dimanche 18 février 2018

Blanquer à l'éducation nationale : gare au réveil !



Voilà maintenant plusieurs mois que je n'avais pas repris le clavier pour alimenter ce blog. Et les derniers articles étaient davantage consacrés à mes récentes lectures qu'à l'expression de mes analyses de l'actualité. Je dois reconnaître que mon engagement local tend à s'intensifier et occupe donc une place de plus en plus grande dans mon emploi du temps. Emploi du temps déjà bien rempli par mon activité professionnelle de contrôleur de gestion ainsi que par les cours que je dispense à l'université et à l'école de commerce de Grenoble.

2017 aura été une année électorale importante avec la présidentielle suivie des législatives. Je ne me suis pas spécialement exprimé sur ce sujet ici dans la mesure où beaucoup de choses ont déjà été dites sur l'irruption de candidats soi-disant neufs et l'avènement d'un prétendu nouveau monde. Pour faire court, je considère qu'il s'agit là d'une illusion, pour ne pas dire d'une véritable escroquerie, et que rien ne ressemble plus au nouveau monde que l'ancien, avec la rémanence des vieilles méthodes et la poursuite des politiques libérales du passé. Gageons que nos concitoyens se rendront rapidement compte de la supercherie, en espérant que cette prise de conscience ne soit toutefois pas trop tardive.

Nous aurons certainement d'autres occasions de revenir sur la politique menée par Emmanuel Macron et notamment sur sa capacité à faire diversion grâce à une communication plutôt bien maîtrisée. Je souhaite aujourd'hui m'intéresser plus particulièrement à son ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer et à ses récentes réformes. Incontestablement le ministre est à l'heure actuelle un maillon fort du gouvernement et bénéficie d'une certaine aura, à la fois auprès des sympathisants de gauche et de droite. Convenons toutefois que le fait de succéder à Najat Vallaud-Belkacem n'est très certainement pas étranger au phénomène.

Les premiers mois de Blanquer rue de Grenelle se sont donc passés donc sans accroc majeur. Mieux, celui-ci a su imposer sa marque en revenant aux fondamentaux et à une logique d'instruction publique plus en phase avec les aspirations des Français, à l'opposé du pédagogisme ambiant de ces dernières années. Pensée que je défends pour ma part depuis longtemps.

Pour dire vrai, j'ai également été séduit par les premières mesures mises en œuvre suite à sa nomination : détricotage de la réforme du collège, dédoublement des classes de CP et CE1, aides aux devoirs … Pour autant, cette rupture avec le quinquennat précédent, qui lui a valu le surnom de "ctrl-z", ne doit pas conduire à un aveuglement béat. Bien au contraire car un examen plus minutieux de la matérialité des annonces fait apparaître une réalité quelque peu différente.

Et à ce niveau les exemples ne manquent malheureusement pas. Si les intentions sont louables, et j'en approuve un certain nombre, leur concrétisation est parfois plus hasardeuse. Clairement le retour des classes bilangues et de l'enseignement du latin et du grec est une très bonne chose mais cela s'est toutefois fait sans rétablissement des moyens dédiés qui avaient été supprimés. De même, le dédoublement des classes de CP et CE1 est une excellente idée qu'il faut généraliser à l'ensemble des établissements mais sans les écueils actuels (problème de place dans les écoles, fermetures de classes en milieu rural pour réallouer les postes en zones prioritaires …). Bref, de manière générale, il faut veiller à ne pas déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Pour l'heure, Jean-Michel Blanquer fait la course en tête sans réelle contestation, l'opposition LR restant silencieuse, engluée dans ses rivalités internes. Mais le momentum du ministre risque de ne pas durer lorsque les réformes plus profondes vont se présenter. C'est d'ailleurs le cas avec les annonces autour du futur baccalauréat avec un examen allégé mêlant contrôle continu, grand oral et quatre épreuves écrites.

La contestation lycéenne est aujourd'hui limitée et nombre de leaders politiques se laissent porter par la vague. Chacun peut admettre que le fonctionnement de cet examen final et l'articulation lycée-enseignement supérieur ne sont pas satisfaisants. Pour autant, je crois que le bac est un bouc-émissaire tout trouvé permettant de s'affranchir d'une réflexion plus profonde. Incontestablement le niveau d'exigence au bac a considérablement baissé depuis de (trop) nombreuses années, motivé notamment par le souhait illusoire et contre-productif d'amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac. Plus largement, et je ne peux que le constater avec mes étudiants, c'est le niveau général des élèves qui a régressé. C'est donc l'ensemble du cursus qu'il faut revoir, depuis la primaire avec un retour aux enseignements fondamentaux (lire, écrire, compter) jusqu'à l'université avec la mise en place assumée d'une réelle sélection à l'entrée.

Pour ce qui concerne plus particulièrement de l'examen du bac, puisque c'est de cela dont il s'agit, je dois avouer que pour moi la réforme proposée ne va pas dans le bon sens. Tout d'abord, la réduction du nombre d'épreuves me paraît être dommageable puisque cela revient à réduire l'effort de révision et de travail demandé aux candidats tout en créant une distorsion supplémentaire avec le système de partiels qui existe dans l'enseignement supérieur.
Ensuite, la fin des sections actuelles (S, ES, L), c'est-à-dire finalement la création d'une multitude de combinaisons et donc de parcours différents, tend à complexifier la lisibilité du diplôme tout en mettant à mal la cohésion et l'unité au sein des classes.
Enfin, la mise en place du contrôle continu est peut-être l'aspect le plus fondamental et le plus néfaste de cette réforme. En effet, ce système conduit à remettre en cause le caractère national du diplôme et donc à instaurer une rupture d'égalité, à la fois entre établissements mais également entre élèves. Dit autrement, cela revient à avoir un bac qui a une valeur différente selon que l'on se trouve au lycée Henri IV à Paris ou au lycée Saint-Exupéry dans les quartiers nord de Marseille.

Cette réforme du bac s'inscrit ainsi dans une logique plus large d'autonomisation accrue des établissements qui est actuellement en cours et qui va se développer. Si le fait d'accorder davantage de marge de manœuvre aux directeurs et autres proviseurs afin de s'adapter aux spécificités locales peut paraître séduisant, je crains au contraire que le remède soit pire que le mal. De fait, cela signifie la mort de l'égalité républicaine avec un socle commun d'apprentissage au profit d'un accroissement des inégalités entre établissements aisés qui continueront à assurer une formation de qualité et établissements des zones prioritaires qui chercheront eux à limiter la casse.

Ne soyons pas naïfs, ces inégalités existent déjà aujourd'hui. Nul ne peut le contester. Mais doit-on pour autant baisser les bras en institutionnalisant cet état de fait ? Ne devrait-on pas au contraire chercher à lutter contre ce phénomène en donnant à chacun les moyens de réussir, afin justement de mettre un terme à ces pernicieuses prédispositions sociales ?  

dimanche 10 septembre 2017

De Gaulle avait raison - Le visionnaire de Gérard Bardy

Des livres, encore des livres, toujours des livres ! L'été touchant à sa fin, je termine tranquillement mes lectures avant le tumulte de la rentrée. Dernière en date, un ouvrage de Gérard Bardy consacré au général de Gaulle : De Gaulle avait raison - Le visionnaire.

La finalité de l'auteur est claire : s'appuyer sur des citations, des écrits du général afin d'en montrer son côté visionnaire et le caractère actuel de sa pensée. Il ne s'agit pas pour autant d'imaginer ce qu'aurait dit ou fait de Gaulle mais bien de démontrer la pertinence de sa vision sur les enjeux  d’aujourd’hui. Si je ne suis pas totalement objectif dans la mesure où je suis un adepte de ce personnage historique, le pari est clairement réussi pour moi. Plus qu'un dogme ou une doctrine, le gaullisme est davantage une boussole, une grille de lecture. Bref, un héritage politique et moral que l'écrivain commence par nous définir dès les premières pages.

D'après lui le gaullisme est tout à la fois :
-          un humanisme : l'Homme est au cœur de la politique, son bien-être est un objectif
-          une ambition : référence à l'idée de grandeur, à cette certaine idée de la France
-          une volonté : conserver sa place dans le monde avec nation forte, libre, indépendante et souveraine
-          une révolte : défendre l'intérêt général contre les intérêts particuliers, lutter contre l'oppression (1940)
-          un engagement : maintenir un lien direct avec le peuple (suffrage universel, référendum)
Pour certains, les gaullistes (dont je suis) sont des nostalgiques d'une époque révolue qui vivent dans le passé. Céder à cette caricature serait évidemment bien trop facile et ce d'autant plus que le capitalisme et le socialisme sont des idéologies bien plus anciennes qui conservent pourtant de nombreux disciples à l'heure actuelle.

Mais laissons de côté le passé et revenons plutôt au temps présent et aux préoccupations actuelles : moralisation de la vie publique, représidentialisation de la fonction, dépassement des partis. Sur l'ensemble de ces sujets, Charles de Gaulle se révèle finalement être un précurseur. En tant que fondateur de la Vème République, de Gaulle a évidemment dessiné la fonction à son image. Mais plus encore, il considérait que la légitimité du président provient du peuple d'où l'absolue nécessité d'avoir un lien direct et répété avec la population que ce soit au travers des élections ou des référendums. Si cela s'est largement vérifié sous sa présidence avec cinq référendums en 11 ans de 1958 à 1969, la tendance s'est clairement inversée par la suite avec seulement cinq référendums en presque 50 ans. Dont bien sûr le déni de démocratie de Nicolas Sarkozy qui s'est allègrement assis sur le résultat du vote de 2005.
Outre ce souci de démocratie, de Gaulle avait une volonté d’exemplarité au sommet de l’Etat, une réelle éthique de comportement. Anticipant nos problématiques actuelles de moralisation de la vie publique, le général souhaitait "servir et non pas se servir". Ainsi celui-ci payait personnellement ses factures d'électricité à l'Elysée. On est bien loin des affaires de François Fillon et compagnie … Allant même jusqu'à inspirer François Hollande en 2012, de Gaulle s'opposait déjà aux forces de la finance et déclarait : "mon seul adversaire, celui de la France, n'a aucunement cessé d'être l'argent".
Autre point remis au goût du jour par Emmanuel Macron mais là encore déjà trusté par son lointain prédécesseur, le dépassement des clivages partisans. La force de de Gaulle était d’être au-dessus des partis, hors des logiques d’appareil, ce qui lui donnait une plus grande indépendance et une marge de manœuvre accrue. Ce dernier dénonçait déjà en 1966 les collusions entre partis et les lignes de clivage parfois artificielles : "tous les partis s'entendent comme larrons en foire et entre eux, je te tiens, tu me tiens par la barbichette".

La manière de gouverner de Charles de Gaulle n'est pas le seul aspect notable du personnage. N'oublions évidemment pas les grandes avancées sociales qui ont vu le jour sous sa présidence (droit de vote pour femmes, comités d'entreprise, sécurité sociale …) ainsi que sa vision d'avenir en matière de technologies (satellites, nucléaire civil et militaire).
Nous l'avons vu, pour de Gaulle l'humain doit être au cœur des politiques. Dans cet objectif, celui-ci à chercher à développer une 3ème voie, une alternative entre capitalisme et socialisme au travers d'un système d'association capital-travail. Concrètement, et bien que le concept n'ait pu être mené à son terme, il s'agissait d'accroitre la contribution des salariés aux destinées et résultats de l'entreprise par le biais d'un intéressement aux bénéfices et d'une participation à la gestion (salariés dans les conseils d'administration par exemple). On pourrait rapprocher cela d'une sorte de cogestion à l'allemande ou du modèle des SCOP visant à s'affranchir de l'opposition entre syndicats et patronat et de mettre un terme à la lutte des classes.

Si l'humanisme de de Gaulle est valable à l'intérieur de nos frontières, il l'est tout autant à l'extérieur avec une logique de coopération avec les nations pauvres et les pays en voie de développement. La notion de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes prend ici tout son sens au travers notamment des opérations de décolonisation. Mais également en matière de politique européenne car contrairement à ce que certains peuvent penser le général Gaulle était un vrai européen, convaincu de la nécessité d'alliances avec nos voisins. En revanche, et dans un souci de conserver la souveraineté et l'indépendance de notre pays, celui-ci privilégiait des coopérations entre nations et se méfiait des instances supranationales de type OTAN (dont il a d'ailleurs quitté le commandement intégré en 1966). On retrouve ainsi ces aspects dans une déclaration de janvier 1963 : "notre politique c'est de réaliser l'union de l'europe. Mais quelle europe ? Il faut qu'elle soit véritablement européenne. Si elle n'est pas l'europe des peuples, si elle est confiée à quelques organismes technocratiques, elle sera une histoire pour professionnels, limitée et sans avenir. L'europe doit être indépendante."
A noter enfin que nul ne saurait contester sa réelle vision en matière de géopolitique avec une étonnante anticipation de faits majeurs historiques tels que la croissance de la Chine, la réunification de l'Allemagne, la chute de l'URSS ou encore le phénomène inéluctable de décolonisation.

Dernier point sur lequel je souhaitais revenir : l'université. Là encore cela fait totalement écho avec un enjeu actuel, à savoir la question de la sélection à l'entrée et la récente polémique autour du logiciel APB (Admission Post-Bac). Dès 1963, le général anticipait clairement le problème et défendait une solution simple que je soutiens totalement : "il ressort qu'un laisser-aller général livre les universités à des flots d'éléments inaptes à suivre les cours. La proportion des étudiants qui obtiennent un diplôme est à peine de 30 %. Se résigner à l'inondation, c'est soit aller au gaspillage d'une foule de jeunes carrières, soit consentir à l'abaissement du niveau des études et des examens et à l'attribution de titre sans valeur. Je tiens donc à instaurer, depuis le bas jusqu'en haut, l'orientation et la sélection."

On pourrait encore disserter pendant des heures sur Charles de Gaulle tant ses réalisations sont impressionnantes et ont pour la plupart toujours cours aujourd'hui. Mais au-delà de son action politique, le général est un personnage complet qui a finalement eu plusieurs vies (militaire, écrivain …) qu'il convient de saluer. Nul ne saurait égaler le fondateur de la Vème République et il serait illusoire d'attendre une telle personnalité pour relever notre pays. Pour autant, l'action et le parcours du général doivent nous inspirer afin de construire une réelle alternative aux forces partisanes actuelles. Cela ne sera toutefois pas possible sans conserver à l'esprit deux impératifs absolus que sont la souveraineté nationale et la souveraineté populaire.

mercredi 23 août 2017

"Tout pour la France" de Nicolas Sarkozy

Nouvel article aujourd'hui après celui sur le livre de Philippe de Villiers. Et nous restons dans la continuité de mes lectures estivales avec, là encore, l'essai d'un homme politique de droite. En l'occurrence celui de Nicolas Sarkozy, "tout pour la France", sorti à l'occasion des primaires de la droite et du centre organisées en novembre 2016.

Étrange de se lancer dans une telle lecture alors que l'élection présidentielle est passée, me direz-vous. En réalité, j'ai commencé ce livre il y a de (très) nombreux mois en ayant toutes les difficultés du monde à le boucler. Le fait que Nicolas Sarkozy ne soit pas ma tasse de thé, qu'il s'agisse du personnage ou de ses idées, n'y est probablement pas étranger. Mais je tenais toutefois à en arriver au bout, même avec un léger retard. Voilà chose faite donc en ce mois d'août.

Que dire alors de ce livre si ce n’est que celui-ci est articulé en chapitres autour de différents défis à relever pour le pays : la vérité, l’identité, la compétitivité, l’autorité et la liberté. Autant de défis permettant de dérouler les différentes propositions de l’ancien président de la République qui, comme Alain Juppé, a la volonté de tout dire, tout avancer durant la campagne afin d’avoir les mains libres pour faire après l’élection. Tout candidat a évidemment pour devoir de dire la vérité à ses concitoyens et ne pas faire, bien que ce soit parfois (souvent) le cas, de promesses démagogiques. Pour autant, l’élection ne vaut pas plébiscite et ne saurait constituer un blanc-seing pour la durée du mandat. Il me semble au contraire hautement risqué, et d’une certaine manière antidémocratique, de considérer qu’un succès à l’instant T permet d’imposer ses vues, et ce d’autant plus que l’ensemble du corps électoral ne n’est pas exprimé en faveur du vainqueur. Nos dirigeants devraient d’ailleurs méditer sur cela, évitant ainsi les dérives absolutistes.

Mais revenons-en à nos moutons et plus particulièrement aux premières pages de l’ouvrage. Nicolas Sarkozy cherche rapidement à donner le ton en nous expliquant "qu’il nous faut des idées neuves et ambitieuses " (p11) et que "les Français sont prêts à entendre et à accepter des remises en cause et des avancées qui auraient été inimaginables par le passé" (p11). Bref, le changement c’est maintenant … ou presque. Car pour moi la suite ne se révèlera finalement que peu engageante au vu des mesures, maintes fois vues et revues, mises en avant. La crédibilité de l’auteur est par ailleurs légèrement entaillée dès la page 15 lorsque celui-ci nous indique "qu’il croit à la souveraineté populaire". Un petit rappel du passage en force du traité de Lisbonne en 2007 suite au rejet du TCE par référendum en mai 2005 n’aurait visiblement pas été de trop.

Dans la continuité de 2007 et de son célèbre "travailler plus pour gagner plus", le candidat malheureux de 2012 fait l’éloge du travail qu’il tient pour un facteur d’épanouissement alors que ce dernier est souvent considéré comme une source d’aliénation. Pour lui il faut donc chercher à libérer le travail et aller vers un allongement de sa durée à la fois dans la semaine (retour sur les 35h) et dans la vie (report de l’âge légal de départ à retraite – 64 ans en 2025). Ces mesures s’inscrivent dans une réforme plus large du droit du travail où l’on retrouve la facilitation des licenciements, le plafonnement des indemnités prud’homales, la dégressivité des allocations chômage (-20 % au bout de 12 mois puis à nouveau -20 % au bout de 18 mois) ou encore l’inversion de la hiérarchie des normes (les accords collectifs prennent le pas sur le code du travail).
Pour Nicolas Sarkozy, ces réformes s’avèrent un mal nécessaire dans une logique de concurrence internationale. Selon lui, la mondialisation n’est pas un choix, une possibilité mais au contraire un phénomène inévitable face auquel notre pays doit s’adapter. Pour cela, la France doit gagner en compétitivité, ce qui passe inévitablement par une politique de l'offre favorable aux entreprises qui sont créatrices d’emplois. Suppression de l’ISF, suppression des charges sociales au niveau du SMIC et sur les emplois à domicile, simplification des normes administratives, travail le dimanche, mise en place du référendum d’entreprise pour dépasser le blocage des syndicats … Telles sont les recettes proposées pour, soit disant, retrouver le chemin de la croissance.
Sans oublier bien évidemment la réduction des dépenses publiques de 100 milliards d’euros et la suppression de 300 000 postes de fonctionnaires en cinq ans grâce au non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux.

Mais Nicolas Sarkozy ne saurait faire du Nicolas Sarkozy sans ajouter à cette potion libérale une dose d’européisme (promotion du couple franco-allemand, gouvernance de la zone euro, élaboration d’un nouveau traité) et de mesures sécuritaires (création de places de prison supplémentaires, retour des peines planchers, déchéance de nationalité, enfermement préventif des djihadistes). Ajoutons à cela un passage sur l’immigration et la hausse des revendications communautaristes (délai de carence de 5 ans pour les étrangers avant d’accéder aux aides sociales, suppression de l’AME, réduction du regroupement familial) ainsi qu’un couplet sur l’autonomie des établissements scolaires (du primaire à l’université avec notamment une grande liberté accordée dans le recrutement et les programmes) et la boucle est bouclée.

Bien d’autres mesures sont évidemment évoquées dans ce livre programmatique de 240 pages. Il serait toutefois inutile d’y revenir dans le détail tant celles-ci ont été largement mises en avant durant la campagne et dont une partie ont été ou seront mises en œuvre durant le mandat d’Emmanuel Macron.

Régulièrement, et d’autant plus souvent en période électorale, nos hommes politiques nous ressortent le même refrain du "j’ai changé". C’est semble-t-il une grande spécialité de notre ancien président. Pour ma part, je crois que la constance est une qualité, en particulier en politique. Voilà pourquoi je terminerai mon propos en reproduisant ici même la conclusion d’un précédent article d'octobre 2016 sur le débat de la primaire de droite organisé par TF1.

Vieilles recettes pour les uns, véritable surenchère pour les autres, il est clair que ces propositions s'inscrivent dans la continuité des politiques menées ces dernières décennies avec toutefois, reconnaissons-le, des niveaux jamais atteints. Pour autant, comment croire que ces solutions seront efficaces cette fois-ci alors qu'elles ont toujours échoué par le passé ?

samedi 12 août 2017

"Le moment est venu de dire ce que j'ai vu" de Philipe de Villiers

Cela fait maintenant quelques mois que je n'avais pas repris le clavier pour alimenter ce blog. Nul souci d'inspiration toutefois tant l'actualité est riche ces derniers temps, en particulier en matière politique depuis l'élection d'Emmanuel Macron et de sa majorité. Je dois néanmoins reconnaître avoir être largement occupé ces derniers mois que ce soit sur le terrain avec la campagne présidentielle ou pour des raisons plus personnelles.

Mon dernier article en date concernait le livre de Nicolas Dupont-Aignan, "mon agenda de président". Je recommence à écrire aujourd'hui avec un ouvrage d'un tout autre genre écrit par Philippe de Villiers (P2V), "le moment est venu de dire ce que j'ai vu".
Ce livre ayant beaucoup fait parler de lui à sa sortie, j'ai donc profité de quelques jours de vacances pour m'y plonger. Et si certains ont été plus qu'élogieux, je n'ai pour ma part pas été subjugué. En tout cas pas autant que les critiques auraient pu le laisser penser. Alors que certains chapitres m'ont semblé quelque peu longs, d'autres m'ont au contraire fortement intéressé et je n'ai que pu constater que certains passages évoquant le passé ont un formidable écho aujourd'hui.
Comme chaque fois, je ne reviendrais que sur les moments qui ont particulièrement retenu mon attention.

Tout à la fois déroutant et symptomatique, le premier chapitre s'ouvre sur une anecdote. Ou plus exactement sur le récit de la première télé de l'auteur en mai 1992 sur le plateau de "l'heure de vérité". Philippe De Villiers évoque alors son altercation avec le journaliste Ivan Levaï qui le renvoie dès le début de l'interview au pétainisme. Plus que cet échange particulier entre les deux hommes, c'est le comportement du journaliste qui m'interpelle et qui renvoie aux agissements identiques que peuvent avoir les médias aujourd'hui. En 25 ans, on ne peut que constater, malheureusement, que les choses n'ont guère évolué puisque certains journalistes ou personnalités politiques continuent de jeter l'anathème sur des idées cataloguées à l'extrême droite. Quoi de plus facile pour éviter le débat que d'assimiler des opinions ou des thématiques au Front National ? En quoi serait-ce mal de réfléchir sur le patriotisme, le protectionnisme ou l'immigration ? C'est justement parce que ces sujets ont été abandonnés par les partis dits de gouvernement et sont devenus tabous que les idées les plus nauséabondes ont pu se développer. Chacun doit au contraire s'emparer de ces questions afin de faire vivre la controverse et de ne surtout pas les abandonner à des individus qui en feraient mauvais usage.

Thématique totalement différente maintenant mais qui là encore est on ne peut plus d'actualité. Il s'agit d'un passage sur l'agriculture où l'on nous raconte une divergence de point de vue entre un père et son fils. Une revisite de la querelle des Anciens et des Modernes si je puis dire où l'on voit s'affronter deux conceptions assez opposées en matière agricole. Tandis que le fils est adepte d'une agriculture intensive à base d'engrais, d'antibiotiques ou de semences optimisées, bref partisan de l'agrochimie, le père défend quant à lui une agriculture plus traditionnelle, respectueuse de la terre et des saisons, du temps long. Cette opposition, cet affrontement entre deux visions de la ruralité existe bien évidemment toujours à l'heure actuelle. Bien que l'on constate depuis quelques années une volonté des consommateurs d'un retour aux sources, d'une alimentation plus saine et de meilleure qualité avec une forte croissance du bio et des circuits courts, la logique de course à la rentabilité avec des exploitations toujours plus grandes comme la ferme des 1 000 vaches continue. Et ce n'est pas l'extrême dépendance des agriculteurs aux subventions européennes versées dans le cadre de la PAC (Politique Agricole Commune) qui va améliorer la situation. Cette sujétion du monde agricole est au contraire un frein au développement d'une agriculture vivrière respectueuse de l'environnement et des paysages. Dès lors, les choses ne pourront vraiment changer qu'à la condition que nos paysans puissent s'affranchir de ces perfusions d'argent public en vivant de leur travail. Charge à nos dirigeants de mettre en cohérence leurs actes avec leurs paroles mais aussi aux consomma(c)teurs qui ont un grand pouvoir d'influence, notamment vis-à-vis de la grande distribution.

En matière agricole, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, les lobbys possèdent une influence considérable. C’est ce que nous expose P2V dans un chapitre consacré à son expérience au parlement européen. De Bruxelles à Strasbourg, les lobbys œuvrent discrètement en coulisses afin de défendre les intérêts de leurs clients (groupes pharmaceutiques, industrie pétrolière …). Au prétexte d’apporter une expertise technique sur des sujets parfois complexes, ces groupes de pression n’hésitent pas à mélanger les genres en allant jusqu’à fournir aux parlementaires des propositions de loi ou des amendements déjà rédigés. S’il s’agit là d’une opportunité pour certains élus qui peuvent ainsi donner l’illusion d’un travail assidu, cela constitue surtout une aubaine pour les lobbyistes qui peuvent alors imposer leur credo à la collectivité. Un marché gagnant-gagnant ou perdant-perdant selon les points de vue. La loi de moralisation de la vie publique devrait alors être l’occasion d’ouvrir un important chantier de régulation en ce domaine.

Ceux qui connaissent quelque peu Philippe De Villiers savent que l’europe est un de ces grands chevaux de bataille. Il n’est donc pas illogique que ses combats européens occupent une part importante de son livre. Un chapitre porte ainsi sur la campagne autour du traité de Maastricht adopté en 1992. "L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie" disait Karl Marx. Cet adage semble bien se vérifier lorsqu’il s’agit de construction européenne. Que ce soit en 1992 avec Maastricht, en 2005 avec le TCE (Traité Constitutionnel Européen) ou en 2007 avec le traité de Lisbonne, chacun aura pu se rendre compte que le traditionnel clivage gauche/droite s’est largement effacé devant les questions de souveraineté nationale. En effet, PS et UMP se sont à plusieurs reprises donnés la main pour défendre ces traités supranationaux. A l’inverse, certains ténors de ces mêmes partis ont combattu les bonds en avant fédéralistes proposés par Bruxelles. Quel autre sujet d’ailleurs aurait pu rassembler de la sorte Mitterrand, Hollande, Lang, Juppé, Chirac d’une part et De Villiers, Pasqua, Séguin, Chevènement d’autre part ?

Fervent défenseur de la souveraineté de notre pays, Phillipe De Villiers mena une liste dissidente de droite aux élections européennes de 1994 (à cette époque le scrutin avait lieu dans une circonscription unique à l’échelle du pays). Arrivé en troisième position derrière la liste du RPR (ex-UMP) et du PS, le fondateur du Puy du fou sort renforcé de cette échéance électorale et décide de se présenter à la présidentielle de 1995. Il ne réussit toutefois pas à renouveler l’exploit de l’année précédente et obtient cette fois-ci un score de 4,74 %, soit moins que la barre fatidique des 5 % permettant d’obtenir le remboursement de sa campagne. En conséquence, le candidat défait lance un appel à la générosité des Français au 20h de TF1.
Ici encore nous pouvons voir que les problématiques liées au financement de la vie politique (prêt des banques, financement occultes …) perdurent. Si certains vantent notre système démocratique, il n’en reste pas moins qu’il existe des inégalités criantes entre candidats, notamment en termes de moyen et d’accès aux médias. La campagne présidentielle de 2017 en a ainsi été le parfait exemple avec de considérables écarts de temps de parole, écarts d’autant plus accentués par la réduction de la période d’égalité obligatoire au profit de l’équité. Mais plus que la présidentielle, c’est en réalité toutes les élections qui sont concernées par ce phénomène. En dehors des grands partis, point de salut pourrait-on dire tant ces écuries fournissent à leurs partisans une logistique de premier ordre ainsi que des subsides non négligeables.

Philippe De Villiers, comme tant d’autres avant et après lui, ont justement connu ce manque de soutiens, expliquant, au moins en partie, des scores jugés décevants. Ou en tous cas pas à la hauteur des espérances. Si les campagnes sont souvent rudes et éprouvantes, c’est peut-être l’après résultats qui est parfois le plus compliqué. Cela me semble formidablement résumé dans le paragraphe suivant (p 216) : "Les opportunistes arrivés en masse vont repartir vers leurs pénates. Ainsi va la vie politique, elle est cruelle. On croit que les gens vous aiment pour ce que vous êtes. En réalité ce qu'ils aiment en vous, la plupart du temps, c'est la part de succès qui peut leur revenir".

Par ces mots, Philippe De Villiers résume parfaitement la nature humaine et dit finalement sans ambages ce qu’il a vu durant sa carrière politique.

vendredi 24 mars 2017

"Mon agenda de président, 100 jours pour tout changer" de Nicolas Dupont-Aignan

Campagne présidentielle oblige, mes lectures tournent évidemment autour de ce sujet en ce moment. Partisan de Nicolas Dupont-Aignan, je ne pouvais évidemment pas passer à coté de son dernier livre : mon agenda de président, 100 jours pour tout changer.

Sorti le 8 mars aux éditions Librio, ce petit livre vendu au prix de 3 € raconte à raison d'une page par jour les 100 premiers jours du quinquennat du président de Debout La France, nouvellement élu à la tête du pays. Ce livre n'est clairement pas dans la lignée des essais politiques traditionnels puisqu'il permet de présenter et de faire connaitre de manière originale un programme électoral. Plus encore, on y retrouve une alternance d'aspects programmatiques et d'éléments plus "intimes" avec des notes personnelles en bas de page qui permettent de mieux cerner l'homme. C'est notamment le cas des passages où il est question de sa femme, rappelant son rôle politique mais aussi, et surtout, le soutien de poids qu'elle lui apporte au quotidien.

On retrouve évidemment dans cet essai les principales propositions du candidat gaulliste telles que le financement à taux 0 par la Banque de France, la mise en œuvre d'un plan Marshall pour l'Afrique, l'augmentation des petites retraites de 100 € par mois et des salaires de 10 %. Mais davantage qu'une liste de mesures à la Prévert, les différentes thématiques sont abordées en les contextualisant par le biais de déplacements présidentiels (cause animale, made in France, agriculture, tourisme, culture …). Il n'en reste pas moins que le cœur de son programme reste de recouvrer la souveraineté du pays sous toutes ses formes.

Deux points m'ont particulièrement marqué. D'une part, l'évocation de son expérience d'élu comme maire de Yerres et député de l'Essonne. Cet élément est clairement un avantage concurrentiel pour moi dans la mesure où ces mandats permettent de conserver un pied dans la réalité et une proximité avec les vrais gens. Alors que le fossé entre la classe politique et les citoyens se creuse chaque jour davantage, il est assez rassurant de voir que tous nos politiques ne sont pas déconnectés du quotidien des Français.
D'autre part, et ces passages prennent une toute autre dimension en ces périodes de scandales Fillon, Le Roux et compagnie, il me semblait important de souligner le fait que Nicolas Dupont-Aignan fait de la moralisation de la vie politique un de ces chevaux de bataille (casier judiciaire vierge, fin des privilèges pour les anciens présidents et ministres …). On retrouve d'ailleurs dans l'ouvrage une mesure certes symbolique mais hautement emblématique qui consiste à ce que le président de la République paye lui-même ses factures d'eau et d'électricité ainsi que les repas de ses invités personnels.

Pour finir, je dirais qu'il s'agit là d'un livre simple à lire, concret qui change des essais politiques classiques. Je ne peux que vous le recommander afin de vous faire une réelle idée du programme et de la personnalité de Nicolas Dupont-Aignan.