande partie du monde. Espérons que la récente prise d'otages sur un site pétrolier, qui s'est malheureusement soldée par de nombreux morts et blessés, incite d'autres nations à s'engager à nos côtés. Je pense notamment à l'Algérie qui est concernée au premier plan par ce conflit.
 
- FMI : une erreur de calcul qui coûte cher !
A première vue on pourrait penser à un canular, une blague pas drôle mais nous sommes en janvier et non pas en avril. Il s'agit donc bel et bien de la réalité. La semaine dernière, un économiste en chef du FMI a annoncé s'être trompé dans leurs prévisions économiques en raison d'une erreur de calcul. En fait, il apparaît que les hypothèses retenues étaient mauvaises et que le modèle de calcul s'est donc révélé complètement faux.
L'erreur, ou plus vraisemblablement la faute, est liée à l'utilisation du multiplicateur. Il s'agit d'un paramètre économique qui permet de prévoir les conséquences sur la croissance de certaines actions publiques. Jusqu'à présent, le multiplicateur était de 0,5, c'est-à-dire que pour un point de hausse d'impôt ou de baisse des dépenses publiques, l'impact sur la croissance est de - 0,5. L'ensemble des modèles de prévisions étaient donc basés sur cette hypothèse et ont servi de base à la mise en œuvre des plans d'austérité en Europe et notamment en Grèce.
Malheureusement pour les peuples, les pontes du FMI n'ont pas actualisé leur modèle afin de tenir compte du contexte de crise mondiale et d'interdépendance entre les économies. Ce n'est donc que très récemment que ces économistes se sont aperçus que le multiplicateur n'était pas de 0,5 mais variait en réalité entre 0,9 et 1,7 soit deux à trois fois plus qu'envisagé.
Cette affaire pourrait prêter à sourire si les conséquences de cette erreur n'étaient pas aussi dramatiques pour les peuples du monde entier. Car ce sont finalement bien eux qui ont subi les effets de ces plans de rigueur à répétition. Par chance, le FMI a reconnu son erreur et semble revenir sur sa politique de "tout austérité". En revanche, les dirigeants européens, commission européenne en tête, ne prennent visiblement pas le même chemin et perdurent malgré les avertissements de plusieurs prix Nobel d'économie dans la voie de la rigueur de masse.
Comme disait Albert Einstein, "ce n'est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu'il faut espérer les résoudre". En conséquence, plus que d'alternance c'est d'une vraie alternative dont le pays a besoin. A la fois alternative politique sans le PS ni l'UMP mais également alternative économique avec une remise en cause du système actuel et un changement de paradigme.
 
- Taxe à 75 % : amateurisme ou coup fourré ?
Annoncée à la surprise de tous durant la campagne présidentielle, la taxe exceptionnelle à 75 % a finalement été retoquée par le conseil constitutionnel. En cause, le non respect du principe d'égalité devant l'impôt du fait d'une taxation au niveau de l'individu et non du foyer fiscal.
Cette "erreur" pose clairement des questions. En effet, comment peut-on imaginer que les services de Bercy aient commis une bourde aussi grossière, digne d'un débutant ? Difficilement en réalité. Et c'est pourquoi une autre interprétation est possible. A savoir une faute volontaire conduisant à un rejet inévitable à la demande du pouvoir. Le tout évidemment afin de se dépêtrer de cette annonce faite visiblement à la va-vite et sans concertation préalable. Mais quel qu'en soit le motif, il est tout à fait anormal que ce dispositif ne soit pas passé et il faut espérer, ce qui ne semble pas le cas pour le moment, qu'une réelle alternative soit présentée.
Cela étant, la polémique autour de ce taux, rappelons-le marginal, pose plus largement la question de la réforme fiscale de grande ampleur promise par François Hollande. Pour l'heure, et comme cela était prévisible, il n'en est rien. Seule cette proposition a été suivie d'actes qui, même en cas de validation, auraient été anecdotiques de par son caractère temporaire et trop sélectif. Cela relevait donc davantage du symbole que de la réelle mesure fiscale.
Pour autant, il est indéniable qu'une remise à plat de notre système d'imposition est aujourd'hui impérative, à la fois pour plus de justice et d'équité mais également afin de redonner à l'Etat et aux collectivités les moyens d'agir. La fiscalité doit être l'arme de prédilection de la puissance publique afin de servir sa politique en orientant ou en décourageant les comportements individuels.
S'agissant de l'impôt sur le revenu, dont il est question ici, je crois que deux actions correctives doivent être mises en œuvre à court terme. La première est de rétablir une réelle progressivité de l'impôt en augmentant le nombre de tranches, aujourd'hui au nombre de cinq, et donc par la même occasion en relevant le taux marginal maximum afin justement de taxer plus ceux qui ont le plus. On pourrait ainsi imaginer que le taux à 75 % prenne cette place au lieu de n'être qu'une mesure transitoire. La deuxième, et je me répète encore une fois, est d'instaurer un impôt sur la nationalité en prenant comme modèle le système américain. Outre une hausse des rentrées fiscales, cela permettrait de lutter contre l'exil fiscal. François Hollande et Nicolas Sarkozy l'ont mentionné durant la campagne. Il est donc temps de passer de la parole aux actes.

vendredi 25 janvier 2013

Un accord tout bénef pour le Medef !

Cela faisait maintenant plus d'un mois que je n'avais pas écrit un article sur ce blog. Lors de ma dernière publication, je pensais, et avais annoncé, reprendre un rythme d'écriture plus régulier mais ce ne fut visiblement pas le cas. Pas de panne d'inspiration cette fois-ci tant les sujets d'actualité pullulent ces dernières semaines mais plutôt un manque cruel de temps. De fait, mon nouveau travail et mon nouveau logement accaparent une grande partie de mes journées, ne me laissant que peu de répit pour écrire.
 
Mais cessons de nous égarer pour en venir à ce qui nous occupe aujourd'hui, à savoir l'accord sur la sécurisation de l'emploi signé récemment entre les partenaires sociaux. Pour beaucoup ces négociations ont été un succès et constituent une avancée sociale historique pour le pays, tant sur le fond que sur la forme. Les signataires (Medef et CFDT notamment) ainsi que le gouvernement s'en sont d'ailleurs allégrement félicités.
 
Pour autant, il apparaît clairement que la portée de cet accord n'est pas si importante qu'on voudrait nous le faire croire. Là encore, qu'il s'agisse de son contenu même ou des conditions de sa signature. Dans l'absolu, l'idée d'associer les partenaires sociaux pour les questions de droit du travail est intéressante. Et cela traduit bien le côté social-démocrate de François Hollande. En revanche, je crois que l'Etat ne doit pas se désengager entièrement de ce processus comme ce fut le cas. En fervent défenseur de l'Etat interventionniste, je pense au contraire que c'est au gouvernement d'impulser les évolutions de législation, tout en y associant les syndicats.
 
Le cas précis de la conclusion de cet accord montre bien les limites de ce système. En effet, seules la CFDT, la CGC et la CFTC ont signé, FO et la CGT refusant de valider le document final. On peut alors s'interroger sur la légitimité de l'accord dès lors que deux des plus puissants syndicats du pays ne le valident pas. Sans parler du fait que certaines centrales (SUD, UNSA) n'étaient même pas associées au processus.
 
S'agissant du fond, c'est-à-dire des mesures adoptées, on remarque là encore que qualifier cet accord d'historique est loin d'être justifié. Il n'y a qu'à regarder dans le détail pour s'en rendre compte. Ce que nous allons bien évidemment faire.
 
Commençons tout d'abord par les efforts concédés par le patronat. En premier lieu, et c'est certes un progrès, on peut constater une hausse des cotisations chômage sur les contrats courts (+ 3 points pour les contrats inférieurs à un mois et + 0,5 à 1,5 points pour les contrats compris respectivement entre un et trois mois et supérieurs à trois mois). A priori, il s'agit là d'une bonne mesure. Pour autant, il faut reconnaître que ces hausses sont marginales et surtout il est important de relever que ce dispositif concerne uniquement les CDD et exclut donc de fait l'intérim. Bref, ce n'est qu'un leurre qui ne limitera en rien le recours aux contrats précaires.
Ensuite, l'accord instaure la mise en place de droits chômage rechargeables. Autrement dit, le salarié pourra conserver le reliquat de ses droits non utilisés en cas de reprises d'activité. Outre le fait que le salarié a cotisé pour obtenir ses droits, il apparait que les patrons concèdent ici un point qui ne les concerne que de manière lointaine dans la mesure où cela ne les impactera pas directement. De fait, ce sont bien les caisses chômage qui financeront cette mesure et non la trésorerie des entreprises.
Enfin, il faut malgré tout souligner la volonté de généraliser les complémentaires santé à des salariés qui en sont aujourd'hui exclus. Nuançons toutefois cela en rappelant que l'employeur ne financera que la moitié du coût, l'autre étant à la charge de l'assuré.
 
Et du côté salarié alors ? Et bien là les concessions sont nettement plus importantes et ne relèvent pas de la symbolique. Bien au contraire les conséquences seront visibles, et probablement à (très) court terme au vu de la situation économique de notre pays. Deux points ont ainsi particulièrement retenu mon attention.
Le premier concerne les "accords de maintien de l'emploi". Pour résumé, cela consiste à imposer demander aux salariés une baisse de salaire et/ou une augmentation du temps de travail pour une durée maximale de deux ans en cas de difficulté pour l'entreprise. En réalité il s'agit, ni plus ni moins, de légaliser le chantage à l'emploi mené actuellement par de nombreuses entreprises (Renault …). Gageons d'ailleurs que le recours à ce dispositif sera massif dans les prochains mois.
Dans la droite lignée du premier point, et satisfaisant ainsi la volonté de dérégulation du Medef, la seconde mesure accorde aux entreprises une plus grande souplesse dans les licenciements, notamment collectifs, par la réduction de certains délais légaux (durée de contestation d'un licenciement ...).
 
Au vu de ces éléments, et contrairement à ce que disent certains, il apparaît clairement que le Medef est le grand vainqueur de cette négociation. En effet, celui-ci a obtenu d'importantes concessions, demandées de longue date, de la part des syndicats et n'a cédé, de son côté, que de manière anecdotique. On peut donc se féliciter que FO et la CGT aient refusé de signer et, à l'inverse, que les autres organisations syndicales se soient une nouvelle fois couchées devant le patronat.
 
Sous couvert de compétitivité, mot à la mode du XXIème siècle, cet accord se révèle être finalement une nouvelle attaque contre le droit du travail qui conduit à davantage de flexibilité pour les entreprises, c'est-à-dire plus de précarité pour les salariés.
Cela montre une fois de plus qu'employeurs et salariés ne sont clairement pas sur un pied d'égalité. Ces dernières années les négociations ont très souvent, pour ne pas dire toujours, tourné à l'avantage du patronat, aidé en ce sens par les gouvernements successifs de droite et en particulier sous la présidence de Nicolas Sarkozy.
Si le dialogue est généralement préférable, il ne faut pas oublier que dans notre pays les plus grandes avancées sociales ont été obtenues par la lutte et le combat, pas par la discussion. Plutôt que les vaines tractations c'est donc un rapport de force qu'il faut engager aujourd'hui. La lutte des classes n'est clairement pas terminée et tend au contraire à revenir au premier plan. Bien naïfs sont ceux qui ne veulent pas le voir ...

vendredi 14 décembre 2012

Ne sacrifions pas le social sur l’autel du sociétal !

Après quelques jours voire semaines d’absence, c’est avec une joie certaine que Tomgu se remet à l’écriture. Depuis quelques temps maintenant, l’actualité est principalement monopolisée par le combat égotique à l’UMP et la question du "mariage pour tous". Pour autant, bien d'autres thèmes nettement plus importants mériteraient d'être abordés. Il en est ainsi de l'affaire Florange. Reconnaissons, malgré tout, que le sujet a été parfois traité mais de manière superficielle, et souvent sous un angle de politique politicienne avec la rivalité Ayrault/Montebourg. 

Alors à qui la faute ? Les médias ? Assurément. Les citoyens ? Très probablement.
Mais ceux-ci ne sont pas les seuls responsables dans cette histoire. De fait, il serait bien trop facile de dédouaner notre classe politique. Car c'est bien elle qui est, finalement, à l'origine de ce traitement médiatique. En effet, c'est elle qui alimente la presse de ces petites phrases ou ces affrontements de cour de récréation.

 
Dès lors, il ne faut donc pas s'étonner de retrouver ces éléments dans la presse. Et cela d'autant plus que le premier des Français, notre cher président de la République François Hollande n'hésite pas à poursuivre allégrement dans cette voie. N'est-ce pas lui qui souffle le chaud et le froid sur la question du mariage homosexuel ? N'est-ce pas lui qui parle de "liberté de conscience" ou de procréation médicalement assistée (PMA), généralement pour revenir aussi sec sur ses propos ?
 
Depuis le début de son mandat, François Hollande, notamment par la voix de son premier ministre Jean-Marc Ayrault, cherche grandement à mettre en avant les thèmes sociétaux. Le mariage gay fait évidemment la course en tête mais il ne faut pas pour autant oublier le droit de vote des étrangers ou l'euthanasie. Il s'agit certes de promesse de campagne mais ce ne sont pas, pour moi, des sujets prioritaires au vu de notre situation économique. En outre, il ne me semble pas forcément pertinent de mettre sur la table des questions plus que clivantes alors même que notre pays aurait davantage besoin d'union nationale.
 
Pour autant, il est clair que ce comportement s'inscrit dans une stratégie politique plus large qui vise à sauver les meubles. En effet, cela permet d'une part de serrer les rangs à gauche autour de thèmes fédérateurs et donc de chercher à mettre en sourdine les critiques de ses partenaires. Mais aussi et surtout, d'autre part, à détourner l'attention des Français, à agir tel un miroir aux alouettes pour justement ne pas parler de choses qui fâchent.
 
Et c'est bien là tout le problème de ce gouvernement. Car rien n'est pire que de cacher la poussière sous le tapis comme dirait Nicolas Sarkozy. Or, d'une certaine manière, c'est ce que fait Jean-Marc Ayrault et son équipe en agissant de manière détournée et dissimulée. Je pense notamment au cas de Florange mais également au traité européen de stabilité (TSCG). Comme son prédécesseur, Hollande fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
 
Pire encore, le président "socialiste" semble avoir définitivement fait une croix sur certains de ses discours de campagne, et en particulier sur celui du Bourget. Avec un adversaire comme François Hollande, la finance a encore de beaux jours devant elle ! Il n'y a qu'à voir les récentes prises de position face à Mittal pour s'en rendre compte.
 
Certains disent qu'Hollande et Sarkozy mènent la même politique. A l'inverse, d'autres estiment que les deux hommes n'ont rien à voir. Personnellement, je me méfie des jugements des commentateurs politiques et préfère m'appuyer sur les faits pour me faire ma propre opinion.
Pour ce qui est de la politique économique et sociale de notre pays, il s'avère en effet que de grandes ressemblances existent : soumission à Bruxelles, soutien aveugle à l'euro, aplatissement devant Mittal, refus du protectionnisme, réduction massive des dépenses publiques … Concédons toutefois au président actuel quelques mesures sociales en début de mandat qui, si elles ont le mérite d'exister, sont beaucoup trop faiblardes : micro pichenette au SMIC, hausse de l'allocation rentrée scolaire …


En somme, Hollande s'inscrit dans le même logiciel de pensée économique que son prédécesseur. Ce n'est donc pas de si tôt, à mon grand désespoir, que nous reverrons un retour en grâce des politiques keynésiennes au sommet de l'Etat. Pour l'heure, les sujets sociaux (emploi, retraites, pouvoir d'achat …) sont donc mis de côté ou alors traités à la petite semaine alors même qu'ils devraient faire l'objet de toutes les attentions. Gageons toutefois que la rue saura rappeler bien vite à nos dirigeants quelles sont les priorités pour aujourd'hui et demain. Mais cela suppose que nos concitoyens sortent de la léthargie dans laquelle politiques et médias les ont plongés.  Bref, le changement ce n'est vraiment pas pour maintenant …