lundi 8 août 2016

"L'ère du peuple" de Jean-Luc Mélenchon

Nouveau volet dans la série de mes lectures d'été après le dernier ouvrage de Nicolas Dupont-Aignan. Il s'agit aujourd'hui d'un livre de Jean-Luc Mélenchon datant de 2014 et intitulé "l'ère du peuple".

Je n'ai jamais caché l'admiration que j'ai pour les qualités de tribun du leader du Parti de Gauche (PG) ni certaines convergences de point de vue que je peux avoir avec lui, en particulier sur l'europe. Appréciant en outre le style de l'auteur, j'étais quelque peu impatient d'attaquer la lecture de cet essai. La joie fut malheureusement de courte durée tant j'ai eu du mal à me plonger dans ce nouvel opus auquel je n'ai d'ailleurs jamais réellement accroché.

Si j'avais particulièrement aimé "le hareng de Bismarck", je ne peux pas en dire autant de celui-ci. Alors que le premier était incisif, tranchant, "l'ère du peuple" me parait nettement plus apathique et clairement moins savoureux. Mais plus que le fond, certes moins fourni à mon sens, c'est la forme qui m'a davantage gênée avec la multiplication de réflexions parfois complexes, peu concrètes voire totalement abstraites sur le nombre ou le temps par exemple. Évoluant régulièrement à la frontière de la pensée philosophique et manquant de structuration, je n'ai pas retrouvé les éléments que j'attends d'un essai politique.
Cela étant, et en faisant abstraction de ces aspects, je dois reconnaitre que ce livre reprend malgré tout la majorité des thématiques chères à l'auteur.

Fervent opposant à François Hollande, Mélenchon ne pouvait évidemment pas ne pas évoquer son adversaire favori. S'il considère que le président de la République a trahi ses promesses de campagne, il estime pour autant que la simple critique du pouvoir en place n'est pas suffisante et qu'il faut chercher à développer une alternative. Alternative qui proviendrait selon lui d'un sursaut du peuple et non de la classe dirigeante dont il ne faudrait rien attendre.
Mélenchon rappelle d'ailleurs qu'en 2012 les Français n'ont pas voté pour François Hollande mais plutôt contre Nicolas Sarkozy et sa politique. Je le rejoins effectivement sur ce point bien que cette tentative ait finalement échoué dans la mesure où on ne peut que constater une certaine continuité entre les deux présidents successifs, en particulier en matière économique et de politique étrangère. S'agissant de ce dernier aspect, nul ne pourra sincèrement évoquer de réel changement, surtout vis-à-vis de l'Allemagne où nous sommes passés de Merkozy à Merkhollande lorsque l'ancien premier secrétaire du PS a enterré sa promesse de renégocier les traités européens.

La transition avec un thème également abordé est ainsi toute trouvée. L'europe et l'union européenne figurent évidemment en bonne place dans cet ouvrage où on retrouve les critiques certes habituelles et récurrentes mais qui restent malheureusement toujours d'actualité. Échec de l'euro fort, domination de l'Allemagne, condamnation des politiques d'austérité et du dogme de la concurrence libre et non faussée, voilà les principales thématiques qui sont traitées.
Sans oublier évidemment la dénonciation du futur traité de libre-échange actuellement en cours de négociation entre l'union européenne et les États-Unis (TAFTA). Mélenchon profite également de ce passage pour adresser une charge virulente au pays de l'oncle Sam en vilipendant leur hégémonie militaire, monétaire et commerciale.
Si j'adhère évidemment à l'ensemble de ces propos, je regrette que la question du protectionnisme, sujet pourtant majeur à mon sens, ne soit que très peu évoquée (seulement quelques lignes). Jean-Luc Mélenchon semble toutefois avoir évolué sur le sujet depuis la parution de son livre (2014) puisque cette problématique revient régulièrement dans ses discours de campagne pour la présidentielle de 2017.

Autre thème de prédilection, très (trop ?) longuement traité dans ce livre : l'écologie et en particulier les problématiques liées à la mer. Plus d'une vingtaine de pages y sont ainsi consacrées et on sent indéniablement que l'auteur est fortement engagé sur les questions environnementales.
Pour lui, les mers et les zones maritimes revêtent des enjeux considérables pour les nations, notamment en raison de leurs sous-sols du fait de la présence d'hydrocarbures. Avec 18 000 kms de côtes et 11 millions de m² d'espaces maritimes, la France est ainsi le deuxième territoire maritime après les États-Unis. Pour autant, il estime que le gouvernement n'a pas pris la mesure de cet avantage concurrentiel et commet une grave erreur en baissant le budget alloué à la mer. Mélenchon reconnait que la mer est certes une opportunité mais qu'elle constitue aussi une menace en raison de la hausse du niveau des eaux (+ 50 cm d'ici 2050 et + 1,40 m d'ici 2100). Deux cent millions de personnes seraient à déplacer d'où des risques importants de conflits entre pays ou de guerres civiles ainsi que des vagues de migration conséquentes à venir.

Toujours dans le même ordre d'idées, le leader du PG aborde la question de la croissance de la population mondiale. Aucune réelle prise de position sur le sujet car ce sont davantage les conséquences de ce phénomène qui sont traitées. De manière logique, l'augmentation de la population requiert davantage de ressources, de denrées alimentaires, de terres, de logements et accroît parallèlement la pollution et l'empreinte de l'Homme sur la planète.
Si cette problématique de croissance exponentielle de l'humanité n'est pas pour l'heure au cœur des débats, elle constitue pour autant un enjeu fondamental des années à venir tant elle a et aura plus encore dans le futur des impacts sur nos vies. Car il faudra évidemment réussir à nourrir, loger et fournir du travail à ces nouveaux habitants. En sommes-nous capables ? Notre planète pourra-t-elle le supporter ? Quelles que soient les réponses, il faut se préparer aujourd'hui pour réussir à y faire face demain.

Comment terminer cet article sans parler du projet constitutionnel du candidat à la présidentielle ? Aucune nouveauté dans ces derniers chapitres du livre pour celui qui connait quelque peu l'auteur. Mélenchon y réaffirme ainsi la nécessité d'élire une assemblée constituante visant à instaurer une sixième République et par la même, selon l'auteur, un pouvoir du peuple.
Me reconnaissant dans le doctrine gaulliste et considérant que les institutions de la cinquième ont fait preuve de leur résistance et de leur adaptabilité malgré toutes les réformes successives, je dois reconnaitre être plus que sceptique sur cette proposition. Malgré les louanges chantées par ses partisans, je suis loin d'être convaincu que ce changement de République permettrait de venir à bout de tous les maux de notre société. Pour moi, ce ne sont pas les institutions qui posent problème mais plutôt l'usage qui en est fait par nos dirigeants. Si nous ne commençons pas par renouveler cette classe politique rien ne changera vraiment et la 6ème connaîtra rapidement les mêmes dévoiements que la 5ème.
En revanche, toujours en matière d'institutions, il est une proposition de Mélenchon à laquelle je souscris totalement. Il s'agit de l'instauration du référendum révocatoire, c’est-à-dire la possibilité pour les électeurs de voter pour la destitution d'un élu. Si cette mesure nécessite d'être discutée, en particulier pour ce qui est de ses conditions de mise en œuvre, je crois qu'elle va indéniablement dans le bon sens en remettant en cause la toute-puissance des dirigeants entre deux scrutins. Elle permet notamment de rappeler à chacun que l'élection n'est pas un blanc-seing donnant tout pouvoir à celui qui la remporte. Clairement dans l'air du temps, cette proposition permettra également de réduire le fossé grandissant entre dirigeants et population comme cela peut-être le cas pour les référendums qu'ils soient locaux ou nationaux.

En intitulant son livre "l'ère du peuple" Jean-Luc Mélenchon annonce d'entrée de jeu la couleur. Comme lui je pense que le peuple doit revenir au cœur des débats et reprendre la place qu'on lui a longtemps confisquée. Le XXIème siècle sera indéniablement le siècle d'un retour en force du peuple comme nous pouvons le voir actuellement par-delà le monde. Cette expression populaire, quoi qu'en dise certains, ne pourra se faire que dans le cadre des nations. Souveraineté nationale et souveraineté populaire voilà deux notions avec lesquelles vont devoir composer nos dirigeants. Et cela, qu'ils le veuillent ou non …

mardi 26 juillet 2016

L'unité nationale au service de la censure ?

Plus d'une semaine après les attentats du 14 juillet à Nice, ces terribles évènements occupent toujours une place importante dans l'actualité. Je tenais d'ailleurs à exprimer ici mon total soutien aux victimes et à leurs familles. J'ai également une pensée pour les forces de l'ordre et les équipes de secours qui étaient sur le terrain ce soir là et qui ont fait face à ces scènes d'horreur.

Près de dix jours plus tard, notre pays est encore sous le choc de ce massacre. Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement alors que les attaques terroristes se multiplient ces derniers jours (France, Allemagne, États-Unis, Afghanistan …) ?
Après Paris meurtrie par deux fois en janvier et novembre 2015, c'est cette fois-ci Nice qui se trouve attaquée en ce mois de juillet 2016. Par trois fois notre nation a subi le courroux de terroristes islamistes, conduisant à la mort tragique de plusieurs dizaines de personnes.

Après chacune de ces attaques, notre peuple a su globalement rester digne et a fait preuve de compassion et de résilience. Pour autant, cette capacité de résilience s'amenuise peu à peu et tend à s'ébranler sous les coups des fanatiques en tout genre. L'esprit de communion du 11 janvier 2015 disparaît progressivement pour laisser place à un esprit critique, tout aussi légitime. Et on voit poindre ici et là des demandes d'explications, des demandes d'actions.

Bien évidemment le temps du deuil doit être respecté. Par égard pour les victimes, par respect pour les familles. Bien sûr que notre pays doit rester uni face au terrorisme car nous diviser reviendrait à donner raison à nos assaillants. Et pourtant …
Quoi de plus normal que de s'interroger sur ces attentats ? Comment ne pas questionner les autorités sur les mesures mises en œuvre ou non suite aux précédents massacres ?

Le gouvernement a beau rôle d'invoquer l'unité nationale pour faire taire ses détracteurs. Évidemment que certains membres de l'opposition surfent sur ces évènements de manière totalement électoraliste en perspective de la primaire de novembre. Indéniablement que certains politicards tombent dans la caricature, l'amalgame et la démesure. Nul ne saurait le contester. Et pourtant …
Faudrait-il alors passer sous silence les manquements de ce gouvernement ? Devrait-on cesser toute critique des politiques menées et qui se sont avérées insuffisantes ? Clairement pas. Car ce ne serait pas digne de notre pays, ce ne serait pas le signe d'une démocratie en bonne santé.

L'unité nationale ce n'est pas de fermer les yeux sur ce qui se passe.
L'unité nationale ce n'est pas de donner blanc seing à nos dirigeants.
L'unité nationale ce n'est pas de censurer la parole du peuple.

Tout au contraire !

L'unité nationale c'est de dire la vérité aux Français et de nommer le mal qui nous assaille.
L'unité nationale c'est de lutter ensemble contre le terrorisme islamiste.
L'unité nationale c'est de dépasser les clivages partisans pour œuvrer dans un esprit de concorde.

L'heure est bien trop grave et les enjeux bien trop importants pour perdre du temps avec la politique politicienne. Plus que jamais nos dirigeants doivent prendre la mesure des menaces auxquelles notre pays est confronté. Espérons que François Hollande et son équipe ont bien conscience que l'ère du pédalo est révolue et que c'est bel et bien la tête du navire France qu'ils doivent prendre.

samedi 2 juillet 2016

Brexit : messieurs les anglais, tirez les premiers !

"Messieurs les anglais, tirez les premiers !". Telle fut rapportée par Voltaire la phrase vraisemblablement proférée par le comte d'Anterroches lors de la bataille de Fontenoy le 11 mai 1745. Si le contexte et le prononcé même de ces propos sont incertains, il est une chose qui est certaine depuis le 23 juin 2016 : les Britanniques sont les premiers à sortir de l'union européenne. 

Alors bien sûr certains diront que rien n'est encore fait et que le gouvernement n'a pas encore officiellement invoqué l'article 50 du traité de Lisbonne, véritable clause de retrait sous deux ans de l'organisation européenne. Il n'en reste pas moins que le référendum souhaité par David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni, a recueilli 51,89 % pour le Leave contre 48,11 % pour le Remain, consacrant ainsi la victoire du Brexit.

Anticipé ou non, souhaité ou redouté, ce désormais célèbre Brexit a largement fait parler de lui bien au-delà des seules frontières anglaises. Ce fut notamment le cas dans nos contrées où partisans et opposants au Brexit se sont largement exprimés dans la presse. Deux citations d'eurobéats con-vaincus m'ont particulièrement interpellé. Les voici :

"Le Brexit c'est la victoire des gens peu formés sur les gens éduqués" – Alain Minc
"Pour éviter l'effet de contagion, il faut que le départ soit douloureux" – Jean Quatremer

No comment comme diraient les anglais. Ces propos sont toutefois malheureusement représentatifs du courant de pensée dominant chez les élites bien pensantes qui nous gouvernement. Le peuple ne sait pas ce qui est bon pour lui donc autant ne pas lui demander son avis. Dans le cas contraire, et si par malchance la réponse à la question posée n'est pas celle attendue, alors on peut toujours ignorer le scrutin (référendum de 2005 en France et aux Pays-Bas) ou contraindre le peuple à un nouveau vote (référendum de 2001 et 2008 en Irlande). Une telle idée n'a d'ailleurs pas manqué de faire surface au travers d'une pétition (potentiellement truquée) quelques heures seulement après l'annonce des résultats. Cette europe a décidément des soucis avec la démocratie.

Grave problème avec la démocratie donc avec comme nous l'avons évoqué les précédents de référendums bafoués dans différents pays. Mais problème également avec le respect de la souveraineté des Etats et de leurs prérogatives. L'épisode grec avec le comportement on ne peut plus impérialiste de la Troïka en est le parfait exemple. Mais quoi de plus logique in fine que ces attaques contre la souveraineté dès lors que le projet européen actuel est d'aboutir à la mort des états-nations au profit d'un système fédéraliste. C'est du reste dans cet objectif que les souverainistes et autres eurosceptiques sont grimés en vulgaires nationalistes populistes adeptes du repli sur soi et assimilés à l'extrême-droite.

En ce sens la campagne de 2016 au Royaume-Uni  ressemble étrangement à celle de 2005 en France. Outre les caricatures et les menaces, les promesses de chaos se sont multipliées pour effrayer ceux qui seraient tentés de défier cette europe totalitaire. Pour autant, dans un cas comme dans l'autre, rien de tout cela ne s'est produit et aucune malédiction ou catastrophe en tout genre ne s'est abattue sur le continent. Seuls les adeptes du système en place se sont réveillés avec la gueule de bois pour notre plus grand plaisir.

L'histoire ne se répète pas dit-on. Et pour autant les promesses en matière européenne se suivent et se ressemblent. Que ce soit à droite ou à gauche, car ce débat transcende ces clivages partisans, ce sont toujours les mêmes incantations qui reviennent : une europe plus sociale, plus protectrice et plus démocratique. Voilà le triptyque qui est sans cesse ressassé comme pour s'en convaincre soi-même … sans que cela soit évidemment suivi d'effets.

Comment donc faire confiance à ces responsables politiques qui, malgré les différents rejets populaires, persistent dans l'erreur ? Alors que partout en europe les peuples refusent cette fuite en avant vers toujours plus d'intégration et que ceux-ci s'inquiètent de la dérive libérale et des cures d'austérité infligées, ces chers (dans les deux sens du terme) dirigeants européens n'ont aucun scrupule à ignorer et nier ces signaux invoquant le populisme à tout bout de champ. "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européen" disait Jean-Claude Juncker, le président de la commission européenne. Tout un programme en forme de bras d'honneur fait à tous ceux qui défendent une vraie alternative à cette europe supranationale qui se construit sans les peuples, pour ne pas dire contre les peuples.

De par sa position centrale et du fait de son Histoire, on pourrait s'attendre à ce que le sursaut vienne de la France et que notre pays prenne la tête d'une coalition visant à impulser une nouvelle dynamique autour des valeurs de démocratie et de souveraineté nationale. C'est pourtant tout le contraire qui est en train de se produire sous la conduite de François Hollande. Plutôt que d'aller à Londres pour évoquer l'avenir avec David Cameron, notre président, décidément pas à la hauteur des enjeux, a préféré se rendre à Berlin prendre ses ordres auprès d'Angela Merkel, bradant par la même occasion le peu d'indépendance qu'il nous restait.

Bien malin serait celui qui pourra prédire ce qu'il se passera dans les prochaines semaines et les prochains mois. Il est en revanche certain que les dirigeants européens feront leur maximum pour mener la vie dure aux Britanniques afin de dissuader les autres candidats potentiels. De même, et malgré les avertissements multiples et récurrents, il est clair que le système européen n'est pas prêt de changer. En effet, ce grand démocrate et adepte de la fraude fiscale qu'est Juncker a récemment indiqué que le CETA (le traité transatlantique - TAFTA - version Canada) ne serait pas soumis à l'approbation des parlements nationaux.

La question européenne est aujourd'hui au cœur de l'actualité. A gauche comme à droite, côté mondialistes/eurobéats comme côté souverainistes/eurosceptiques, chacun avance ses pions. Nouveau traité, référendum, Frexit …  Quelle que soit la solution proposée, il est indéniable que ce sujet sera un enjeu majeur de l'élection présidentielle de 2017 suscitant des débats animés et passionnées comme en 1992 et 2005. Espérons seulement que l'issue en sera différente !

mardi 21 juin 2016

Election municipales en Italie : 5 étoiles pour Rome et Turin

Après l'Autriche et avant l'Angleterre, c'est l'Italie qui était appelée aux urnes ce dimanche pour le second  tour des élections municipales. Le premier semestre 2016 aura donc été riche en votes au niveau européen.
Si chaque élection est bien évidemment différente avec des problématiques propres à chaque pays, on peut toutefois constater d'importants points de similitudes entre ces échéances. Ou en tout cas une certaine répétition dans les résultats.

Que voit-on finalement dans chacune de ces élections ?
Deux éléments sont à mon sens primordiaux et récurrents. D'une part, que ce soit en Espagne, en Italie ou en Autriche, on ne peut qu'observer un rejet plus ou moins massif des partis institutionnels. Droite et gauche de gouvernement sont remisés notamment au profit de mouvements dits citoyens (Podemos en Espagne, mouvement 5 étoiles en Italie) ou de formations d'extrême droite (FPO en Autriche).  

Cette lame de fond qui parcourt/balaie l'europe n'a pas épargné l'Italie comme l'ont prouvé les dernières élections municipales. Bien que marqué par une forte abstention, ce scrutin se révèle être à la fois une importante victoire pour le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo qui s'empare de Rome et Turin mais également une lourde défaite pour le PD (Parti Démocrate) du premier ministre Matteo Renzi qui se retrouve dans une situation de plus en délicate. Et ce n'est pas le référendum d'octobre sur la future réforme constitutionnelle qui risque d'arranger les choses dans la mesure où celui-ci a lié son sort à l'issue du scrutin.

Analyser uniquement ces élections municipales comme un refus de la ligne politique du gouvernement serait toutefois une erreur. Car il s'agit de bien plus que cela en réalité. Certes le premier ministre et le PD ont accumulé nombre de griefs contre eux mais on remarque malgré tout la conservation de plusieurs villes telles que Milan ou Bologne ce qui nous conduit à nuancer notre jugement.
La prise en compte du profil des candidats victorieux permet en revanche de mieux comprendre leur succès. Comme Podemos en Espagne, le mouvement 5 étoiles est une formation plutôt jeune et issue de la société civile qui prône une nouvelle manière de faire de la politique. Leur volonté de renouvellement de la classe politique les conduit alors à présenter des candidats jeunes, peu ou pas expérimentés à l'inverse des candidats des partis traditionnels qui sont eux en place depuis de nombreuses années et sont pour certains englués dans des affaires de corruption.   
Cette stratégie fut doublement gagnante à Rome et Turin avec l'élection de deux jeunes femmes (Virginia Raggi, 37ans dans la capitale et Chiara Appendino, 31 ans). Peu connues du grand public, celles-ci ont réussi le pari d'incarner le renouveau face aux candidats sortants, des hommes plus âgés et expérimentés.

Si la campagne n'a pas été de tout repos et que la victoire était loin d'être acquise, le plus dur est peut-être finalement à venir. Indéniablement ces candidats, en Italie, en Espagne ou ailleurs, suscitent une importante vague d'espoir mais aussi, et surtout, une forte attente de la part de leurs concitoyens. Plus encore que la situation des villes conquises ou les attaques de l'opposition, ce sera l'impatience des électeurs qui constituera le pire ennemi de ces nouveaux élus. Toute la difficulté se résume donc maintenant à résister à l'épreuve du pouvoir et à la confrontation avec la réalité …